Des dizaines de milliers de jeunes et de travailleurs israéliens ont manifesté début mai à Jérusalem contre la politique belliqueuse de Sharon. C'est sans aucun doute le signe d'une défiance croissante à l'égard d'une solution militaire au conflit. La population juive qui, sous l'impact des attentats-suicides palestiniens - riposte désespérée mais contre-productive à la politique criminelle de Sharon - semblait prête à se ranger derrière ses leaders capitalistes, voit aujourd'hui ces mêmes leaders s'empêtrer dans leurs contradictions.
Cette manifestation massive pour la paix démontre que les travailleurs et les jeunes juifs ne forment pas une "masse réactionnaire" monolithique. Le ralliement de la classe ouvrière à la cause palestinienne est la clé de la solution au conflit. Seule une stratégie socialiste, qui élimine le terreau de la politique bourgeoise de "diviser pour régner", peut y arriver. Ce terreau n'est rien d'autre que la pénurie capitaliste qui se traduit par la pauvreté, le chômage, les économies, le démantèlement des services publics - tant pour la population palestinienne que pour une couche toujours plus large de la classe ouvrière israélienne.
Sharon a annoncé un programme d'austérité pour financer l'effort de guerre. Sur un budget de quelque 200 milliards de sheckels, 13 milliards sont consacrés à la guerre. La population israélienne supporte de moins en moins de devoir payer de sa poche comme de son sang la note d'une guerre sans fin. Le parti ultra-orthodoxe Shas, qui prétend défendre les Juifs pauvres, a déjà quitté le gouvernement Sharon pour protester contre ce plan d'austérité. Cela compromet la survie du gouvernement Sharon-Peres, qui avec seulement 60 sièges sur les 120 que compte la Knesseth, est soumis à une forte pression et voit sa position chanceler, surtout si le mouve-ment pacifiste prend de l'ampleur.
Du côté palestinien se pose la question de savoir qui est capable de trouver une solution: l'Autorité palestinienne (AP) est de plus en plus sous le feu de la critique. Arafat s'est vu contraint d'annoncer des réformes pour mettre un terme à la corruption, au manque de droits démocratiques et à la politique et à la politique de copinage en vigueur au sein de l'AP. Il a aussi annoncé de nouvelles élections pour renouveler le parlement et le gouvernement.
Loin d'effacer les questions sociales, la guerre les rend au contraire plus aiguës. Si les leaders des fractions les plus à gauche au sein de l'OLP estiment qu'il faut l'unité avec les forces bourgeoises, toute la question est de savoir ce qu'en pensent les chômeurs qui vivent dans les bidonvilles dévastés de Jénine. Le MAS/LSP et son organisation soeur en Israël/Palestine, Maavak Sozialisti, se prononcent pour une résistance palestinienne sous direction ouvrière contre l'agression de Sharon. Seule la mise en place de forces socialistes dans les territoires palestiniens occupés et en Israël permettra d'arracher une solution définitive: une Palestine socialiste et un Israël socialiste côte-à-côte avec Jérusalem comme capitale commune et où les droits démocratiques de toutes les minorités seront garantis.
Peter Delsing