Ne pas enfermer les jeunes
mais leur donner un avenir!

Au cours des dernières semaines, les journaux ont beaucoup écrit sur les jeunes délinquants. Puis est venue l’annonce de l’ouverture d’une prison pour jeunes, même si elle porte un autre nom.

Dans De Morgen, le substitut de la jeunesse de Malines, Christian Nys a décla-ré: «Je dois toujours rire quand ils prétendent que les mineurs n’ont rien à faire en prison. Et bien maintenant, les jeunes qui seront entre nos mains (via une condamnation du tribunal correctionnel) s’y sentiront comme un poisson dans l’eau.» Est-ce là l’intention?

A propos d’Everberg, la prison de jeunes qui ouvrira ses portes le 1er mars, il espère «qu’ils travailleront de manière très sélective, sans quoi Everberg sera sous peu rempli de jeunes qui n’y sentent pas chez eux.» Et là il touche (inconsciemment) le noeud du problème: les prisons pour adultes ne sont-elles pas non plus remplies de gens qui n’y ont pas à leur place?

De tous les délits enregistrés dont on connaît l’auteur 49,6% ont été commis par des jeunes de moins de 26 ans. Les mineurs entre 12 et 17 ans sont respon-sables pour 16,6% des délits enregis-trés, les jeunes entre 18 et 25 ans de 33%. Voici par ordre décroissant les délits les plus fréquents commis par des mineurs: vol à l’étalage (23%), coups et blessures volontaires (14%), vol avec violence (8%). Pour les majeurs: détention de drogue (18%), coups et blessures volontaires (16%) et vol à l’étalage (12%).

Jo Goorden, le coordinateur anversois des animateurs de rue déclarait récemment: «les jeunes qui traînent dans la rue sont souvent mis dans le même sac que les jeunes délinquants... ils se sentent visés, deviennent nerveux et agressifs et deviennent importuns. Mon pronostic est que la délinquance juvénile va croître fortement. Des bandes de jeunes en fugue arrivent ici et se retrouvent dans une situation précaire. Pourront-ils rester ici? Ils sont dépourvus de tout sur le plan matériel. Leurs parents ne leur donnent rien comme argent de poche. Que vont faire ces enfants? (...) Pensez seulement aux enfants qui mangent en cachette dans les rayons du Aldi. Ces jeunes doivent se battre pour survivre. Ils n’ont souvent pas la possibilité de respecter les principes moraux. (...) Ils bouffent chaque jour ce qui est interdit. Je les considère comme des victimes et non comme des coupables.»

La prison pour jeunes n’est pas la solution. Le tournant pris vers la répres-sion et vers la prison pour jeunes ne change rien au bouillon de culture dans lequel la délinquance juvénile va se développer: pauvreté, aucune perspec-tive d’avenir, frustration envers l’exclusion qu’ils subissent.

Il faut chercher ailleurs les véritables solutions. Chacun devrait avoir droit à une vie décente: un emploi convenablement rémunéré et des indemnités de chômage suffisantes. L’enseignement joue dans la vie des jeunes défavorisés un rôle fondamental: ils commencent par un retard (sur le plan de la langue, de la culture, des motivations,...) et finissent avec encore plus de retard. Cela devrait être rattrapé par un meilleur encadre-ment et plus de moyens.

Beaucoup de jeunes apprennent «les mauvais coups» parce qu’ils traînent en rue sans un sou en poche et sans la possibilité de se payer des distractions. Une maison de jeunes dans chaque localité bien équipée, avec des instal-lations sportives gratuites et organisée par les jeunes eux-mêmes, serait un grand pas en avant.

Cela exige des moyens que les autorités prétendent ne pas avoir. Mais les autorités pourraient peut-être trouver cet argent en s’en prenant à la véritable criminalité qui détourne des millions d’euros vers la poche des riches via la fraude.

Anja Deschoemacker