Frank Vandenbroucke (SP.A), ministre des Affaires sociales, multiplie les mauvais coups contre les malades et les assurés sociaux. Ainsi, pour 2002, la cotisation supplémentaire à la mutuelle vient d’augmenter fortement (voir encadré). Il est en effet plus facile de s’en prendre aux assurés sociaux qu’aux multinationales de l’industrie pharmaceutique et médicale. Mais attention! Il y a une justice! Frankie ne s’en prend pas seulement qu’aux assurés sociaux : ses mesures frappent aussi ceux qui n’ont plus les moyens d’être en ordre avec la mutuelle.
Il vient en effet de décider de faire payer 45 euros aux patients qui se rendent directement à la garde d’un hôpital sans passer par un médecin traitant si leur cas se révèle ne pas être une "vraie" urgence. Ces 45 euros (dont 16 euros ne sont pas remboursés par la mutuelle) correspondent aux honoraires d’un généraliste appelé la nuit.
Jusqu’à présent, à la garde d’un hôpital, la prestation d’un médecin coûtait 22 euros (hors examens). Le ticket modérateur s’élevait à 5,6 euros, mais son paiement n’était réclamé que beaucoup plus tard. Le prix de la consultation est donc multiplié par 2, et celui du ticket modérateur par 3! Dans les faits, il faudra payer ces 45 euros si on n’est pas envoyé à l’hôpital pas un généraliste, par le service 100... ou par la police.
Mais d’abord qu’est-ce qu’une "vraie" urgence? Frank Vandenbroucke croit-il que l’on se rend à la garde d’un hôpital pour son plaisir ? Quoi de plus imperson-nel que la garde d’un hôpital où l’on ne sait pas sur quel médecin on va tomber? Dans les grandes villes où vivent de plus en plus de personnes dans l’isolement et dans la pauvreté, les gardes des gros hôpitaux, tels que l’hôpital St-Pierre à Bruxelles, sont quotidiennement sollicitées par ces gens dans la détresse. SDF, sans papiers, toxicomanes, alcooliques, exclus du travail et/ou du chômage: bref pour tous ceux qui n’ont plus accès au médecin de famille, le seul recours possible est de se rendre à la garde de l’hôpital. Il ne s’agit pas toujours "d’urgences médicales". Mais il s’agit dans la plupart des cas "d’urgences sociales".
La manière dont Vandenbroucke aborde ce problème en dit d’ailleurs long sur sa conception de la médecine: ce "socialiste" en peau de lapin considère le praticien comme un technicien et non comme un travailleur de la santé qui remplit une mission sociale.
De plus, même si vous n’êtes pas dans la dèche. Si un de vos proches se sent très mal et doit être examiné de façon urgente pendant la nuit ou le week-end et que vous habitez non loin d’un gros hôpital, il y a gros à parier que vous l’emmènerez directement à l’hôpital plutôt que de chercher dans le bottin quel est le médecin de garde et de tourner 10 minutes dans son quartier pour savoir où il habite.
On suppose que dans quelques années Vandenbroucke arborera fièrement des statistiques montrant que le recours à la garde des hôpitaux a baissé et que la mesure qu’il prend aujourd’hui était nécessaire. Mais les chiffres montreront seulement qu’une partie de la population ne se rend plus à la garde et n’est plus soignée du tout.
Une autre mesure importante prise par Frank Vandenbroucke concerne les kinés. Les remboursements de l’Inami ne couvriront que 18 séances par an. Si vous devez avoir recours à un kiné de façon occasionnelle, ce n’est pas trop grave. Mais pour les personnes âgées qui souffrent d’arthrose et qui ont besoin de l’intervention régulière d’un kiné c’est une ruine. Et pas seulement pour les plus âgés. De plus en plus de travailleurs souffrent de maux de dos et doivent avoir recours à un kiné.
Du côté des kinés, une telle mesure aura des répercussions sur l’emploi. On estime q’un quart des 20.000 kinés du pays vont disparaître. On prévoit une prime de 12.500 euros pour les convaincre de changer de métier. Cela tombe bien! Magda Alvoet (Agalev), ministre de la Santé publique, tente de combler les brèches dans les rangs du personnel infir-mier qui déserte les hôpitaux tellement les conditions de travail sont pénibles. Le gouvernement Dehaen a décidé qu’en 2005 l’Inami n’agréera plus que 450 kinés (270 flamands et 180 francophones) par an. Mais les écoles dépendent des Communautés et continuent à diplômer 1.000 kinés par an! Magda Alvoet (qui n’en rate jamais une!) a trouvé une idée originale pour choisir ceux qui seront agréés: par tirage au sort! Au quand le tirage au sort pour désigner les membres du gouvernement?
Francine Dekoninck