Après le scandale des PCB et le renvoi aux calendes grecques du droit de vote pour les immigrés, il était grand temps que les verts puissent marquer un but. Cela s’est produit avec l’approbation de la proposition de loi du secrétaire d’État pour l’Énergie Olivier Deleuze (Ecolo). La proposition prévoit la fermeture des sept centrales nucléaires belges entre 2015 et 2025. Les commentateurs appellent cela une décision purement politique, c’est-à-dire quelque chose comme une déclaration de principe. Entre les lignes on lit cependant que ce plan ne tiendra pas la route.
Par Kristof Bruyland
Ainsi la proposition prévoit une clause de "force majeure": les centrales pourront rester ouvertes pendant plus longtemps si l’approvisionnement de l’énergie est en danger. La clause ne pourra être appliquée si la pénurie est due aux producteurs d’énergie. C’est peu probable que les verts soient encore au gouvernement dans 23 ans pour veiller à l’application correcte de cette clause.
Dans le texte il n’y a pas un mot sur les alternatives. Aujourd’hui la Belgique ne puise que 0,13% de son énergie dans des sources énergétiques renouvelables telle que l’énergie solaire ou éolienne. L’énergie nucléaire représente 58% de la production totale d’énergie. Les scientifiques de la commission Ampère disent que ce plan est de la folie. L’énergie renouvelable ne pourrait garantir au maximum que 10% de la production. Cela signifie qu’on aura besoin de plus de centrales au gaz qui émettent du CO2 et qui contribuent à l’effet de serre.
Deleuze rêve d'une forêt de moulins à vent peuplant la mer du Nord jusqu’aux eaux internationales. Pour cela Electrabel devrait recevoir des subsides royaux. La libéralisation est pour Deleuze le mot clé: "Laissez venir les investisseurs!". Une taxe sur l’énergie forcera le consommateur à utiliser l’énergie de façon plus parcimonieuse. Et si on n’atteint pas les normes du protocole de Kyoto - une diminution d’émission de CO2 de 7,5% - nous achèterons bien de l’air propre en Russie. Prix de revient 247 millions d’euros (10 milliards de FB)!
Jusque là le phantasme de Deleuze est un cauchemar pour la population et pour l’environnement. Sans nul doute la production actuelle d’énergie nucléaire est une opération qui gaspille de l’énergie et qui est dangereuse. On ne sait pas encore que faire avec les déchets nucléaires qui resteront radio-actifs pendant au moins 100.000 ans. Le transports des déchets radioactifs provoque des manifestations de protes-tation partout en Europe. En Al-lemagne les verts sont devenus un parti important grâce à ce mouvement de protestation. Aujourd’hui c’est précisément Joschka Fisher (ministre vert en Allemagne) qui lance la police contre les manifestants. Notre organisation en Allemagne (SAV) est engagée dans ces actions. Un rapport récemment publié montre qu’une centrale nucléaire ne résisterait pas au crash d’un avion. Voilà de quoi ravir Ben Laden.
La fermeture des centrales nucléaires est une décision logique. Mais le contexte dans lequel cela se pose crée de nouveaux problèmes. La production d’énergie, le service, les prix et la sécurité deviennent encore moins démocratiques par la privatisation de la distribution. La libéralisation du marché de l’énergie, confirmée au sommet de Barcelone, profitera aux grands monopoles. Ils décideront du prix en fonction des profits escomptés. Les dirigeants du sommet de Barcelone ne sont pas arrivés à un accord sur le service minimum garanti aux familles pauvres. Dans les pays où la libéralisation est plus avancée qu’en Belgique, comme la France, le prix de l’énergie ont augmenté.
Mais Verhofstadt veut aller plus vite encore en matière de libéralisation que les autres pays membres. Deleuze le suit sur ce point. Au Kazakhstan on sait ce que cela signifie: Tractebel a privé Almaty et la région voisine d’énergie parce-que ce n’était pas assez rentable. En Californie la même chose s’est passée après que le plus grand producteur se soit déclaré en faillite. La privatisation et la libéralisation font que l’énergie devient plus coûteuse et n’offre pas de garanties sur le service.
La Belgique devra probablement acheter de l’énergie aux pays voisins. Luc Barbé, chef de cabinet de Deleuze, veut prendre comme exemple les Pays-Bas et l’Italie où il n’y a pas de centrales nucléaires. Mais ces pays achètent de l’énergie des centrale nucléaires à l’étranger. L’hypocrisie d’une telle politique est que le problème des déchets est simplement exporté.
Aussi l’achat des droits d’émission ou d’air pur en Russie témoigne d’un cynisme inouï. Cette invention américaine pour éluder les normes du protocole de Kyoto donne aux pays riches la possibilité de vivre sur le sous-développement et la pauvreté des pays pauvres. C’est de l’éco-impérialisme pur!
Le néolibéralisme arc-en-ciel n’offre pas de solution au problème de l’énergie. Le capitalisme atteint ses limites. Une politique d’énergie socialiste placerait la production et la distribution de l’énergie sous contrôle de la population. C’est la seule façon de garantir un service pour tous. Les profits pourraient être investis intégralement dans le développement de sources d’énergie alternatives et dans la production de masse de technologies permettant d’économiser l’énergie.
Il existe beaucoup de possibi-lités, mais elles sont hors de prix pour la grande majorité de la population. La recherche de la fission nucléaire des atomes de deutérium est dans une impasse à cause de la privatisation de la recherche. Les États-Unis et le Japon refusent d’échanger des résultats de la recherche à cause de leur concurrence mutuelle. La fission nucléaire donnera néanmoins de l’énergie réellement propre pour toute la population mondiale pendant au moins 20.000 ans. Mais pour cela on va devoir surmonter les obstacles du mode de production capitaliste actuel.