Avec un surplus budgétaire de 0,2% pour 2001 le gouvernement a surpris ses amis comme ses ennemis. Tous les économistes importants n’avaient-ils pas prévu un déficit? Un hebdomadaire autorisé affirmait il y a quelques semaines que le gouvernement avait perdu le contrôle. Et maintenant ça. Le gouvernement savait-il quelque chose que nous ignorions ou bien a-t-il chipoté dans les chiffres afin de nous abuser?
De son jeu incohérent nous conclu-ons que le gouvernement est aussi sur-pris que nous-mêmes. Dans le cas con-traire, il n’aurait pas vendu dans la préci-pitation - encore le 30 décembre - le terrain de l’aéroport national à BIAC pour 205 millions d’euro ou 8,25 milliards de FB. Ces 8,25 milliards sont un prix minimum, inférieur de quelque 2 milliards de FB à la valeur estimée. Il est peu probable que BIAC dévie beaucoup de ce prix maintenant qu’il a un pré-accord en poche.
Le gouvernement voulait absolument retoucher le budget. La raison en a déjà été indirectement donnée par Luc Coene, le chef de cabinet de Verhofstadt et parfois appelé “le Premier en coulisse". Ce cynique déclare dans De Morgen: “Tant que le consommateur nous croit, il n’y a pas de problème". Et tant pis si pour ce faire il faut un peu arranger la vérité. Une seconde lecture nous apprend qu’en fin de compte le gouvernement fédéral n’a pas un surplus de 0,2% ou 22,5 milliards de FB, mais bien un déficit de 0,5% ou 56 milliards de FB.
De plus, le gouvernement fédéral surestime le résultat favorable des autorités fédérées. Celles-ci ont certes clôturé l’année avec un surplus de 65 milliards de FB, soit 15 milliards de plus que prévu! Quand il y a des enseignants qui réclament dans les parages, ils ne l’admettent pas volontiers, mais c’est surtout la Flandre qui a fait mieux que bien. Ce surplus n’est cependant pas dû à une “bonne gestion”. Les autorités fédérées reçoivent leurs rentrées fiscales avec un délai d’un an. En 2000 l’éco-nomie a crû de 4%, l’année précédente ce n’était plus que de 1,1%, mais on ne va le sentir que l’année prochaine.
Le meilleur morceau vient cependant du ministre des privatisations Rik Daems. Sa vente aux enchères des licences UMTS, pour 17,75 milliards de FB, n’a été inscrite dans les livres qu’en 2001. En outre, il a vendu au rabais des immeubles de l’Etat pour 12,9 milliards de FB, Shangai Bell pour 3,6 milliards FB et la filiale aux Pays-Bas de Belgacom, ce qui rapportait annuellement à l’Etat 6,45 milliards de FB. Bref: Daems a vendu notre argenterie, sauvant ainsi le budget.
Ce surplus budgétaire cache une enfilade d’artifices non récurrents, un bradage de propriétés publiques et un hold-up sur les cotisations sociales des famillles de travailleurs. Entretemps, les salaires des managers dans les entre-prises publiques dépassent toutes les bornes et le Sénat s’accorde une augmentation royale. La politique du gouvernement est bien plus qu’une manipulation de la comptabilité: c’est un choix politique dans l’intérêt des capitalistes contre les salariés et les allocataires sociaux.
Eric Byl