Hôpitaux publics
Les conséquences de la privatisation

La CGSP a mené des actions dans les hôpitaux publics de la Région de Bruxelles-Capitale au cours du mois de janvier. Ces actions ont culminé avec une heure d'arrêt de travail dans les 9 sites hospitaliers publics. Nous avons rencontré Michèle Dehaen, déléguée CGSP, à ce sujet.

Le Militant: Pourquoi ces journées d'action?

Michèle Dehaen: Parce que nous refu-sons que le personnel fasse à nouveau les frais du déficit des hôpitaux publics. Depuis l'application du plan Iris, en janvier 1996, les communes et les CPAS ne compensent plus le déficit des hôpi-taux publics. Avec pour conséquence que par exemple pour Iris Sud (Bracops, Molière, Longchamps, Baron Lambert, Ixelles, Etterbeek) la direction annonce la suppression de 200 à 250 postes de travail équivalents temps plein. A Brug-mann, 95 équivalant temps plein seront supprimés. Pourtant, si les hôpitaux pu-blics remplissent leur mission de service public, il est inévitable qu'ils rencontrent des difficultés financières car une partie de la population pauvre ne peut assumer les frais de soins (ou bien n'est plus cou-verte par une mutuelle). A Brugmann, le déficit est passé de 50 millions en 1999 à 150 millions en 2000. On attend les chiffres pour 2001.

Commentaire

L'exemple des hôpitaux publics bruxellois montre très bien où mène la privatisation des services publics. Les synergies avec le privé se font toujours à l'avantage du privé qui profite des infrastructures financées avec l'argent public. Les travailleurs du service public perdent progressivement leur statut (nomination, congés de maladie, pension). Les rémunérations sont progressivement décrochées des barèmes du secteur public. Le service au public est progressivement abandonné pour faire place à une médecine payante en concurrence avec les cliniques privées. Les travailleurs de La Poste ou de la SNCB peuvent ainsi imaginer où mènera la privatisation de leur secteur. D'autre part on annonce que Jean-Paul Philippot (PS), administrateur du réseau Iris, deviendra sous peu administrateur de la RTBf. A bon entendeur, salut!

LM: Cette politique s'est accompagnée d'une privatisation de certains services. La cuisine, par exemple

MD: A Brugmann, par exemple, la cuisine a été privatisée et confiée à la firme Edibel. Les bâtiments de la cuisine restent la propriété de l'hôpital. Des inves-tissements très importants ont d'ailleurs été réalisés, à charge de l'hôpital, pour produire une alimentation du type chaîne froide (une fois préparés, les repas sont conservés à une température froide spécifique, pour être réchauffés par la suite dans des chariots particuliers, fonctionnant un peu à la manière d'un micro-onde, lors de l'acheminement des repas aux patients). Le personnel de la cuisine (nommé et contractuel) a été re-pris par Edibel. Mais si Edibel étend son marché et produit, par exemple, des repas pour un client extérieur, il engagera sur le site de l'hôpital du personnel contractuel avec d'autres salaires. Il pourrait donc y avoir sur le site de l'hôpi-tal du personnel de cuisine préparant des repas pour n'importe quelle firme privée.

LM: Les autorités multiplient les campagnes de recrutement de personnel infirmer. Quels sont les résultats?

MD: Chaque année, en juin et en septembre, les hôpitaux recrutent beaucoup de jeunes diplômés sortant de l'école. Mais les sorties de personnel sont plus importantes que les entrées : le volume de personnel diminue en raison des mauvaises conditions de travail. Évidemment, moins il y a de personnel soignant et plus les conditions de travail empirent. A condition de travail mau-vaises, les infirmières passent au sec-teur privé car les rémunérations y sont un plus élevées que dans le public.

LM: Mais la pension reste plus élevée dans le secteur public?

MD: Oui en théorie. En pratique, à Brugmann, St-Pierre, Bordet et à l'HUDERF (hôpital pour enfants), il n'y a plus de nominations depuis juin 1995 (plan Iris). Théoriquement on peut enco-re être nommé. Mais les directives du plan Iris donnent la priorité au personnel temporaire. A Molière, on ne nomme plus déjà depuis 1982. Les travailleurs qui toucheront une pension du public (pension calculée sur base de 75% des 5 dernières années de travail pour le public, au lieu de 60% de l'ensemble de la carrière pour le privé) s'amenuise de plus en plus.

LM: Et les rémunérations?

MD: Un décret est sorti en juillet 2001. Il prévoit que les hôpitaux publics peuvent décider du statut administratif et pécuniaire du personnel. En d'autres mots, les conditions de rémunération peuvent ne plus rien à voir avec le personnel des communes et des CPAS. C'est un saut qualitatif supplémentaire pour décrocher les hôpitaux du secteur public. Ils ne peuvent cependant pas toucher au statut des pensions des travailleurs nommés. Pour les tempo-raires, c'est-à-dire la masse du person-nel, ce sera la pension du privé. De plus, la programmation sociale de décembre 2002 (prime de fin d'année) sera payée sous forme de chèques repas.

LM: La situation est-elle semblable en Flandre et en Wallonie?

MD: C'est pis. En Flandre, il n'existe plus qu'une dizaine d'hôpitaux publics. En Wallonie, les hôpitaux ont quitté le giron des CPAS pour fusionner sous la forme d'intercommunales.

Propos recueillis par Guy Van Sinoy