Le moins que l’on puisse dire est que le sommet de Laeken n’a pas été un succès sur le plan de la popularité. Loin d’être accueilli par des vivats, le sommet s’est déroulé dans un château protégé par des milliers de policiers.La population des environs du château a d’ailleurs été prise en otage par les autorités. Les riverains du château n’ont pu circuler dans leur quartier que munis d’un laissez-passer. Certains commerçants ont carrément préféré fermer boutique bien que décembre soit un des meilleurs mois de l’année. Le sommet a coûté des centaines de millions mais rien n’a été prévu pour indemniser les commerçants et les riverains victimes des nuisances de ce sommet.
par Guy Van Sinoy
Marée humaine le 13 décembre
Le sommet syndical (CES, FGTB, CSC) avait choisi de manifester la veille de l’ouverture du sommet, de la place Émile Bockstael au stade du Heysel. Le pré-texte officiellement avancé était de ne pas se mêler aux “antimondialistes” et de se tenir à l’écart de toute violence.
En réalité, la manifestation organisée par le sommet syndical était une manifestation de soutien à l’Europe capitaliste et aux institutions européennes. Il faut “plus d’Europe” ont répété sans cesse les bonzes syndicaux interrogés par les journalistes, “et surtout que cette Europe soit sociale”.
C’est à se demander si ces bureaucrates lisent les journaux. Ne savent-ils pas, par exemple, que la Commission européenne vient d’infliger à La Poste une amende de 100 millions de FB pour “concurrence déloyale” (c’est-à-dire que les institutions européennes imposent aux services publics des règles de concurrence capitaliste)?
Les revendications officielles étaient notamment: “tendre à” l’égalité entre hommes et femmes, pour un parlement européen avec un vrai pouvoir, etc. Il n’y avait aucune revendication concrète, sur par exemple un salaire minimum européen, ou sur l’interdiction des licenciements ou des délocalisations.
Cela n’a pas empêché une participation massive malgré un froid sibérien: les quotas prévoyaient 80.0000 manifestants, il en vint 100.000. Les délégations venues de France étaient très nombreuses, surtout celle de la CGT.
Le Mouvement pour le Renouveau syndical diffusait un tract en six langues sur la reprise du procès des 13 de Clabecq. D14, Résistance Internationale, et en général les militants de la gauche radicale, n’avaient pas constitué de groupe dans la manif syndicale, mais diffusaient des tracts appelant à manifester aussi le lendemain.
Après la manifestation le Comité pour une Internationale Ouvrière (CIO) organisait un meeting syndical international sur le thème “Pour des syndicats combatifs et démocratiques". A la tribune il y avait des militants de la métallurgie, des services publics et du transport aérien de différents pays européens.
Plus de 10.000F de soutien pour les coûts du procès de Clabecq ont été récoltés à la fin du meeting.
25.000 jeunes
contre l'Europe capitaliste le 14 décembre
Le jour de l’ouverture du sommet, le Réseau “Une autre Europe pour un autre monde” organisait une manifestation vers Laeken. Après les violences policières de Göteborg et de Gênes, il n’avait cependant pas été facile de constituer un large front pour une manifestation contre la mondialisation capitaliste car les médias, les gouvernants (et les appareils syndicaux) ont présenté les “antimondialistes” comme des “gens violents”.
Dès le début de l’année 2001, le MAS a lancé une campagne appelant à résister contre la mondialisation capitaliste (Résistance Internationale). Notre objectif était de participer à une mobilisation générale contre le sommet de Laeken tout en essayant de clarifier le débat dans le mouvement antimondialiste sur la nécessité de lutter pour le socialisme.
Pour une mobilisation massive il était important de collaborer avec d'autres organisations. C’est pourquoi, tout en menant notre propre campagne sur notre propre programme, nous avons rejoint la coordination D14 qui commençait à rassembler plusieurs composantes contre le sommet de Laeken.
La plate-forme de D14 n’avait pas pour objectif de présenter un programme complet mais de tracer des axes plutôt anticapitalistes sans pour autant se prononcer sur la nécessité de mettre fin au capitalisme. En dénonçant l’Europe qui se construit comme “non sociale”, “non démocratique” et “opposée à la paix”, la plate-forme de D14 permettait de rassembler une opposition radicale tout en laissant un espace aux mouvements qui ne souhaitaient pas un profil trop pointu.
Apres le succès des actions à Gand le 19 octobre, un accord s’est fait avec Attac-Flandre, Attac-Wallonie et les ONG qui refusaient avant Gand de sou-tenir D14. L'accord se limitait à une manifestation commune et pacifique à Lae-ken le 14 décembre sous le thème "une autre Europe pour un autre monde" sans qu'il n'y ait une plate-forme commune.
La campagne unitaire a été très riche en discussions mais aussi en batailles politiques. Tout d’abord au sein de D14, où les staliniens ont tenté dans plusieurs villes de bâillonner Résistance Internationale en l’empêchant de diffuser son propre matériel politique. Ensuite au sein du réseau “Une autre Europe...” où certaines ONG souhaitaient atténuer le caractère radical de la manif. Enfin avec les autorités contre qui il a fallu batailler jusqu’au bout pour arracher un parcours de manifestation qui traverse des quartiers habités.
Dans l’ensemble l’action de D14 a donc été un succès car elle a permis, malgré beaucoup d’obstacles au départ, de construire un front large et radical le 14 décembre. Nous sommes partisans d’une telle unité d’action à condition qu’elle porte sur des points concrets et que chaque composante puisse s’expri-mer démocratiquement, diffuser son propre matériel et organiser ses propres actions spécifiques.
25.000 manifestants se sont donc retrouvés dans la rue le vendredi 14 décembre, dont un groupe impressionnant de Résistance Internationale. Plusieurs centaines de camarades du CIO étaient venus d’autres pays (Allemagne, Grande-Bretagne, Pays-Bas, Suède, France, Irlande, Autriche, Russie, etc.).
La manifestation s’est déroulée sans incidents majeurs. A l’entrée de Tour & Taxis où devaient se tenir le meeting et un concert, les forces de police ont cependant chargé de façon provocatrice l’ensemble des manifestants (boucliers, matraques et autopompes). Plusieurs arrestations arbitraires ont eu lieu et plusieurs manifestants originaires de l’étranger (dont un de nos camarades allemands) ont été expulsés.
Le 14 au soir le CIO a organisé deux meetings: un contre la guerre et un sur la nécessité d'une alternative à l’économie de marché.
Le succès du 14 décembre
Le succès de la manifestation ne doit pas être évalué en terme de capacité de peser sur la politique européenne ou de changer quelques virgules dans la Déclaration de Laeken. La manifestation a été un succès dans la mesure où elle a réussi à rassembler différents mouvements d’opposition dans une manifestation ra-dicale. A l’heure où les effets de la politique de droite sont plus clairs que jamais (fermeture de la Sabena, menace de privatisation de La Poste et du rail, record du nombre de faillites,...), il est de la plus haute importance que les rencontres au sommet du capitalisme suscitent une opposition clairement organisée. Le MAS y apporte tout son soutien et met l’accent sur la nécessité d’une lutte commune de tous les secteurs menacés avec les jeunes radicalisés. En outre, l’absence de toute représentation politique va nous forcer à construire nous-mêmes un prolongement politique. Le MAS se prononce pour la formation d’un nouveau parti ouvrier de masse. Nous voulons y contribuer et mener campagne dans ce sens. Adhérez au MAS!