Le soir du 21 avril, après les premiers résultats du premier tour, près de 10.000 jeunes en larmes ou en colère ont manifesté sponta-nément dans les rues de Paris. De même dans une vingtaine de villes de province: Marseille, Rennes, Toulouse, Nantes, Caen, Strasbourg et Lille où 1.000 jeunes scandaient "Chirac escroc, Le Pen facho". La manif parisienne a pris un ton plus radical: "A l'Elysée!" à côté des "Tous des enfants d'immigrés" et "F comme fasciste et N comme nazi!" Le slogan"Le Pen, t'es foutu, la jeunesse est dans la rue!" montre la détermination des jeunes et leur confiance en soi.
La contestation contre le "F-Haine" s'est amplifiée dans la semaine: les lycéens à l'aide des portables, Internet, etc. toujours les premiers à se mobiliser et se mettre en grève, suivis des étudiants. Ils étaient 100.000 lundi, 90.000 mardi, 60.000 mercredi, 300.000 jeudi, 210.000 samedi (dont 100.000 à Paris, ainsi que le lundi suivant). Le Monde (24/4) a recueilli quelques propos de Caroline et Agathe (17 ans): elles sont en terminale et dans la rue pour la première fois: "Je ne m' intéressais pas à la politique. Mais aujourd'hui, Le Pen me tombe sur la figure. (...) Je ne sais pas s'il faut que je me sente française. Je n'arrive pas à expliquer ce qui se passe dans ma tête", "Depuis des années, je vois l'extrême droite, qui monte. On a trop laissé faire. Il faut réagir maintenant." Au café, dans les facs, dans les lycées, dans les usines, dans les rues, on discute politique, que voter au deuxième tour? Libération (27-8/04) écrivait que "dans plusieurs villes, les places sont devenues un espace de protestation permanente. Même la nuit. Pas uniquement contre le FN. Mais pour une autre France, un autre monde." Les couches 'embourgeoisées' se "réveillent". Des enseignants mélancoliques qui projettent des vidéos de Mai 68, mais les jeunes confus, étonnés des 'vieux' qui ont voté Le Pen.
Les grandes manifs du 1er mai ont battu toutes les prévisions: plus d'un million dans les 160 défilés en province. La mobilisation a été particulièrement forte dans le Nord et dans l'Est (régions où le vote Le Pen a été parfois supérieur à 20%). Dans certaines villes, on n'a plus vu autant de monde depuis la Libération! 950.000 manifestants à Paris, où le cortège a envahit toutes les rues.
La politisation des jeunes est frappante. Selon un sondage paru dans Libération (30/4) 66% des 18-24 ans se dit 'plus' (24% 'beaucoup plus') 'impliqués dans le débat politique'. Les adhésions aux par-tis politiques et aux associations se multiplient. Il est vrai qu'il existe encore un sentiment de ne pas vouloir 'se laisser encadrer' par des 'analyses politiques'. Dans L'Humanité (1/5) on demande à une fille (18 ans) le parti parfait pour elle. "Un parti? Pour être dans un parti, il faut être d'accord avec lui à 100%, non? Il faudrait que, tout le monde puisse avoir la parole, pas seulement les leaders, mais aussi les militants. Il faudrait s'engager à ne pas abuser du pouvoir, à bien en user pour les gens (...)." Beaucoup de ces jeunes cherchent des réponses et des alternatives politiques.
A Paris, lors de notre intervention dans la manif, il y avait une sympathie chaleureuse envers notre campagne JRE et notre lutte contre l'extrême droite en Belgique. Ainsi, ces jeunes les plus conscients et combatives pourront être gagnés à notre lutte pour une opposition de gauche à la politique de droite et l'extrême droite. C'est dans cette lutte que nos camarades de la Gauche révolutionnaire veulent s'engager!" Qui a la jeunesse, a l'avenir!"
Emiel Nachtegael
Pour plus d'infos sur la Gauche révolutionnaire: www.grcio.org.free.fr