Socialisme et droits nationaux

Contribution au débat autour de la situation en Ukraine, Israël-Palestine et autres pays

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manifestation contre la guerre à Gaza, 17 août 2014, délégation du PSL et des Étudiants de Gauche Actifs. Photo : MediActivista.

Avec le conflit sanglant en Ukraine et le massacre du peuple palestinien à Gaza, la “question nationale” revient une fois de plus en force à l’avant-plan du débat. Quelle feuille de route pour résoudre des conflits apparemment vieux de plusieurs siècles ? C’est la question qui est directement posée au mouvement des travailleurs, dans les régions immédiatement affectées par la guerre mais aussi à l’échelle internationale.

Article de Peter Taaffe, secrétaire général du Socialist Party, section du CIO en Angleterre et Pays de Galles.

L’Ukraine

Les évènements de ces derniers mois ont fort bien illustré le fait que les différentes puissances capitalistes n’ont pas la moindre volonté ni d’ailleurs la moindre capacité à trouver une solution démocratique et équitable à la situation en Ukraine. D’un côté, l’hypocrisie éhontée du capitalisme américain et du capitalisme européen ; de l’autre, le régime oligarchique de Poutine en Russie – et ces deux camps cherchent à se faire passer pour le défenseur des “minorités et nations opprimées” – bien que peu de travailleurs conscients en soient dupes. Tout cela n’est que pur calcul, couplé à des enjeux cruciaux sur le plan stratégique, politique et militaire. Le “droit à l’auto-détermination” n’est pour ces puissances qu’un slogan vide de toute substance, une petite monnaie politique facilement jetable au cas où elle irait à l’encontre de leurs intérêts.

« Nous allons mettre la Russie à genoux avec nos sanctions », crient les puissances impérialistes occidentales, États-Unis en tête. « Nous répondrons par nos propres sanctions, en confisquant les actifs des entreprises britanniques comme Shell ou British Petroleum », leur répond le régime poutinien.

Si les capitalistes, leurs partis et leurs représentants politiques n’offrent aucune solution, certains militants de gauche, dont certains se considèrent même marxistes, révèlent une profonde confusion idéologique et une totale incapacité à s’y retrouver parmi ces graves conflits ethniques et nationaux en Ukraine et au Moyen-Orient. Au Royaume-Uni, il n’y a pas une once de socialisme – et encore moins de marxisme – dans l’approche et l’analyse mises en avant par la plupart des forces qui se réclament pourtant de la “gauche”.

Par exemple, un tract distribué à Londres par la campagne “Solidarité avec la résistance antifasciste en Ukraine” lors de la dernière manifestation de soutien à la population de Gaza, proclamait : « Nous sommes contre le soutien accordé au régime d’extrême-droite de Kiev par les gouvernements britannique et occidentaux ». Nous sommes d’accord avec cela, surtout vu que le gouvernement de Kiev se base sur des forces de droite radicale, voire néofascistes, pour mener sa campagne meurtrière dans l’Est ukrainien.

Mais pourquoi ne pas également condamner le régime oligarchique impérialiste russe dirigé par Poutine, en donnant une critique de son intention de dominer le “proche étranger”, ce qui inclut plusieurs pays de l’ex-Union soviétique, en mettant de côté les droits nationaux et démocratiques de ces pays ?

Nulle mention de cela dans ce tract. Par contre, un des principaux dirigeants de cette campagne est intervenu lors du meeting de lancement pour dire : « Ce n’est pas mon rôle de critiquer l’oligarchie russe ; mais si je devais le faire, alors ma critique porterait non pas sur le fait qu’elle intervient trop, mais sur le fait qu’elle n’intervient pas du tout ! ». Poursuivant sur sa lancée, cette même personne a été jusqu’à dire que « il n’y a pas de question nationale » en Ukraine, et que « Quand je vois arriver en face l’impérialisme américain, l’Otan, Angela Merkel, le gouvernement britannique et les fascistes ukrainiens – moi je connais mon camp ». L’idée donc est que le mouvement des travailleurs – puisque cette intervention vient d’un “marxiste” – devrait se ranger du côté du régime oligarchique de Poutine et soutenir son intervention en Ukraine.

Notre analyse est que nous soutenons sans réserve les aspirations nationales légitimes des peuples de l’Ukraine, de Crimée, etc. tout en nous opposant et en combattant les forces d’extrême-droite et ouvertement fascistes en Ukraine, qui n’ont en réalité pas obtenu plus de 3 % des voix lors des dernières élections. En même temps, nous cherchons à forger et renforcer une unité de classe, en donnant un soutien critique aux forces véritablement socialistes sur le terrain, même si elles sont faibles.

Pas de formule toute faite

Il est extrêmement important de soutenir les aspirations nationales et démocratiques authentiques des peuples de l’Ukraine et de la sous-région. Par exemple, si on prend la question de la Crimée, il était correct de soutenir le droit à l’auto-détermination – y compris la sécession d’avec l’Ukraine, ce qui semblait être le souhait de l’immense majorité de la population. Mais en même temps, les marxistes ont pour devoir, lorsqu’ils donnent leur soutien critique à tout mouvement pro-indépendance authentique, de défendre les droits de toutes les minorités : dans le cas de la Crimée, cela inclut les Ukrainiens de Crimée, les Tatars, et les autres minorités nationales (Biélorusses, Arméniens, Juifs, Grecs, Rroms)

Des voix ont dénoncé le fait que le référendum en Crimée n’a pas été organisé de manière équitable et pacifique. Mais il ne fait aucun doute que la majorité de la population désirait réellement revenir à la Russie. Tous ces doutes auraient pu cependant être dissipés par l’élection d’une assemblée constituante – ou parlement – révolutionnaire composé de délégués élus lors d’assemblées de masse locales afin de faire respecter la décision populaire ou d’organiser un référendum démocratique.

Cela signifie-t-il que nous sommes pour le séparatisme et la désagrégation de tout État multinational ? Non, pas de manière automatique. Devant la question nationale, il n’existe aucune solution ou formule toute faite. La situation sur le terrain en Ukraine est d’ailleurs extrêmement fluide : ce qui peut être une revendication correcte aujourd’hui pourrait se voir demain emporter par les évènements.

Par contre, nous sommes contre la rétention par la force d’un groupe ou d’une nationalité au sein d’un État qui est considéré par ce groupe ou cette nationalité comme étant un oppresseur. Nous sommes pour une confédération socialiste sur base volontaire. C’est en suivant cette méthode qu’a été créée la véritable Union soviétique fondée par Lénine et Trotsky – pas sa caricature sanglante stalinienne qui ne faisait en fait que masquer la domination de l’élite bureaucratique russe centralisée.

Mais comme Lénine le disait d’ailleurs il y a un peu plus de cent ans, la société nouvelle, qui devrait nécessairement être démocratique tout autant que socialiste, ne pourra être bâtie sur base de “la moindre contrainte” envers un groupe ou une nationalité. De manière générale, le droit à l’auto-détermination s’applique à une nationalité liée à une entité territoriale bien définie. Cependant, cette entité peut aussi parfois prendre la forme d’une ville, ou d’une entité plus petite qui se considère malgré tout comme différente et à part des autres pays ou régions l’entourant. Par exemple, nous avons déjà envisagé l’éventualité de voir apparaitre dans le futur une entité spéciale pour la ville de Bruxelles – au sein d’une confédération socialiste belge –, vu que la population de cette ville se considère clairement ni flamande, ni wallonne.

De même, la lutte en Ukraine, et en particulier dans l’Est, pourrait se voir si fragmentée par le conflit sanglant en cours aujourd’hui, que cela pourrait avoir pour résultat non pas un État ni un micro-État continu, mais un processus de “cantonisation” de la région. Dans la grande ville de Donetsk, bombardée par les forces du gouvernement ukrainien et dont la majorité de la population (autrefois d’un million de personnes) a pris la fuite, on pourrait voir se développer une situation où la population réclamerait une séparation de l’Ukraine comme de la Russie. Il incombera dans ce cas aux marxistes, si c’est la volonté de la population de la ville, de soutenir cette aspiration, tout en liant cette revendication à celle d’une confédération socialiste d’Ukraine et de la sous-région.

Une telle solution n’est pas du tout utopique, comme le suggèrent nos adversaires. Le monde unipolaire des dernières décennies, dans lequel les États-Unis étaient en mesure d’imposer leur volonté et d’influencer directement le cours des évènements sur la scène mondiale, n’est plus. Les États-Unis restent, il est vrai, la première puissance économique et militaire, et le resteront encore pendant un certain temps. Mais cette puissance a des limites. Un nouveau “syndrome” post-iraqien est apparu aux États-Unis, où la population est fatiguée de la politique guerrière menée par son État et exprime de plus en plus son opposition à l’interventionnisme. C’est pourquoi les bombardements aériens et l’utilisation de drones sont devenues les méthodes d’intervention préférées. D’un autre côté, de tels bombardements ne produisent bien souvent que l’effet inverse de celui qui était désiré.

Israël-Palestine

Tel un fil d’Ariane, seule une analyse marxiste consistante peut nous mener à travers le dédale de la question nationale. Ceci vaut en particulier pour la question très complexe des droits nationaux des peuples palestinien et israélien, une fois de plus mis en avant par la dernière offensive sur Gaza – qui ressemble maintenant plus à Grozny en Tchétchénie, avec d’innombrables morts et dont un quart de la population de 1,2 millions d’habitants a fui.

Le CIO a toujours et patiemment expliqué que la seule issue par rapport à ce conflit sanglant qui puisse satisfaire les droits des Palestiniens comme des Israéliens serait de mettre en avant une solution à deux États sur le long terme – une Palestine et un Israël socialiste – avec la possibilité d’une capitale partagée à Jérusalem, en liant cela au concept d’une confédération socialiste. C’est cette idée, ainsi que notre opposition à des sanctions non ciblées envers Israël – parce que cela pourrait avoir pour conséquence de pousser les travailleurs israéliens encore plus dans les bras de la droite et du gouvernement israélien – qui est maintenant attaquée aux États-Unis par l’Organisation socialiste internationale (ISO).

Cette organisation a émis le 17 aout une critique de nos camarades américains du groupe Socialist Alternative, selon laquelle « Leur attitude envers les travailleurs juifs israéliens coïncide avec la position traditionnelle de ce groupe et du CIO selon laquelle l’existence d’Israël serait légitime (…) C’est cette croyance dans le droit des Israéliens à former leur propre nation qui justifie également le CIO à s’opposer au boycott d’Israël. Mais cette approche se base sur une compréhension fondamentalement erronée du principe socialiste du droit des nations à l’auto-détermination. Dans toute la tradition du marxisme authentique, il n’y a jamais eu le moindre soutien envers le droit à l’existence d’un État colonisateur – qui est par définition un État d’apartheid, que ce soit un État juif dans lequel les non Juifs sont privés de droits politiques, ou que ce soit l’État d’apartheid sud africain dans lequel les non-blancs étaient également privés de ces droits. »

Le droit à l’auto-détermination n’est pas un “principe socialiste”, comme l’affirme l’ISO, mais une tâche démocratique ; même s’il est vrai qu’à notre époque, les véritables principes démocratiques ne peuvent plus être défendus et résolus que par la révolution socialiste. Nous avons déjà répondu à de nombreuses reprises à ces arguments et à beaucoup d’autres. Dans notre ouvrage “Marxism in Today’s World”, nous écrivions ceci : « La loi la plus importante de la dialectique est que la vérité est concrète. Si on prend les débats historiques, il est clair que le trotskisme, en partant de Trotsky lui-même, s’est opposé à la formation d’un État juif sur le territoire de la Palestine. C’était la position qu’il a adoptée dans la période de l’entre-deux-guerres. Cependant, il a modifié sa position après que la persécution des Juifs par les Nazis soit devenue évidente. Une nouvelle situation était survenue. Trotsky a toujours été très flexible lorsqu’il fallait prendre en compte de nouveaux facteurs importants. Il y avait réellement un sentiment de la part de la population juive qu’il fallait absolument quitter l’Allemagne et l’Europe, et cela était accompagné du rêve d’une nouvelle terre promise. »

« Sous le socialisme, raisonnait Trotsky, si les Juifs désiraient un État, disons, quelque part en Afrique, avec l’accord des populations africaines, ou en Amérique latine – cela pourrait être considéré ; mais pas en Palestine. Car il s’agirait là pour les Juifs d’une véritable souricière ». Il est surprenant de voir à quel point cette prédiction s’est réalisée… Le mouvement trotskiste s’est opposé à la création d’un État juif séparé en Israël, parce qu’il aurait constitué un frein à la révolution arabe. Israël a été créé sur base de la colonisation des terres arabes en en chassant les Palestiniens et en utilisant un mélange de rhétorique nationaliste radicale, voire “socialisante”, destinée à la population juive qui avait échappé au cauchemar de l’Holocauste et de la Seconde Guerre mondiale.

Sur la question des États colonisateurs, nous avons déclaré : « Un État ou une série d’États peuvent être établis par le déplacement brutal de populations. Jetons un œil par exemple à la déportation forcée de la population grecque de nombreuses régions d’Asie mineure ou à celle des Turcs de Grèce à la suite de l’effondrement de l’Empire ottoman. Si on revenait en arrière pour redessiner la carte, on aurait de nouveau d’énormes échanges de population. Ailleurs, les crimes terribles commis en Europe à l’encontre des Juifs sous le capitalisme nazi ont été utilisés en tant que justification pour un nouveau crime à l’encontre du peuple palestinien. Cela demeure un fait historique indiscutable. »

« Cependant, la réalité aujourd’hui est que, au fil du temps, nous avons vu se former une conscience nationale juive ou israélienne. Que disent les marxistes à ce sujet ? Devrions-nous simplement ignorer la situation réelle et maintenir coute que coute notre vieille position ? La solution de [l’ISO] et d’autres militants de gauche est d’avoir un seul État palestinien – ce qui était notre position au début –, un État palestinien unifié avec des droits à l’autonomie pour les Juifs en son sein. Cependant, ces gens ont mis en avant cette revendication dans un cadre capitaliste, alors que nous ne l’avions jamais envisagé autrement que sur base du socialisme. Nous n’avons pas non plus une position d’une solution à deux États sur base capitaliste, comme le font certains petits groupes. Car il s’agit là d’une utopie ».

« D’autres propositions considéraient seulement de donner une petite portion de la Palestine historique au peuple palestinien. La proposition de l’ancien Premier ministre israélien Olmert,  pour une redivision de la Palestine (dont plus personne ne parle à présent), n’aurait laissé que 10 % du territoire aux Palestiniens pour y former leur État : un véritable bantoustan. Et certainement pas une solution pour un État viable du point de vue des Palestiniens. Dans le cadre du capitalisme, il n’y a pas la moindre possibilité de parvenir à une solution viable à deux États. On ne peut exclure un arrangement temporaire, mais cela ne serait pas non plus une solution aux problèmes nationaux des Palestiniens ni des Israéliens. Néanmoins, l’idée d’une solution à deux États, d’une Palestine socialiste et d’un Israël socialiste dans le cadre d’une confédération socialiste du Moyen-Orient est, à ce stade, une revendication programmatique correcte. » (Marxism in Today’s World, édition 2013, pp. 29-30)

Il ne fait aucun doute que l’ISO et autres rejettent l’idée d’une confédération socialiste du Moyen-Orient en tant que solution irréalisable par rapport aux souffrances des masses à travers la sous-région. Mais les capitalistes eux-mêmes se rendent bien compte des énormes retombées économiques qui pourraient provenir de la mise en place d’une telle confédération : « Par exemple, l’Égypte bénéficie d’une main d’œuvre à bon marché mais a un taux de chômage élevé. La Libye a du capital en excès, d’immenses projets d’infrastructures et une demande insatiable de main d’œuvre. La Turquie a l’expertise pour la construction d’aéroports, de ponts et de routes. Tous ces éléments doivent être rassemblés. Selon notre recherche, au moins 20 milliards de dollars ont été promis à l’Égypte par les pays du Golfe au cours des derniers mois, mais sans aucun plan sur le long terme. La Ligue arabe, en tant que structure régionale, ne possède pas non plus ni la crédibilité, ni la capacité, ni la créativité nécessaires au rassemblement de toutes ces nations ». (Financial Times, 20 June 2014)

Les capitalistes du Moyen-Orient sont incapables de réaliser un tel projet. Mais la classe des travailleurs, œuvrant de manière unifiée tout en instaurant le socialisme démocratique à travers toute la sous-région, serait bien capable de mettre sur pied une confédération socialiste.

Les campagnes de boycott d’Israël

L’ISO compare de manière grossière Israël aujourd’hui à l’Afrique du Sud de l’apartheid. Cependant, cela ne renforce pas sa critique du CIO, bien au contraire. Contrairement à ce que prétend l’ISO, il y a de profondes différences entre le régime d’apartheid sud-africain et Israël, surtout du point de vue démographique. En Afrique du Sud, il y avait sept fois plus de Noirs et “colorés” que de Blancs. Cela ne correspond pas du tout à la situation actuelle en Israël-Palestine. Si elle se sent menacée de destruction, la population israélienne ripostera.

Nous écrivions dans Marxism in Today’s World (p. 32) que : « Même le “camp de la paix” prendra les armes si il voit remis en question le droit des Juifs à un État séparé. La classe des travailleurs israéliens se battra si elle se voit menacée de se faire jeter à la mer. Par conséquent, il nous faut employer des revendications transitoires afin d’approcher les masses. Pour nous, la population doit décider d’elle-même quelles seront les frontières du futur État dans le cadre d’une confédération socialiste. Nous pourrions même voir, à la suite d’une révolution socialiste au Moyen-Orient, les Israéliens et Palestiniens décider de vivre ensemble dans le cadre d’un seul État avec une autonomie pour les deux peuples. Nous ne pouvons rien prédire à l’avance. Mais la dialectique de cette situation est que, dans le contexte actuel, si vous tentez d’imposer un État unique à ces peuples, cette proposition sera rejetée.

Israël est une plaie béante au beau milieu de la sous-région. Un enjeu vital pour la révolution au Moyen-Orient est de trouver une méthode pour dissocier les travailleurs israéliens de leur classe dirigeante. Mais si vous les menacez ou remettez en question l’idée d’un “foyer” israélien, alors il n’y a aucune chance d’arriver à cet objectif ».

En ce moment, nous devons assumer le fait que les peuples palestinien et juif ont décidé qu’ils ne peuvent pas vivre ensemble au sein d’un même État. C’est ce que leur dicte leur conscience. Que doivent dire les marxistes ou les trotskistes dans une telle situation ? L’ISO se contente tout bonnement de répéter des formules abstraites qui n’ont absolument aucun lien avec la situation sur le terrain. Les socialistes et marxistes ne peuvent forcer différents peuples à vivre au sein d’un même État.

À propos des campagnes de boycott, l’ISO a maintenant commencé à s’en prendre à un article de Judy Beishon, publié il y a un an dans notre magazine Socialism Today (nº 169). Une fois de plus, leurs arguments sont non seulement erronés, mais tombent en plus à côté de la plaque. Ni Judy, ni le CIO n’est contre le boycott de manière générale. Nous préférons, il est vrai, insister sur le fait que seule une action de masse et unie de la part des travailleurs israéliens et palestiniens pourra donner naissance à une force capable de renverser les capitalistes, en Israël comme en Palestine. Cependant, des boycotts ciblés peuvent jouer un rôle auxiliaire afin d’affaiblir l’État israélien : par exemple, le boycott des exportations d’armes israéliennes, ainsi que des marchandises produites dans les territoires occupés, ou des universités qui y sont situées. De telles mesures pourraient être utiles, car elles serviraient à dénoncer l’oppression des Palestiniens. Mais en elles-mêmes, elles ne seront jamais suffisantes pour sérieusement saper l’emprise du gouvernement et de la classe dirigeante israéliens – pas plus que les sanctions et boycotts de produits sud-africains n’ont véritablement affaibli le régime d’apartheid. En outre, cette campagne ciblée, qui pourrait acquérir un nouveau soutien vu la vague d’horreur qui vient de déferler à Gaza, devrait être discutée non seulement avec les Palestiniens, mais surtout avec les travailleurs israéliens. Tout cela était décrit et détaillé dans l’article de Judy, avec lequel nous sommes en plein accord.

La même approche unilatérale a été adoptée par l’ISO par rapport aux tirs de missiles lancés par le Hamas sur Israël en guise de représailles. Nous ne nous sommes jamais opposés au droit des Palestiniens à se défendre contre les attaques israéliennes, y compris à organiser une défense armée de Gaza et à lancer des attaques légitimes sur des cibles militaires en Israël même. Mais nous avons toujours par contre souligné non seulement l’inefficacité des méthodes employées actuellement – c’est comme lancer des cailloux sur des tanks – mais aussi leur caractère carrément contre-productif lorsque ces méthodes sont employées envers des civils, car elles ne font que repousser les travailleurs israéliens dans les bras de leur propre pire ennemi : le gouvernement de droite de Netanyahu – tout comme les attaques d’Israël envers des civils ne fait en réalité que renforcer le Hamas plutôt que l’affaiblir.

La question nationale est incomparablement plus compliquée aujourd’hui que celle qui existait à l’époque de Lénine et Trotsky. Pour les marxistes, elle a deux facettes. D’un côté, nous sommes opposés au nationalisme bourgeois, qui cherche à diviser la classe des travailleurs. Nous sommes pour l’unité maximale de la classe des travailleurs au-delà des frontières et des continents et à l’échelle mondiale. Mais de l’autre côté, nous sommes contre toute incorporation forcée de nationalités distinctes au sein d’un même État contre leur volonté. Nous sommes pour l’indépendance de l’Ukraine, mais sommes totalement opposés au régime de Kiev et à sa politique de répression des droits des minorités tout en s’appuyant sur des éléments de droite néofasciste et nationalistes ukrainiens. De même, nous sommes contre le chauvinisme grand-russe de Poutine et de ses partisans, et luttons pour une indépendance de classe dans la lutte pour une confédération socialiste de la sous-région.

Ce n’est que de cette manière, avec un programme de classe et des perspectives nettes, qui évitent la propagande abstraite, que nous pourrons tracer un chemin afin de gagner les travailleurs aux idées du socialisme et du marxisme, même dans des situations objectives difficiles faites de guerres et de conflits.

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