La victoire apparente des États-Unis en Afghanistan est aujourd’hui minée par les développements politiques qui ont suivis: le conflit entre l’Inde et le Pakistan détenteurs tous les deux de l’arme nucléaire, l’escalade de la violence dans le conflit israélo-palestinien et surtout la débâcle du système capitaliste en Argentine ont mis à nu l’incapacité inhérente du capitalisme et de ses dirigeants à apporter la paix et la prospérité.
par Peter Delsing
Les États-Unis ont pu éviter des victimes américaines en utilisant un minimum de forces terrestres et en se bornant à apporter un appui aérien à l’Alliance du Nord. Les moudjahidins afghans ont servi de chair à canon dans ces attaques. L’offensive contre les Talibans et le réseau terroriste Al-Qaeda à connu un saut qualitatif début décembre.
Ces événements ont eu un ef-fet important sur le mouvement antimondialisation. Puisque une partie de ses composantes s’est transformée en un mouvement antiguerre. La victoire du front antiterroriste a redoré le blason de l’impérialisme américain. La chute de Kaboul, quelques semaines avant le sommet de l’Union européenne à Bruxelles a mis un frein à la mobilisation. Certains ont d’ailleurs pas mal d’illusions sur la capacité des dirigeants capitalistes à résou-dre les problèmes.
Aujourd’hui, après les bombes, les promesses de l’Occident tardent toujours à se réaliser. Pour l’instant l’Afghanistan à reçu un soutien financier dérisoire et il hérite d’un régime qui ne montre aucun intérêt pour des élections démocratiques. Ce régime très divisé apparaîtra à terme comme une nouvelle force d’occupation corrompue.
La révolte massive des travailleurs, des jeunes et des paysans pauvres en Argentine pose de façon pressante la question d’une alternative politique pour le mouvement antimondia-lisation. La contestation en soi n’est pas suffisante. Si les perspectives et les objectifs restent vagues, cela mènera à la désillu-sion. Les forces de droite et même d’extrême-droite pourront alors à nouveau reprendre l’initiative.
Les manifestations en Argen-tine se sont déclenchées spon-tanément. Il n’y avait pas de parti ouvrier armé d’un programme anticapitaliste clair pour orienter le mouvement . Un parti qui s’oppose à la baisse du pouvoir d’achat, suite à la déva-luation du peso. Un parti qui re-fuse de payer la dette extérieure et qui refuse les privatisations imposées par le FMI. Un parti qui organise les comités de chômeurs mis spontanément sur pied à plusieurs endroits avec la base syndicale, les étudiants, les lycéens et les paysans pau-vres. Un parti qui propage dans la population l’idée de nationaliser les usines, les banques. Bref un parti qui arrache des mains capitaliste la direction du pays.
D’aucuns, dans le mouvement antimondialiste, pensent qu’un tel parti révolutionnaire n’est pas nécessaire. Ils estiment que le caractère oppres-seur du pouvoir est inhérent à tout parti. Pour nous, l’aspect oppresseur est lié au caractère d’un parti bourgeois dans un environnement capitaliste. Le type de parti dont le MAS/LSP et le Comité pour une Internationale ouvrière proposent n’a rien à voir avec les appareils antidémocratiques bourgeois, ou staliniens.
Qu'est-ce que le socialisme?
En essayant d’imaginer le socialisme, beaucoup se posent les questions suivantes. Une fois au pouvoir, le mouvement ouvrier ne va-t-il pas à son tour se remplir les poches? N’aura-t-on pas besoin de spécialistes qui se feront grassement payer? N’est-il pas naïf de croire que l’homme partagera ses biens avec ses semblables?
L’expérience de la lutte de classes - de la Commune de Paris en 1871, des conseils de travailleurs et de soldats (soviets) en Russie en 1917 et en Allemagne en 1918, jusqu’à mai 1968 en France - amorcent une réponse aux questions ci-dessus.
Le socialisme présume un développement gigantesque des forces productives, ce qui s’est déjà produit pendant des décennies sous le capitalisme. Régulièrement l’ONU publient des données qui montrent qu’une petite partie du revenu des capitalistes les plus riches permettrait de fournir à la population mondiale tous les produits de première nécessité.
Pour réaliser cela nous devons le faire de façon organisée. Le socialisme présume une économie mondiale planifiée, la possession en commun des entreprises, des matières premières et des machines afin d’aller vers une situation ou l’on produira en fonction des besoins de la population mondiale. A ce moment l’argent pourra être aboli et les gens prendront les produits dont ils ont besoin.
L’histoire de la classe ouvrière montre que les travailleurs con-stituent un contre-pouvoir. Le MAS-LSP ne tire pas ces principes de démocratie ouvrière de son pouce. Dans la Russie de 1917, les ouvriers et les soldats ont mis sur pied des comités élus démocratiquement dans les entreprises, les quartiers et les casernes.
Ces représentants étaient révocables à tout moment et ne pouvaient pas gagner un traitement plus élevé que le salaire moyen d’un travailleur. Ce principe est d’ailleurs aujourd’hui mis en pratique par notre camarade Joe Higgins, député au parlement irlandais.
Des spécialistes recevant des salaires plus élevés (mais limités) qu’un travailleur moyen étaient placés sous le contrôle politique de la classe ouvrière. La population exerçait elle-même toutes les fonctions législatives et répressives dans les soviets.
En France en Mai 1968 les travailleurs, les étudiants et les paysans ont suivi la même voie. Cependant il n’y avait pas de parti révolutionnaire de masse capable de mener à la victoire. Seule la démocratie ouvrière permet à la majorité de prendre le pouvoir et de placer l’économie - et l’ensemble de la société - sous le contrôle démocratique des travailleurs.
Les limites de la mondialisation: vers un tournant sur le plan mondial
La crise en Argentine marque un tournant sur le plan financier et économique. Le FMI, le chien de garde du capitalisme international, a été mis de plus en plus sous pression au cours de ces dernières années. Évidemment, c’est à cause de sa politique de privatisations et de coupes budgétaires dont la population a été la victime.
Cela a fait partie d'une politique plus générale de change à un taux fixe, de démantèlement des barrières commerciales etc. Le FMI doit garantir aux multinationales l’accès illimité au marché mondial et il doit défendre la stabilité du système monétaire international.
Ce qui est nouveau en Argentine est la réaction passive du FMI suite à la menace de ne plus rembourser la dette extérieure et son acceptation de fait de la dévaluation du peso.
Cela ouvre la perspective de plus en plus de dévaluations compétitives qui pourraient bouleverser le système monétaire international. Avant l’Argentine, l’Uruguay avait dévalué sa monnaie de 20%.
Dans les cercles du FMI on parle de «réglementation de fail-lite» pour certains pays. De fait c’est reconnaître une tendance vers plus de protectionnisme tout en essayant autant que possible de récupérer ces nouvelles mesures dans l’intérêt des multinationales.
La mise en circulation de l’euro n’est qu’une exception à ce retournement de tendance à la mondialisation qui va s’opérer dans la période à venir. La crise en Argentine montre que des gouvernements confrontés à des mouvements de masse utiliseront une certaine marge de manoeuvre sauver d’abord leur propre économie (et sauver par la même occasion leur peau!), même si cela est au détriment de l’économie des autres pays.
Aujourd’hui on peut prévoir une «argentinisation» en Amérique Latine. En Europe aussi la crise structurelle du capitalisme provoquera des mouvements de masse importants. A terme ce sera la fin des illusions sur l’euro, pour ne pas dire le dernier clou du cercueil d’une Europe politiquement unifiée.
Quelques porte-paroles du mouvement antimondialiste applaudiront sans doute le repli vers le protectionnisme. Le MAS-LSP et Résistance Internationale estiment cependant que le protectionnisme n’est pas une solution. Seul un programme socialiste s’appuyant sur les travailleurs peut permettre de résoudre de façon définitive le clivage entre riches et pauvres.