Les partis de coalition gouvernementale, le PvdA (social-démocrate), la droite libérale (VVD) et la gauche libérale (D66) viennent d’être descendus en flammes aux élections législatives. Ensemble ils perdent 43 sièges (sur un parlement composé de 150 élus!). Le CDA (sociaux-chrétiens) devient le principal parti du pays avec 43 sièges et devient le pivot du nouveau gouvernement. La liste Pim Fortuyn décroche d’un seul coup 26 sièges. Le point positif de ces élections est la progression du SP (Socialistische Partij - parti de gauche) qui passe de 5 à 9 sièges. La chute du gouvernement juste avant les élections à la suite du rapport sur le comportement des soldats néerlandais à Srebrenica (les civils musulmans n’ont pas été protégés) avait déjà donné un coup terrible à la vie politique néerlandaise, habituellement stable. Les élections communales avaient déjà annoncé le cataclysme: à Rotterdam la liste de Fortuyn avait remporté 33% des suffrages. Le même Pim Fortuyn a été abattu peu avant les législatives par un activiste connu dans les milieux écologistes.
Un tournant européen
Le PvdA perd la moitié de ses sièges (de 45 à 23) et a reçu les coups les plus durs. Son chef de file Melkert est démissionnaire et le parti se cherche un nouveau leader. Les sociaux-démocrates seront sans doute en mesure dénicher de "nouveaux talents". Mais cela n’inversera pas la tendance. Ce résultat électoral est l’expression d’un développement que l’on peut voir partout en Europe, notamment en France lors des présidentielles. La social-démocratie a fait partie de nombreux gouvernements et les électeurs n’ont pas apprécié sa politique néolibérale qui ne la différentie pas des partis de droite.
En même temps on peut dire qu’à la suite de deux gouvernements sociaux-démocrates et libéraux, l’ascension de Pim Fortuyn et sa mort ont provoqué un malaise profond dans la société. La population ne croit plus aux vagues promesses des partis officiels en matière de soins de santé et de transports publics. En outre la population est très réceptive à tout ce qui touche la délinquance, l’insécurité et l’intégration des immigrés.
On assiste donc à une polarisation entre la gauche et la droite. Beaucoup d’électeurs ont cherché leur salut en votant pour la liste Fortuyn (LPF) qui passe de zéro à 26 sièges et devient le deuxième groupe au parlement. Comme ailleurs en Europe on assiste à un renforcement des listes populistes et très à droite. L’assassinat de Fortuyn a accentué le discours contre l’islam, le «manque d’intégration» et la criminalité. Le même Fortuyn a en même temps multiplié les déclarations contradictoires comme par exemple sur la légalisation de milliers de demandeurs d’asile intégrés et d’illégaux. Une partie de la direction de la liste Fortuyn a, après la mort de ce dernier, pointé un doigt vengeur en direction de la gauche: elle évoluera sans doute vers des positions racistes et d’extrême droite. Mais après cet assassinat, un grand nombre d’immi-grés ont aussi voté pour la liste Fortuyn et un certain nombre de points de vue radicalement à droite ont dû être mis au point.
Offensief, nos camarades aux Pays-Bas, ont directement réagi. En outre, bien que nous sommes en opposition totale avec les idées avancées par la liste Fortuyn, nous ne sommes pas d’accord avec d’autres groupes de gauche qui comparent Fortuyn à Haider ou encore qui le caractérisent comme «fasciste». Il n’y a pas de fasciste notoire actif dans ce groupe que l’on peut à peine considérer comme une véritable organisation. Pour l’instant c’est un ramassis hétéroclite éphémère de carriéristes, d’opportunistes et d’entrepreneurs. On peut difficilement parler d’un parti. Il faudra encore mesurer la stabilité de ce groupe au sein des assemblées élues et si on parvient à dénicher des membres du LPF capables de siéger au gouvernement.
Beaucoup d’électeurs se sont démarqués de la coalition sortante en votant pour une alternative stable: c’est ainsi que le CDA décroche 43 sièges (+14). Et pourtant le CDA a à peine fait opposition à la politique de la coalition sortante. De plus, jusque 1994 il a lui-même participé à la gestion des affaires politiques pendant 75 ans!
Un espace pour la gauche
Le SP a presque doublé son nombre de sièges: de 5 à 9! En 1994 il récoltait 3,5% des suffrages, il en a aujourd’hui 5,9%. C’est un excellent résultat quand on pense qu’il a mené une campagne électorale plutôt traditionnelle, en raison de la mort de Fortuyn. Cela prouve que mener une opposition active est quelque chose de payant. Il a tiré profit de sa clarté et contrairement aux partis traditionnels il n’a pas jeté l’anathème sur la liste Fortuyn. En deux mots le SP a compris le sentiment des électeurs de la LPF sans utiliser les recettes de droite de la liste Fortuyn.
Groen Links (écologistes de gauche) est sanctionné pour son opportunisme, pour avoir aussi diabolisé Fortuyn et pour avoir accompagné le pouvoir sans en faire partie. Il perd un de ses 11 sièges. C’est aussi le prix payé pour avoir considéré les bombardements sur l’Afghanistan comme un "moindre mal acceptable". Groen Links ne s’est pas non plus clairement exprimé contre les privatisations.
Les médias parlent d’un tournant brusque à droite. Il y a plus à dire sur les résultats électoraux. D’abord le VVD est aussi sanctionné. Et même personne ne peut encore affirmer que le PvdA et D66 sont encore à gauche. Des partis qui mènent une politique contre les intérêts des travailleurs, servent les patrons, privatisent les services publics et imposent l’austérité ne sont pas à gauche! Le PvdA a été dans le passé un parti ouvrier. Mais ce n’est plus le cas depuis une dizaine d’années. En fait, les seuls partis à gauche Groen Links le SP ont maintenant ensemble 19 sièges contre 16 précédemment. Evidemment comme Groen Links dérive rapidement vers la droite, le SP se retrouve être le seul parti représentant le monde du travail.
Le SP commence, comme nous l’avions annoncé, à se profiler comme le nouveau parti des travailleurs et va reprendre petit à petit le rôle joué dans le passé par le PvdA. Ce que Groen Links ne veut pas ou ne peut pas faire. C’est pourquoi il est très important, compte-tenu de sa force d’attraction sur les nouvelles couches ouvrières et de jeunes, que le SP ne dilue pas ses principes et qu’il oeuvre à se transformer en un collectif ouvert et vivant. Il faut refuser les coalitions sur le plan local avec des partis de droite comme cela a déjà été le cas dans le passé. Seul le SP peut former de nouveaux cadres qui seront utiles pour mener avec succès les prochaines luttes contre le démantèlement des acquis.
Le SP est pour le moment le seul bastion contre l’arrogance de la coalition sortante contre le néolibéralisme extrême de LPF et contre le CDA qui - depuis plus longtemps encore que le PvdA et D66 - défend les intérêts des capitalistes. Le SP doit être érigé comme bastion de résistance au démantèlement des conquêtes sociales et au chaos de l’économie de marché. Il doit prôner la solidarité et une alternative socialiste. C’est pour cela que Offensief, la section CIO aux Pays-Bas, doit croître au sein du SP. Le succès lors de ces élections et le rôle que le SP va maintenant remplir prouvent que la tactique d’Offensief de militer au sein du SP et d’y défendre les idées marxistes, était correcte.
Ron Blom