| Pays-Bas: |
Le 6 mars, Pim Fortuyn, un candidat populiste qui animait la liste Leefbaar Nederland ("Pays-Bas viables") a bouleversé le paysage politique des Pays-Bas. Il a en effet obtenu 34% des suffrages aux élections communales à Rotterdam. Il y a six mois, il était à peine connu.
par Peter Delsing
On a pu lire des réactions semblables à celles de la presse belge au lendemain du "dimanche noir", en 1991, lorsque le Vlaams Blok avait opéré sa percée électorale à Anvers. Rotterdam avait une tradition social-démocrate.
Le vote massif Pim Fortuyn ne représente cependant pas un vote en faveur d’une politique d’austérité encore plus vi-rulente. Il s’agit d’un vote de protestation. Cela n’a toutefois pas empêché Pim Fortuyn de proposer, après les élections, un solide plan d’austérité. De ce point de vue, le Vlaams Blok est plus prudent et cache son véritable programme.
Fortuyn fait des immigrés et des demandeurs d’asile des boucs émissaires en les désignant comme responsables de tous les maux qui accablent le pays. Il se tait, bien entendu, sur la responsabilité des capitalistes et des banques.
L’approfondissement de la crise capitaliste veut dire, dans le cadre de la politique libérale, qu’il y a toujours moins d’argent pour les dépenses pu-bliques. Les partis tradition-nels de la bourgeoisie ont dès lors de moins en moins de crédit auprès des élec-teurs. A Rotterdam 60% des électeurs ont voté contre les partis traditionnels. Tant que l’on ne proposera pas une alternative de gauche à la politique néolibérale, des aventuriers politiques tels que Pim Fortuyn pourront faire de pareils coups d’éclat électoraux.
A la différence toutefois du Vlaams Blok, Pim Fortuyn ne dispose pas d’un parti structuré de cadres fascistes. Il n’essaiera donc pas, dans un premier temps, de constituer un mouvement de masse indépendant de l’état bourgeois. Dans cette mesure il représente un danger moindre que le Vlaams Blok tant que Pim Fortuyn reste à l’écart du pouvoir.
A gauche le Socialistische Partij (SP), une ancienne for-mation maoïste qui a pris son envol dans les années 90 à partir de campagnes menées dans les quartiers, recule et perd deux sièges. Le tournant à droite du SP, dans un souci de "respectabilité" explique ce recul. Le SP est maintenant perçu comme moins combatif et moins capable d’offrir une alternative de gauche à la poli-tique des partis traditionnels.
C’est évidemment une erreur colossale. Nous en voulons pour preuve la campagne de gauche menée par notre camarade Johan Kwisthout (candidat de Offensief sur la liste du SP) à Breda qui a été payante. Dans cette ville le SP passe de 4,3% à 6,4% et gagne un élu. Au moment où de larges couches de jeunes et de travailleurs ne sont pas encore passées à l’action, le SP doit redresser la barre et se profiler comme une alternative de gauche, aussi dans l’action. Sans quoi, la voie est ouverte à des aventuriers tels que Pim Fortuyn.