Forum social mondial:
Quelle alternative politique?

Le contraste n’aurait pas pu être plus frappant. D’un côté les dirigeants du capitalisme mondial se retrouvaient à New York lors d’un Forum économique mondial déstabilisé par le terrorisme, la crise économique et les mobilisations contre la mondialisation: un groupe select de dirigeants d’entreprise, de politiciens bourgeois et de bonimenteurs chargés de discourir sur la misère du monde autour d’un verre de champagne lors d’une "cocktail party" organisée, selon la presse, dans un hôtel luxueux transformé en bunker à l’abri du terro-risme. Les discussions ont porté sur des sujets tels que: "Quelle orientation en ces temps difficiles?" ou encore "Colère globale: quelles seront les prochaines tempêtes?". Bref un banquet où l’on dissertait sur la misère du monde.

A l’autre extrémité du continent, selon la même presse qui il y a seulement six mois mettait tous les antimondialistes dans le même sac que les "hooligans politiques", Porto Alegre et le Forum social mondial. Un rendez-vous mondial et convivial, bien que politiquement confus, des représentants des opprimés. Il a fallu les attentats du 11 septembre, une nouvelle crise économique et un mou-vement de masse protestant contre le fossé entre riches et pauvres, pour que la presse capitaliste change son fusil d’épaule et nuance un peu ses analyses.

Les dizaines de milliers de militants réunis à Porto Alegre montrent le potentiel du mouvement antimondialiste. La révolte en Argentine, l’extension vers l’Irak de la croisade américaine "con-tre le terrorisme", les licencie-ments de masses partout, la privatisations des services publics, les coupes budgétaire dans les dépenses sociales: tels étaient le type de thèmes débattus à Porto Alegre. Thèmes qui conti-nueront à mobiliser de larges couches dans un avenir proche.

En même temps l’alliance forgée entre les ONG, les syndicats, les mouvements sociaux et la jeunesse radicalisée est con-frontée de plus en plus avec la question de l’alternative politique concrète. C’est une question de "réformisme": raboter les cotés les plus saillants d’un capitalisme de plus en plus féroce au lieu de s’orienter vers la révolution qui s’appuie sur un mou-vement conscient de larges masses pour renverser le capitalisme et le remplacer par la propriété commune socialiste des moyens de production sous le contrôle démocratique des masses.

Verhofstadt voulait aller à Porto Alegre car il a compris ce qui est en jeu. Le mouvement antimondialiste est considéré politiquement dangereux. Pour les di-rigeants de ce monde le pouvoir ne devrait pas être dans la rue. Il faut donc le diviser. D’une part en récupérant une partie du mouvement "ouvert au dialo-gue avec les gouvernements": les ONG, les bureaucraties syndicales et les académiciens qui veulent être considérés comme "interlocuteurs valables". D’autre part tenter de récupérer cette partie du mouvement et la large couche des inorganisés pour les dresser contre la gauche radicale avec qui on ne peut pas discuter.

Mais même pour la gauche modérée le show envisagé par Verhofstadt était inacceptable. Notre premier Ministre a donc été informé qu’il était persona non grata à Porto Alegre. Ce n’est que normal. Quelqu’un qui privatise les services publics à tour de bras, qui dépouille les pauvres pour donner aux riches n’avait rien à faire à Porto Alegre, sauf peut-être utiliser ce sommet pour tenter de se donner une image sociale.

D’un côté la carotte, de l’autre le bâton

A New York une manifestation anarchiste a été réprimée avec violence. A Munich la police n’est pas allée avec le dos de la cuiller. En Argentine et en Italie les protestations se multiplient pour dénoncer les politiciens qui ont délibé-rément fait tirer la police dans la foule des manifestants.

Ce sont des signes qui ne trompent pas: un manque de scru-pules de la classe dominante et une polarisation profonde dans la société. Sur le plan écono-mique et politique on s’achemine vers un retour vers les an-nées 30. Avec la différence toutefois que le pouvoir potentiel de la classe ouvrière n’est pas brisé et qu’il va se manifester à nou-veau sur la scène de l’histoire contre la direction bureaucratique des syndicats.

Les déclarations finales de Porto Alegre ont souvent condamnés de façon vive la politique des Etats-Unis et la logique capitaliste qui nuit à l’être humain et à l’environnement. Les alternatives sont restées vagues. Cela reflète à la fois l’héritage des années 90 - un résidu d’incrédulité dans la viabilité d’une alternative socialiste -et l’origine sociale des intellectuels qui ont écrits ces textes.

Le syndicat brésilien CUT a critiqué l’utilisation de termes tels que "société civile" - qui met les capitalistes et les ouvriers sur un même pied - et l’absence de toute référence dans les déclarations à la nécessité de profonds changements sociaux.

Des académiciens tels que Noam Chomsky ou Susan George (Attac) fournissent souvent des arguments et des chiffres utilisa-bles contre le système capitaliste. Ils ne peuvent toutefois jouer un rôle important dans le mouvement que parce qu’un vide politique important existe à gauche: l’absence de parti de travailleurs, avec une influence de masse et un programme de lutte.

À terme le mouvement anti-mondialiste n’est viable que s’il prend conscience du rôle central de la classe ouvrière et s'il ne se coupe pas de la lutte pour de nouveaux partis de masse. Dans de tels partis la lutte contre le capitalisme et pour une alternative socialiste seront à l’ordre du jour. Le Mouvement pour une Alternative Socialiste (MAS/LSP) se prépare politiquement à cela et considère cela comme un stade transitoire dans la construction d’une organisation internationale des par-tis révolutionnaires de masse.