L’euro est là. La majorité des gens ont dépensé leurs premières pièces de monnaie et leurs premiers billets, les uns avec aisance, les autres, surtout les plus âgés, avec difficulté et méfiance. Cela fait des jours que nous sommes submergés par des tonnes de propagande en faveur de l’euro. Le message est que l’euro “nous” renforce. Mais, lorsqu’on parle de “nous”, de qui s’agit-il en réalité?
par Anja Deschoemacker
L’idée est séduisante. Payer partout en Europe avec la même monnaie. Celui qui voyage régulièrement dans l’Union va sans doute y trouver son compte. Un bémol quand-même: cela semble sans doute attractif de pouvoir payer partout en Europe avec la même monnaie, mais ça nous fait une belle jambe si on n’a pas les moyens de voyager. Après tout, payer en euro ne vous rend pas plus riche pour autant. Au contraire, l’euro va stimuler la concurrence et va par conséquence faire baisser les salaires. Les allocations sociales vont suivre le même chemin que les salaires.
La social-démocratie et les Verts disaient cela jadis avant de se rallier aux “vertus” de l’euro. Aujourd’hui, c’est paradoxalement un gouvernement de droite, celui de Berlusconi en Italie (avec entre autres les néofascistes de l’Alliance Nationale), qui dit - à juste titre - que l’euro ne profitera qu’aux pays les plus forts et, en général, aux plus forts dans la société. L’Italie a jadis recouru plusieurs fois aux “dévaluations compétitives” comme alternative à une attaque frontale contre la classe ouvrière. Maintenant la bourgeoisie n’a plus que cette dernière option.
L’unification monétaire renforce le marché interne et donc la capacité de l’Europe à résister aux chocs dans l’économie mondiale. Mais ce n’est jamais que dans l’intérêt des plus forts. Les entreprises les plus faibles vont être ‚éjectées du marché, avec tout ce que cela implique en termes de licenciements massifs, de conditions de travail plus pénibles,... Ce processus est d’ailleurs déjà à l’oeuvre depuis longtemps.
Ceux qui deviennent “plus forts” gràce à l’euro sont les patrons et les gros actionnaires des grandes entreprises. Ils vont bénéficier de parts de marché plus grandes par l’absorption des entreprises plus petites (l’absorption de leur capital, pas de l’emploi qu’elles offrent). Ils vont utiliser leur chien de garde, la Commission européenne, pour veiller à ce qu’aucune entreprise ne doive son existence qu’aux emplois qu’elle maintient. Ce qui permettra aux mêmes bonzes de mettre la main sur les entreprises en faillite pour une bouchée de pain. Lippens et Davignon ont ainsi repris DAT pour un franc symbolique (même pas un euro).
Les différents gouvernements vont continuer à utiliser les directives européennes pour imposer à la population leur politique néolibérale. Le secteur des assurances de voyage l’a d’ailleurs bien compris: elles considèrent dorénavant la perte d’emploi comme une raison valable pour annuler et se faire rembourser son voyage. Cette disposition pèse infiniment plus lourd que les vagues promesses d’avenir meilleur grâce à l’euro.