| Caterpillar: |
A l’appel de la FGTB et de la CSC, les ouvriers de Caterpillar ont fait 24 heures de grève le lundi 18 février car la direction a rompu de façon unilatérale les négociations sur la prochaine convention collective.
Avant de passer à la grève, les délégations syndicales avaient consulté les travailleurs réunis en assemblée générale. Un point du cahier de revendications porte sur la transformation en contrat à durée indéterminée (CDI) du contrat à durée déterminée (CDD) de nombreux jeunes. Un autre point porte sur la prépension des ouvriers âgés de 55 ans. Ce sont des points importants car ils concernent directement un grand nombre d’ouvriers. 700 ouvriers ont actuellement un CDD. D’ici 10 ans, plus de mille ouvriers seront prépensionna-bles à 55 ans.
Les deux points sont évidemment liés: chaque travailleur qui part à la prépen-sion doit être remplacé par un travailleur avec un vrai contrat (CDI). C’est aussi une question financière car d’un côté les prépensionnés doivent pouvoir vivre avec un revenu décent et de l’autre un travailleur avec un CDD a par définition un sous-statut. Comment s’engager dans des projets importants (contracter un emprunt pour acheter un logement ou une voiture, se marier, avoir des enfants,...) si on ne sait pas ce que l’on fera dans six mois? Les 300 jeunes travailleurs CDD qui ont été mis dehors du jour au lendemain chez VW sont bien placés pour le savoir.
De plus, les petits chefs profitent des contrats à durée déterminée pour impo-ser plus de flexibilité: heures supplémentaires qu’il est difficile de refuser si on ne veut pas être mal vu, changement de poste, peur de tomber malade. Et pour un CDD, pas question de devenir un militant syndical ni même de faire grève.
Interrogé à la radio, un directeur de Caterpillar déclarait: «On ne peut donner à tous un emploi “définitif” (ce sont ses termes!) car nous dépendons des commandes et de l’évolution du marché!» D’abord aucun ouvrier de Cater-pillar ne pense qu’un contrat à durée déterminée est un emploi “définitif”. Chaque jour des entreprises jettent dehors des travailleurs ayant un contrat à durée indéterminée. Et si on suit la logique de ce directeur à propos du marché et du carnet de commandes, autant abolir tout de suite le CDI et n’embaucher que des temporaires, puisque par définition le marché capitaliste est une loterie.
Légalement, on ne peut engager un travailleur sous CDD que dans des conditions très strictes. Le contrat à durée indéterminée doit rester la règle. La succession de contrats à durée déterminée dans une même entreprise est limitée à 4 CDD, de 3 mois minimum chacun, pendant une durée maximale de 2 ans au total. Mais en pratique beaucoup de patrons choisissent délibérément de se placer dans l’illégalité en faisant signer des CDD à tour de bras. Surtout quand il s’agit de jeunes travailleurs qui ont galéré pendant des mois pour décrocher un emploi et qui n’ont aucune expérience syndicale. Rares sont ceux qui osent s’adresser au tribunal du travail pour faire valoir leurs droits légitimes.
La seule manière de faire changer la situation est d’agir collectivement comme viennent de le faire les ouvriers de Caterpillar.
Guy Van Sinoy