Crime raciste à Schaerbeek
Les conséquences de la gouvernance zéro

Le mardi 7 mai, Hendrik Vyt, un sympathisant du Vlaams Blok, force la porte de ses voisins marocains, la famille Isnasni-El Hajji. Il abat les parents et blesse grièvement deux de leurs enfants. Il boute ensuite le feu à son appartement du dessus d’où il arrose de balles les pompiers et les policiers venus à la rescousse. Il mourra dans l’incendie.

"A la rescousse", est un bien grand mot dans ce cas-ci. Les policiers n’étaient que deux et semblaient totalement dépassés par la situation d’après de nombreux témoins. Ils n’ont pas atteint le forcené, mais ils ont arrosé de balles la maison voisine! Il a fallu que trois voisins amènent une échelle et, au péril de leur vie, sauvent les enfants coincés au 1er étage.

Le lendemain du crime, des centaines de Schaerbeekois se sont rassemblés devant l’hôtel de ville pour demander des comptes aux autorités. Le bourgmestre Bernard Clerfayt (FDF) est surpris par l’ampleur de la protestation. On pourra encore la mesurer lors de la cérémonie religieuse organisée en hommage aux défunts. Quelque 6.000 personnes se sont rassemblées au parc Josaphat. Au centre de la grande pelouse, la famille des victimes côtoie les officiels: minis-tres, parlementaires, édiles communaux, ambassadeurs des pays arabes, tous ont cette fois pris la mesure de ce qui se passe. Si l’intervention de la fille du couple assassiné, Kenza, a été la plus émouvante, elle a aussi été la plus poli-tique. Elle a dénoncé d’emblée les manquements de la police. Surtout, elle a demandé: "Comment a-t-on pu laisser vivre aussi longtemps une tache brune dans notre quartier?".

C’est la question fondamentale. Vingt années de nolsisme (1) ont laissé Schaerbeek dans un état lamentable. Pendant toutes ces années, pas un franc n’a été dépensé dans les quartiers populaires habités par les immigrés et les Belges les plus pauvres. Ce passé pèse sur le présent: les quartiers sont cassés, la jeunesse désoeuvrée, la délinquance en hausse. Pas ou peu de plaines de jeu, de maisons de jeunes, d’écoles de devoirs et d’équipements collectifs.

Tout cela a mené l’attentat suicide contre une famille marocaine. Dans une émission de la RTBf, consacrée au Vlaams Blok et à Demol, Vyt avait déclaré: «Si c’est pour vivre dans de telles conditions, alors, oui je préfère mourir!» L’extrême droite s’est empressée d’enfourcher le cheval de bataille de Roger Nols: le racisme. Aux communales de 1994, le Front National a obtenu 6 sièges. Six ans plus tard, la liste DEMOL emmenée par l’ancien commissaire en chef de la commune passé au Vlaams Blok, Johan Demol, a obtenu près de 10% des voix et 4 sièges.

Rupture avec le nolsisme?

La nouvelle majorité issue des élections de 2000 était bien décidée à rompre avec le nolsisme. Pour la première fois, des Belges d’origine immigrée ont fait leur entrée au collège. Les quartiers populaires, longtemps négligés, reçoivent désormais la priorité: réfection de voiries, aménagement d’espaces verts, rénovation de rues et de places. La commune ouvre des maisons de jeunes, organise ou parraine des fêtes de quartier. L’euphorie sera de courte durée car le budget 2001 fait apparaître un déficit de près de 20 millions d’euros. La "générosité" fait désormais place à l’austérité: des projets sont reportés, voire annulés. Des institutrices voient leur contrat de travail non renouvelé; les enseignants doivent prester des heures supplémentaires faute d’éducateurs. A la CGSP-Enseignement qui dénonce ces mesures, le nouveau bourgmestre Clerfayt (FDF), flanqué du nouvel échevin de l’enseignement Lahlalli (PS), explique que la tutelle et la banque Dexia ne lui laissent pas le choix.

La vérité, c’est que Clerfayt et son équipe sont acquis à la gestion du capitalisme. Ce faisant, ils ouvrent un boulevard pour l’extrême droite. Placé dans une telle situation, un parti ouvrier organiserait des assemblées dans les quartiers, dans les écoles, parmi le personnel communal. Il refuserait d’assumer un déficit dû au sous-financement des pouvoirs locaux par la région et le fédéral. Il lancerait un appel à la population et aux représentants du personnel des autres communes confrontées aux mêmes difficultés. Il leur proposerait de mener une lutte commune pour le refinancement des communes et des CPAS payé par les entreprises et les rentiers. Il lierait ce combat à la lutte plus générale pour une alternative socialiste au système capitaliste, à la lutte pour un système où l’économie servira à satisfaire les besoins de la population plutôt que la soif de profits d’une minorité.

Thierry Pierret




(1) L’ancien bourgmestre Roger Nols a laissé pourrir les vieux quartiers tout en faisant preuve de démagogie raciste forcenée.