Le premier tour des élections présidentielles en France a lieu le 21 avril. La plupart des commentateurs y voient une lutte entre deux ténors: à "droite" le président sortant Jacques Chirac, à "gauche" Lionel Jospin premier Ministre du gouvernement de la Gauche plurielle.
En fait, chacun à leur manière, ces deux leaders mènent une politique en faveur de la bourgeoisie. Mais au-delà de la politique menée par ces deux ténors, ces élections illustrent de façon magistrale la crise politique de la bourgeoisie française.
La constitution de la Ve république, imposée par le général de Gaulle en 1958, a été taillée sur mesure pour un homme fort dominant la vie politique, un bonaparte. Cette constitution place d’ailleurs le président de la république au-dessus du contrôle de l’assemblée nationale. Le président peut dissoudre l’assemblée quand bon lui semble et organiser des élections législatives anticipées.
Dans les années 80 François Mitterrand, qui avait utilisé l’U-nion de la Gauche pour devancer le Parti communiste et s’im-poser, a utilisé cette constitution bonapartiste pour s’affirmer comme président au-dessus de la mêlée. A l’époque, les commentateurs politiques l’avaient d’ailleurs surnommé "Dieu".
Aujourd’hui ce système vole en éclats. On en veut pour preu-ve la multiplication des candidatures dans le camp bour-geois: Chirac, Jospin, Chevènement, Pasqua, Bayrou, Madelin, quatre(!) candidats verts, Le Pen, Mégret, etc. Les sondages annoncent un record d’abstentions.
Ce qui sépare Chirac de Jospin n’est pas la politique à mener - une politique néolibérale - mais la manière de mener cette politique.
Chirac se revendique de l’héritage du gaullisme... sans toute-fois avoir le rapport de force et l’autorité politique d’un De Gaul-le pour s’imposer. En 1995, le gouvernement Juppé avait été balayé par une vague de grèves. La bourgeoisie doit donc compter avec la force potentielle de la classe ouvrière.
Jospin quant à lui veut mener une politique en faveur de la bourgeoisie en tentant de neutraliser les travailleurs en associant au pouvoir le Parti communiste ainsi que les verts (quoique ces derniers aient peu de poids dans le mouvement social) et en utilisant le pouvoir d’inertie des appareils syndicaux (principalement le CGT et la CFDT).
Il s’agit donc de deux styles différents pour mener la même politique.
La multiplication des candidatures à droite illustre en même temps les divisions réelles au sein de la bourgeoisie sur la question de l’Europe.
Il y a quelques années, tant les partis de droite que le PS s’étaient divisés lors du référendum sur le traité de Maastricht. Charles Pasqua, ancien ministre très à droite, et Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de Mitterrand et ancien animateur du CERES (l’aile gauche du PS dans les années 70) sont candidats et revendiquent plus de "souveraineté" pour la France.
Ils représentent les intérêts d’une aile de la bourgeoisie qui redoute l’unification européenne et qui est plutôt favorable à des mesures protectionnistes.
Plus à droite encore, Bruno Mégret et Jean-Marie Le Pen vont se disputer les voix des électeurs d’extrême-droite. Il n’est pas certain cependant que Le Pen parvienne à réunir les 500 signatures de maires nécessaires pour déposer valablement sa candidature.