On pouvait déjà constater avant le nouvel an que les cafetiers avaient augmenté le prix du verre de bière en préparation à la conversion en euro. Test Achat a chiffré que l'augmentation des prix a été en moyenne de 7%.
Même si tous les prix n'ont pas augmenté, on a globalement 4% de notre pouvoir d'achat qui est absorbé par le brouillard de l'euro. Cela signifie 1.000FB (25 euros) dans une allocation de chômage de 25.000FB. Pour un chômeur qui doit peser chaque dépense, c'est une somme importante.
La récession économique qui est entrain de se développer sur le plan mondial a déjà coûté à des centaines de milliers (si non des millions) d'emplois. En Belgique et surtout en Flandre les conséquences de la réces-sion se font aussi sentir. Les quotidiens et les journaux télévisés rapportent chaque jour des nouvelles sur des failli-tes et sur des licenciements. Les multinationales de même que les PME liquident le per-sonnel afin de compenser les pertes du chiffre d'affaires et la baisse des profits.
Le chômage en Flandre (avec ou sans droit à une allocation) a progressé de 12,5% en 2001 soit 179.566 chômeurs de plus. Pour toute la Belgique, il a atteint 471.067 unités, dont 351.000 ont droit à une allocation.
Entre avril 1996 et août 2001 (soit pendant 65 mois) le chômage a officiellement bais-sé de 120.000 unités. En réalité cette diminution était beaucoup moins spectaculaire et est très temporaire.
Pendant des années on a notamment tripoté les chiffres. Près de cent mille chômeurs ont plus de 50 ans ou ont plus de 30 heures ALE par mois, ou encore ont vu le versement de leur allocation suspendu pour l'une ou autre raison. Tous ces travailleurs en chômage ont été rayés des statistiques depuis 1995.
Comment se fait-il que le taux de chômage augmente récemment si rapidement surtout en Flandre? Une des caractéristiques du marché de l'emploi en Flandre depuis 1995 est l'importance prise par le travail temporaire. En 2000 en Flandre, 8,5% des travailleurs (182.000 personnes) travaillaient dans le cadre d'un contrat à durée déterminée ou dans une société de travail intérimaire. Cela représente une augmentation de 3,3% par rapport à 1995.
Ce développement du travail temporaire (y compris les mauvaises conditions de travail qui en découlent, et en moyenne un salaire plus bas de 5%) s'applique surtout aux femmes (12%) et aux jeunes (27%). Le travail temporaire pour beaucoup n'est pas un libre choix car, plus de 81% des travailleurs interrogés disent simplement qu'il n'y a pas de travail fixe. Les conséquences de la crise actuelle se font sentir de plus en plus fort chez les jeunes.
Alors qu'en 1999-2000 il y a la plus grande diminution du chômage des jeunes, en 2000-2001 l'augmentation du chôma-ge des jeunes a été la plus forte. Ce n'est pas étonnant de voir que le marché du travail intérimaire a baissé de 6% en 2001.
Il ne faut pas s'attendre à de bonnes nouvelles. Les optimistes prédisent une reprise dans la deuxième moitié de l'année 2002, mais d'autres économis-tes pensent plutôt au début 2003.
Les chômeurs d'aujourd'hui sont doublement victimes de la crise. Ils ne peuvent faire aucun projet car ils ne peuvent prévoir quand ils retrouveront un emploi.
En attendant, ils doivent vivre chichement d'une maigre allocation de chômage.
Les gouvernements qui se sont succédés s'en sont pris à la sécurité sociale. Les patrons ont reçu des centaines de milliards de francs belges sous forme de baisse des charges sociales, sans qu'il n'y ait eu en contrepartie l'obligation de créer des emplois. Pendant ce temps les allocations de chômage ont baissé de 33% à 17,9% du salaire net moyen. En outre, de plus en plus de chômeurs sont obligés d'aller travailler pour "mériter" leur allocation (par exemple dans les Agences locales pour l'Emploi) sous peine de subir une suspension ou une exclusion du droit à l'allocation de chômage.
Les travailleurs aussi sentent les effets de la crise. La pression au travail continue à augmenter. Les salaires vont être mis à nouveau sous pression pour "préserver la compétitivité des entreprises belges" selon les patrons.
Pour couper court aux mena-ces du patronat il va falloir lutter pour le maintien de l'emploi et une amélioration des allocations de chômage. Une lutte que les directions syndicales ne veulent pas organiser, comme on peut le constater dans la lettre très conciliante de Michel Nollet et de Mia De Vits (FGTB) publiée dans De Morgen du 21 janvier.
C'est pratiquement le même discours que les partis du gouvernement et de l'opposition. Les travailleurs et les chômeurs devront s'organiser et mener cette lutte eux-mêmes.
Jan Van Emous