Les tensions entre l’Inde et le Pakistan, deux puissances nucléaires, se sont aggravées à la suite des bombardements américains en Afghanistan. Dans le passé le Pakistan avait soutenu les fondamentalistes islamiques talibans. Aujourd’hui il a servi de base pour bombarder les mêmes Talibans. Cela a bien sûr provoqué la colère des islamistes pakistanais et un renforcement de leur influence. Les nouveaux chefs en Afghanistan cherchent un rapprochement avec l’Inde car ils ne sont pas très enthousiastes à l’égard du Pakistan qui a toujours soutenu leurs ennemis.
par Geert Cool
L’escalade a été provoquée par l’attentat suicide commis au parlement indien le 13 décembre et qui a provoqué la mort de 14 personnes. L’Inde a accusé le régime pakistanais du général Moucharraf et le premier ministre indien Vajpayee a annoncé un combat contre le terrorisme.
La première victime des tensions croissantes est à nouveau la population du Cachemire, un pays occupé par le Pakistan, l’Inde et la Chine. Le Cachemire est le territoire frontalier entre l’Inde et le Pakistan; il constitue un lieu d’affrontement entre les deux pays.
Le Cachemire est la seule province indienne à majorité musulmane. Le fondamentalisme y a une audience importante. La guérilla islamiste est soutenue par le Pakistan et une partie des guérilleros ont été instruits par les Talibans.
Les nationalistes hindous du BJP ("Parti du Peuple indien", au pouvoir en Inde) en profitent pour accroître la répression au Cachemire. Et ils n’hésitent pas à intervenir sur le territoire pakistanais. Le ministre indien de la Défense, Georges Fernandes, a déclaré que le terrorisme a "dépassé les frontières".
Le discours du BJP en Inde ne laisse planer aucun doute sur les objectifs des nationalistes hindous. Le député Scrichand Kripalani a déclaré: "Le gouvernement doit faire ce que les États-Unis ont fait en Afghanistan et ce qu’Israël fait en Palestine". L’Inde a déjà conclu un accord avec le premier ministre israélien Sharon concernant une livraison d’armes.
En Inde comme au Pakistan les troupes sont concentrées des deux côtés de la frontière et les accusations mutuelles d’incursion militaire se succèdent. Des milliers d’habitants du Cachemire ont fui la région, d’autres sont évacués par le gouvernement.
Les États-Unis exercent une pression pour entamer des négociations car une escalade militaire "rendrait plus difficiles les efforts de guerre en Afghanistan". Les États-Unis ont peur que le Pakistan ne retire ses troupes de la frontière afghane car les Talibans pourraient alors passer aisément au Pakistan.
Une fois de plus l’attitude des États-Unis est hypocrite parce que ce sont précisément ses propres "efforts de guerre" qui contribuent à accroître la tension dans la région.
Cachemire:
théâtre historique de conflit entre l'Inde et le Pakistan
Le Cachemire a été l’enjeu de plusieurs conflits entre l’Inde et le Pakistan au cours des dernières décennies. L’origine du conflit est la partition de l’Inde en 1947. Le colonialisme britannique a utilisé d’une manière cynique la méthode de "diviser pour régner" afin de renforcer les contradictions nationales et religieuses.
A cette fin, l’Inde a été divisée entre l’Inde et le Pakistan. Cette division s’est accompagnée d’une persécution de la minorité hindoue au Pakistan et de la minorité musulmane en Inde. Plusieurs millions de personnes ont dû fuir.
Depuis cette époque le Cachemire a été occupé par l’Inde et le Pakistan avec une "ligne de démarcation" (frontière) qui divise le pays. En outre une partie du Cachemire, l’Aski Chin, est occupé par la Chine.
La partie du Cachemire occupée par l’Inde est en réalité une grande base militaire avec la présence permanente de plus de 600.000 soldats. La répression contre la population est brutale et il n’y a aucun droit démocratique.
Bien que la répression au Pakistan soit moins ouverte et moins directe, l’armée et les forces de sécurité jouent un rôle très important dans le pays. Elles financent et entraînent par exemple plusieurs groupes islamiques armés responsables d’attentats en Inde.
La classe dominante au Pakistan et en Inde a choisi la voie d’un conflit armé pour des raisons internes. Le régime pakistanais est impopulaire en raison de la crise économique (renforcée par la crise du Sud-Est asiatique il y a quelque années) et le soutien aux États-Unis lors de leur intervention militaire en Afghanistan.
L’économie pakistanaise a subi un coup très dur avec les sanctions américaines après les essais nucléaires. Ces sanctions ont été levées en raison du soutien pakistanais à l’intervention US en Afghanistan.
Le régime d’Islamabad veut regagner une audience au sein de la population musulmane en déclenchant une guerre au Cachemire contre l’ennemi héréditaire. Moucharraf espère ainsi renforcer sa position et celle de l’armée.
En Inde, le BJP soutient le nationalisme hindou et opprime les minorités nationales et religieuses. Cette oppression reste toutefois mesurée car le BJP a besoin du soutien d’autres partenaires de coalition. Le BJP utilise aujourd’hui l’argument de la "sécurité nationale" pour distraire l’attention de la population des problèmes économiques.
L’argument de la sécurité nationale a conduit à une forte augmentation du budget de la Défense (de 1,2 milliards de $ au début des années 90 à plus de 10 milliards de $ à la fin des années 90).
Cela illustre l’ambition de la classe dominante de faire de l’Inde une puissance importante de la région, notamment face à l’impérialisme américain, perçu comme trop favorable à la Chine.
Toute tentative américaine d’un accord sera fortement contesté par l’état-major militaire pakistanais au Pakistan et par le général Moucharraf car les dirigeants pakistanais ont besoin d’un conflit extérieur pour renforcer leur autorité. Cela vaut tout autant pour la bourgeoisie en Inde.
La seule solution durable contre la menace de guerre est la lutte contre le capitalisme. La lutte pour la libération nationale du Cachemire doit être partie de la lutte contre le capitalisme. Notre organisation soeur au Cachemire fait campagne pour un gouvernement des travailleurs et des paysans qui mette fin au capitalisme, aux vestiges féodaux, et qui mette aussi fin à l’occupation du Pakistan et de l’Inde.
Cela pourrait être la base d’un Cachemire socialiste avec des garanties pour des minorités, comme partie d’une fédération socialiste du sous-continent indien sur base volontaire.