Marche mondiale des femmes 2000

CIO

2000


 

Contre le capitalisme qui crée la pauvreté et la violence!
Pour un monde socialiste!

La "Marche mondiale des Femmes" est un cri pour la justice de la part de la moitié de la population de la planète. Cette année, lors de la Journée internationale des Femmes - le 8mars -des manifestations ont eu lieu dans plus de 50 pays et sur tous les continents.

Action a l'échelle mondiale

Au Congo, les femmes ont proclamé le 8 mars "Journée sans Femmes". Elles sont restées à la maison pour commémorer leurs proches, massacrés dans les guerres et pour réclamer leurs droits de femme foulés aux pieds. Le même jour, des dizaines de milliers de femmes ont manifesté dans plusieurs villes en Inde. Le 12 mars, des centaines de milliers de femmes sont descendues dans la rue au Maroc au cri de: "Nous partageons les terres, partageons aussi les fruits". Les femmes de Sao Paulo, au Brésil, ont organisé un concert de casseroles autour de la Bourse pour protester contre la pauvreté, la violence et les inégalités. Le 10 août, 25.000 salariées agricoles se sont rendues à Brasilia pour participer à la "Marcha das Margaridas" afin de rendre hommage à un dirigeant du syndicat des travailleurs agricoles assassiné par les autorités en 1983 et pour présenter leurs revendications pour un développement rural durable. En juin des milliers de femmes sont descendues dans les rues de Paris, et en octobre en Australie les organisations syndicales ont soutenu des actions à travers le pays sur le lieu de travail, dans les écoles et dans les quartiers.

Le point culminant de toutes ces activités sera le 16 et 17 octobre, quand des représentantes internationales venues de plus de 150 pays rejoindront, à Washington et à New York, les manifestants qui marcheront sur les quartiers généraux des Nations-Unies, de la Banque mondiale et du Fond monétaire international. Les délégations vont présenter une longue liste de revendications aux dirigeants de ces organisations, perçus à juste titre comme les représentants des riches et des puissants. Les revendications comportent les points suivants: des conditions équitables de travail, la fin des programmes d'ajustements structurels et l'annulation de la dette des pays du Tiers Monde. La Marche mondiale des Femmes fait partie de ce qui est devenu une série de manifestations vraiment internationales qui revendiquent que les organisations dominées par les grandes puissances mondiales doivent en finir avec la pauvreté, l'exploitation et la guerre. Seattle et Washington, Melbourne et Prague ont tout été la scène de ce qu'on a commencé a appeler des protestations "anticapitalistes" et à chacune de ces manifestations des jeunes femmes se sont trouvées au premier rang.

Les principes et la réalité

Les organisatrices actuelles de la Marche mondiale des Femmes ‹ surtout des organisations non gouvernementales et un nombre de syndicats et de partis politiques ‹ caractérisent leur protestation internationale comme "un acte de solidarité pour changer le monde". Mais elles ne considèrent pas que le capitalisme lui-même est le problème. La plupart d'entre elles semblent penser qu'il suffit de faire fonctionner le capitalisme autrement de façon à ce que les richesses mondiales soient distribuées plus équitablement et que la paix soit établie entre les peuples et les nations. Mais elles continuent à ne réclamer que moins d'1% du Produit national brut des pays riches pour venir en aide aux pays en voie de développement. Elles font aussi constamment référence aux conventions internationales - relatives aux discriminations basées sur le sexe, à la violence contre les femmes, aux mines antipersonnelles, aux droits des enfants et des immigrés - votées il y a des années, voire des décennies. Elles indiquent elles mêmes comment ces conventions restent lettre morte, mais elles persistent néanmoins à en réclamer encore plus!

Les organisatrices de la Marche essaient de donner une voix à la colère et au ressentiment perçu partout dans le monde sur la condition des femmes: discrimination et violence intrafamiliale et au travail, double oppression, taux élevé d'analphabétisme, maladies, sans domicile, meurtres subis par les femmes et leurs enfants. Mais elles ne désignent par les vrais responsables - le capitalisme et les résidus des autres formes de domination de classe.

Nous souscrivons de tout coeur aux objectifs de la Marche - "un monde basé sur l'égalité, la distribution des richesses, la solidarité sociale, la justice, la liberté et la paix - mais sans une compréhension des causes de tout ce qui va mal, ces objectifs resteront dans le domaine des rêves. Afin d'éradiquer les causes des injustices il faut une lutte qui élimine la domination et l'oppression de classe. Il faudra non seulement mobiliser les manifestants et organiser des pétitions, mais des mobilisations de classe - des grèves, y compris générales et même des actions révolutionnaires. Les récents soulèvements en Israël et la révolution en Serbie sont les présages de ce qui est devant nous.

La cruelle réalité

Les statistiques de l'ONU relatives aux maux dénoncés par les femmes sont un véritable catalogue de désastres. Les 2/3 des pauvres de la planète sont des femmes. Elles effectuent 2/3 du travail mondial - dans les usines, les bureaux, les écoles, les hôpitaux, les commerces, les banques, les hôtels, les transports et l'agriculture. Elles ne reçoivent qu'un dixième du revenu mondial. Les femmes et leurs enfants représentent la majorité absolue des réfugiés dans le monde dont la plupart fuient les guerres et les guerres civiles. De plus, des dizaines de millions de femmes ont quitté leur foyer et même leur pays et tentent de gagner un certain revenu pour elles mêmes et leur famille. Des millions d'entre elles finissent comme esclave domestique ou encore comme esclave sexuelle, incapables de rentrer chez elles. A l'échelle mondiale, plus de 50 millions de femmes sont victimes de la traite des êtres humains et sont entre les griffes de bandes de trafiquants qui profitent de la vulnérabilité des femmes fuyant les régions du monde ravagées par la crise.

A grande échelle, des femmes subissent de la part des autorités: les coups, le viol, la torture et la mort. De même au sein du "sanctuaire" de la famille. La majorité écrasante des viols et des meurtres de femmes ‹ en dehors de la guerre ‹ sont commis par des membres de la famille ou par des proches. Dans certains pays, les sévices envers les femmes sont non seulement acceptés comme faisant partie de la vie quotidienne mais sont en fait encouragés comme moyen de punition des femmes infidèles. Dans certains pays tels que la Chine, la Corée, l'Inde les nouveaux nés de sexe féminin sont mis à mort à la naissance.

Les véritables coupables

Le malheur des femmes trouve sa source dans la domination de la société par des classes ou des castes qui contrôlent les richesses, le pouvoir et l'État et qui veulent priver la masse de la population des bénéfices du travail effectué jour après jour. Les bureaucraties staliniennes, qui prétendaient que le pouvoir était entre les mains de la classe ouvrière ont eu recours aux arrestations, à l'emprisonnement, aux déportations et aux meurtres afin d'assurer que le pouvoir reste aux mains de leur clique de privilégiés. Aujourd'hui le capitalisme est le système de domination de classe le plus répandu, avant c'était le féodalisme. Dans beaucoup de pays le capitalisme maintient les masses dans des conditions de semi-féodalisme et perpétue les habitudes et les traditions du féodalisme pour maintenir son pouvoir, surtout quand il s'agit de soumettre les femmes à l'autorité des hommes et de l'État. C'est pour ces raisons que ce sont souvent les femmes ‹ surtout les jeunes femmes ‹ qui se révoltent les premières.

La domination de la société par une classe qui représente une minorité numérique exige l'obéissance de la majorité. Les classes qui possèdent les terres, les usines et les banques ont besoin d'une grande réserve de main d'¦uvre bon marché. Historiquement, les classes dominantes ont utilisé tous les moyens à leur disposition ‹ y compris la religion, la publicité sexuelle, etc... ‹ pour maintenir les femmes dans un rôle assujetti à l'homme, afin d'exploiter au maximum tous les travailleurs, homme et femme. La classe dominante veut des parents qui nourrissent et habillent la prochaine génération de travailleurs et qui apprennent à leurs enfants les normes et les habitudes établies depuis des siècles par cette classe dominante. Dans le contexte de la politique menée par les gouvernements capitalistes partout dans le monde - et qui comporte un démantèlement important des services publics - on attend des femmes qu'elles reprennent à leur charge les responsabilités que l'État avait assumé pendant une courte période.

Luttes et succès

C'est la raison pour laquelle nous, marxistes, croyons que les travailleuses qui mènent campagne sur des thèmes qui les concernent et qui rejoignent leurs collègues masculins dans la lutte, ont le plus a gagner. Beaucoup de victoires ont déjà été acquises dans beaucoup de pays partout dans le monde. Les droits démocratiques des femmes ‹ participer aux élections, poursuivre des études, parler et agir sans la permission des hommes, etc. ‹ existent largement, mais certainement pas partout. Le principe "à travail, salaire égal" est généralement accepté et est même souvent devenu la loi, mais en réalité il n'est pas souvent appliqué.

De grands progrès ont été engrangés grâce aux campagnes et aux luttes pour le droit des femmes de décider de leur maternité. Mais il y a toujours un long chemin avant que l'on accepte que la contraception et l'avortement soient disponibles gratuitement et à la demande pour toutes les femmes du monde. Elles devraient aussi avoir le droit a une aide médicale pour tous les aspects de la grossesse et de l'accouchement. C'est une violation des droits de l'homme et des femmes qu'on fasse obstruction aux recherches sur la fertilité et sur la contraception.

Le harcèlement sexuel au travail et la violence exercée sur les femmes au sein de la famille ont été rendues publiques et ont fait l'objet de lois protectrices, grâce à de nombreuses campagnes, le plus souvent menées par des femmes. Ce sont des campagnes comme la Campaign Against Domestic Violence (Campagne contre la Violence intrafamiliale) en Grande-Bretagne, lancée par le Comité pour une Internationale ouvrière (CIO) qui ont poussé à ce que les syndicats et les partis ouvriers s'y engagent.

Les femmes ont été à l'avant-garde de beaucoup de luttes dans les quartiers et au travail. Grâce aux campagnes déterminées et menées par des femmes, âgées et jeunes, des hôpitaux et des crèches ont été maintenus, des lieux de prostitution ont été fermés, des concours de beauté ont été boycottés, les racistes ont été chassés de la rue et des campagnes pour permettre l'accès à l'enseignement à tou(te)s ont été menées. Les marches et les campagnes ont un rôle très important pour révéler un problème et pour arracher des acquis des autorités et même des gouvernements.

Mais il est utopique et irréaliste de croire que la distribution égalitaire des richesses, la fin des discriminations et de l'oppression et la paix mondiale puissent être assurées par les grandes puissances capitalistes. C'est demander au renard de garder le poulailler! Ce n'est pas dans la nature des capitalistes d'agir pour mettre fin à l'exploitation de la classe ouvrière de tous les pays. Ni de mettre un terme aux rivalités pour conquérir des territoires, des matières premières et de nouveaux marchés.

C'est pourquoi il faut lutter pour une véritable alternative. La seule manière de changer la société afin de mettre fin à l'oppression des femmes sur le plan mondial, c'est de mettre fin au pouvoir de ceux qui sont responsables de cette oppression: les grands propriétaires terriens, industriels et banquiers, la presse qu'ils contrôlent, les états et leurs porte-paroles . Cela implique une lutte pour une société ou l'industrie, les terres et les banques soient la propriété de tous et soient gérés sous le contrôle des représentants du monde du travail. C'est-à-dire une véritable société socialiste démocratique. Malheureusement, les dirigeants de beaucoup de partis qui ont l'étiquette "socialiste" ou "social-démocrate" ont abandonné ces idées et ont accepté les diktats de l'économie de marché. On a besoin de nouveaux partis du monde du travail pour remplacer ceux qui sont devenus des instruments de maintien du statu quo (c'est-à-dire le maintien des relations capitalistes dans la société). Il faut des partis qui se revendiquent du socialisme et qui luttent effectivement pour cet objectif.

Une diminution du temps de travail et un salaire décent pour tous les travailleurs

La nationalisation des multinationales les plus importantes et des monopoles qui dominent l'économie mondiale et leur gestion sous le contrôle démocratique des travailleurs.

Le socialisme, pas le stalinisme

Le seul gouvernement qui a eu dès le début l'objectif de réaliser le socialisme mondial a été celui des Bolcheviks en Russie en 1917 sous la direction de Lénine et de Trotsky. Il n'ont pas tardé à introduire des mesures qui ont transformé radicalement la situation et les perspectives des ouvrières et des paysannes: à travail égal salaire égal, droit égal à l'enseignement et au travail. Le mariage civil et le droit au divorce ont été immédiatement instaurés. L'avortement et la contraception sont devenus des droits.

Une loi a été votée pour la diminution immédiate de la journée de travail. Cela a permis aux femmes et aux hommes de participer à la gestion de l'État et de l'économie à travers le système démocratique des conseils élus (les soviets). Quand Staline et sa clique ont usurpé le pouvoir en 1924, ils ont commencé non seulement a éliminer physiquement toute opposition à leur dictature, mais aussi à ruiner les acquis obtenus par les femmes du monde du travail lors du renversement du capitalisme. Le développement du stalinisme a trouvé ses racines dans le retard de la situation économique et sociale. C'est le même retard qui a mis fin au programme ambitieux de crèches, de blanchisseries et des restaurants publics pour tout le monde.

Une bureaucratie parasitaire a contrôlé l'économie planifiée en Europe de l'Est, en URSS et ailleurs pendant des décennies. Ces régimes ont instauré une dictature policière et ont en même temps utilisé l'institution familiale pour inculquer l'idée de soumission aux autorités de la part des femmes, des enfants et, bien entendu des travailleurs. Dans ces pays, l'économie planifiée par l'État a préservé un système de crèches beaucoup plus accessible que dans les pays capitalistes et une plus grande proportion de femmes ont occupé un emploi salarié. Mais cela n'a jamais été une société socialiste avec une abondance de biens et un fonctionnement démocratique! Les régimes staliniens ont proclamé en paroles le "socialisme" et le droits des travailleuses mais dans la pratique ils ont bafoué beaucoup de droits et de libertés fondamentales.

Aujourd'hui, dans ces pays, le capitalisme est de retour et impose de nouvelles souffrances aux travailleuses. Elles sont les premières victimes de l'effondrement économique et de la privatisation des entreprises. Beaucoup de femmes ont perdu leur emploi. L'enseignement, les crèches et les soins de santé ont été mis à mal. Les femmes sont les plus touchées par les ravages de l'alcoolisme, du gangstérisme, de la pornographie et de la prostitution qui ont accompagné le retour du capitalisme. Avec comme conséquence que beaucoup de femmes ne souhaitent plus avoir d'enfants dans de telles conditions. La population de la Russie est en train de décroître!

Le monde que nous voulons

Le statut des femmes dans la société a toujours été un baromètre du "développement" de cette société. Dans chaque pays il existe quelques femmes très riches et la majorité des femmes qui sont humiliées et discriminées quand elles ne sont pas opprimées et surexploitées. Nous voulons un monde où tout être humain a droit à toutes les libertés, à l'enseignement et à un emploi mais aussi à l'eau potable et aux soins de santé.

Les moyens existent. Chaque année, plus de 700 milliards de dollars sont gaspillés en armes et en dépenses militaires dans le monde.

L'important est de lutter pour mettre fin au capitalisme, le système responsable de tous les maux de notre société. Une fois que l'on a identifié le véritable ennemi, il faut trouver le moyen de l'abattre. La première tâche est de mobiliser la majorité des travailleuses et des jeunes ensemble avec leurs frères de classe sur un programme socialiste combatif.

Un programme pour une action vraiment socialiste

Rejoignez-nous dans nos campagnes sur les thèmes qui concernent particulièrement les femmes :

  • Contre les emplois précaires et mal payés. Pour des allocations familiales couvrant réellement les coûts d'éducation des enfants. Pour un programme général d'extension des services sociaux, pour des habitations adéquates, des écoles, des hôpitaux et des transports publics.
  • Luttez avec nous pour que le harcèlement sexuel sur le lieu de travail et la violence intrafamiliale deviennent des questions prioritaires sur les plans syndical et politique. Donnez-nous les moyens pour assurer la protection et la défense des femmes contre la violence de leur partenaire ou de leur entourage.

    Aidez-nous à lutter pour le véritable droit des femmes de choisir leur maternité:

  • Pour une éducation sexuelle anticipée et appropriée dans les écoles. La contraception et l'avortement libre à la demande. Pour un financement public de la recherche sur la fertilité et l'aide aux femmes qui ont des difficultés pour avoir des enfants. Pour des soins pré- et post-natals adéquats pour toutes les femmes!
  • Rejoignez nos campagnes parmi les jeunes femmes: dans les écoles, les universités et dans des emplois précaires.
  • Contre toute discrimination. Libre choix en matière d'enseignement, de travail, de mariage et de grossesse. Contre le sexisme et le racisme. Contre les bas salaires et le manque de formation pour les jeunes travailleuses!
  • Organisez les travailleuses dans la lutte pour leurs droits au travail! Faites les adhérer aux syndicats et à d'autres organisations de lutte. Pour le contrôle direct de ces organisations par les travailleur(se)s qu'elles représentent.
  • Rejoignez la lutte pour la construction d'un nouveau parti des travailleurs.
  • Rejoignez la lutte pour une alternative socialiste à la domination de nos vies par le grand capital et par la soif de profit.
  • Dites non à l'exploitation, à la pauvreté, aux maux et à la guerre! Luttez pour mettre fin au capitalisme et créer une fédération socialiste mondiale!

    Rejoignez le Comité pour une Internationale ouvrière!