Les étudiants de Montpellier ont inscrit “université de Nike” au fronton de leur université. Un panneau juste à côté indique la direction du “bâtiment Bill Gates”. Le 14 janvier, les étudiants de la “Queen’s Coalition Against Deregulation” de Kingston au Canada ont occupé le rectorat. Le 15 novembre 2001 200.000 étudiants, professeurs et parents ont sillonné les rues de Madrid contre la “loi organique des universités” (LOU), un projet de loi qui a pour but la privatisation du système d’enseignement espagnol, le renforcement de l’influence des entreprises dans les universités et la sous-traitance du secteur social. Les lycéens et les étudiants ont manifesté dans toute l’Italie durant les derniers mois de 2001 pour défendre l’enseignement public. Nous assistons à la formation d’un mouvement mondial contre la privatisation de l’enseignement.
La Table ronde des Industriels européens - un comité de 45 patrons européens qui possèdent ensemble 550 milliards d’euros - se plaignait déjà en 1989 que les autorités européennes consacraient trop de moyens aux étu-diants qui suivent des études “inutiles” ou qui échouent aux examens. Les en-trepreneurs trouvaient que les jeunes “étudiaient trop longtemps”, “étaient trop critiques” et qu’ils doivent être “recyclés” lorsqu’ils arrivaient sur les lieux de travail.
Les années 60 ont vu le développement de méthodes de production plus sophistiquées qui ont rendu nécessaire une massification de l’enseignement (la pseudo démocratisation de l’enseignement) pour satisfaire les besoins des capitalistes en main-d’oeuvre plus qualifiée. Il a donc fallu ouvrir les portes des universités aux enfants des travailleurs. Mais maintenant que la crise réduit la marge des profits et provoque un chômage de longue durée, les patrons trouvent qu’il y a “trop” de jeunes qui font des études supérieures. La persistance d’un groupe de travailleurs hautement qualifiés au chômage n’est pour eux que du “gaspillage”.
Les dernières années ont donc vu l’en-seignement se préparer à la privatisa-tion et à la marchandisation partout dans le monde. La Déclaration de Bologne, signée par 29 ministres européens de l’enseignement, conduira à un désengagement des pouvoirs publics et à une mainmise croissante du monde des affaires. Bologne doit préparer les universités européennes à la compétition avec celles des USA et du Canada, ce qui ira de pair avec une offensive générale contre les droits des étudiants et les services sociaux des universités et avec l’introduction de droits d’inscriptions exorbitants. Les Pays-Bas ont déjà annoncé que les universités pourraient exiger des droits d’en-trée allant jusqu’à 7.000 euros pour accéder aux études de Master!
De l’Afrique du Sud à la Russie, du Brésil à l’Inde, les étudiants sont partout confrontés à la privatisation de l’enseignement, à la baisse des dépenses et à la marchandisation. Tous les étudiants devront faire face aux droits d’in-scription plus élevés, aux prêts d’études, aux restrictions du nombre d’étu-diants, à la privatisation des services,... Il faudra mener la lutte au niveau international.
Les chefs d’état et de gouvernement européens se réunissent les 15 et 16 mars à Barcelone. Les travailleurs et les étudiants espagnols vont manifester en masse contre ce sommet. International Socialist Resistance, dont Résistance internationale est la section belge, participera à des actions un peu partout dans le monde avec comme revendication: un enseignement gratuit pour tous!
La gratuité de l’enseignement est un droit élémentaire. ISR combat toute tentative de la part des autorités de mettre en place un système d’enseignement qui exclut les enfants des travailleurs pour n’accepter que ceux de l’élite la plus fortunée.
Natalie Van Gysel