Afghanistan:
Les victimes de la "paix" américaines se comptent par centaines

65 morts le 20 décembre lors du bombardement d'un convoi de notables qui se rendaient à la cérémonie du nouveau gouvernement afghan; 40 morts le 27 décembre lors du bombardement du village de Naka; 70 morts au moins lors du bombardement du village de Niazi Qala le 30 décembre,… De l'aveu même d'un commandant local de l'Alliance du Nord, il suffit que les Américains soupçonnent la présence de miliciens d'Al Qaeda quelque part pour qu'ils se mettent à bombarder à l'aveuglette. La "libération" a décidément un goût amer pour la population. La "victoire" remportée par les Américains et leurs alliés risque bien de leur laisser un goût amer également.

La traque sanglante du mollah Omar et de Ben Laden est de plus en plus critiquée par certains commandants locaux de l'Alliance du Nord qui exigent l'arrêt des bombardements. Ce sont ces mêmes commandants locaux que l'Isaf, la force d'intervention de l'ONU, va tenter de désarmer pour permettre au gouvernement intérimaire afghan issu des accords de Bonn d'asseoir son autorité et de reconstituer une armée nationale. L'Isaf risque de se retrouver à brève échéance dans la même situation que la force des Nations Unies en Somalie (Onusom) en 1993-94 qui devait désarmer les différentes milices qui se partageaient le territoire après la chute du dictateur Syaad Barré. L'Onusom n'hésitait pas à saccager les villages soupçonnés de receler des armes; confrontée à l'hostilité croissante de la population, les soldats de l'Onusom - les Belges, les Italiens et les Canadiens en tête - ont commis les pires atrocités (viols, actes de torture, meurtres). Pour traquer le chef de guerre Aïdid qui l'avait défiée, l'Onusom a bombardé les villages où elle soupçonnait sa présence, tuant des centaines de civils, et elle n'a pas hésité à s'allier à d'autres chefs de guerre plus sanguinaires que lui! Tout ça pour finalement se retirer la queue entre les jambes. Dans sa mission "pacificatrice", l'Isaf devra elle aussi s'appuyer sur des chefs de guerre - voire des Talibans "modérés" - pour en contenir d'autres. Ce qui ne ferait plus de l'Isaf qu'une milice parmi d'autres. Une paix durable est impossible sous le capitalisme.

Anja Deschoemacker