Déchets ménagers
Grève chez Ivago à Gand

La société intercommunale gantoise de récolte et d’incinération des déchets - Ivago - est partie en grève début mai. Nous avons discuté du déroulement de la grève avec Freddy Wychuyse, permanent CSC.

Les médias ont parlé d’une grève spontanée. Comment a-t-elle démarré?

"Nous étions en pleine négociation. Faisant fi de ses promesses précédentes, la direction a revu ses propositions à la baisse. Les primes et la prime de fin d’année étaient passées à la trappe. L’augmentation salariale linéaire de 10% que nous demandions est devenue 4% d’augmentation sur 2 ans et nos revendications sur le pécule de vacance ont été étalées sur 3 ans. De plus, nous devions aussi garantir 3 ans de paix sociale. Il n’était pas question pour nous d’accepter ces propositions, mais les négociations étaient encore en cours. Dans la matinée du mardi 7 mai, un de mes militants m’a averti qu’une grève venait de démarrer, sans doute à l’initiative de la CGSP et du SLFP. Nos militants participaient à ce moment à une formation de la CSC. Lorsque je suis arrivé à Ivago, les drapeaux rouges et bleus flottaient déjà à la porte."

Quel était le but de la grève?

"Il s’agissait essentiellement pour la CGSP et le SLFP de lâcher un peu de vapeur. Mais la grève est une arme dont il faut user à bon escient, c’est un moyen ultime dont il ne faut user qu’en dernier recours. Mais une fois que la grève commence, il faut la soutenir à 100%. La CSC a donc introduit un préavis de grève pour une durée indéterminée. Nous pouvions dès lors user de toute notre force. L’incinérateur était aussi à l’arrêt, ce qui nuisait surtout aux intérêts du partenaire privé au sein d’Ivago. Nous avons alors reçu mandat de nos militants pour mettre tout notre cahier de revendications sur la table. Le vendredi, la proposition de CCT de la direction était rejetée avec 71% des voix. Si la CGSP et le SLFP ont défendu cette proposition, j’ai pour ma part laissé le choix aux membres parce que je trouvais cette proposition indéfendable. Le lundi, on a voté à la fois sur le projet de convention et la poursuite de la grève.

"Mais la CGSP et le SLFP ont prétendu qu’il fallait revoter sur la CCT alors qu’aucun changement n’y avait été apporté depuis vendredi. Il semble également qu’ils aient fait voter un grand nombre d’employés qui n’étaient pas concernés par la proposition en question.

"Des 226 votants, 121 ont voté contre la CCT et 105 pour. C’était normalement plus que suffisant pour rejeter le projet de convention. Mais comme on avait en même temps voté sur la poursuite de la grève qu’il n’y avait pas 66% pour continuer celle-ci, la convention a été avalisée et la grève a pris fin.

"La Ville voulait apparemment en finir le plus vite possible avec cette grève. Les liens étroits entre la CGSP et le SP.A du bourgmestre Beke ont-ils joué un rôle? Lorsqu’on organise une grève, on doit savoir ce qu’on fait. Nous ne pouvons tirer les conclusions que des faits constatés. Depuis la grève, 31 travailleurs sont passés à la CSC, tous de leur propre initiative. Ils savent que nous avons défendu leurs intérêts jusqu’au dernier moment et que nous savons ce qui vit à la base. Si le déroulement de la grève nous a certes déçus au plus haut point, nous gardons cependant les mains libres pour l’avenir. Nous ne sommes pas liés par la promesse de paix sociale. On voit souvent la CSC comme un syndicat de concertation, mais nous sommes résolument pour l’action dès lors qu’on a décidé de passer à l’action."

Ivago a été créé en 1994 comme une intercommunale associant les communes de Gand et de Destelbergen et le secteur privé (49,99%); quelles sont les conséquences pour le personnel? La population se souvient naturellement du sac poubelle à 50F qui a été introduit en 1998.
"Les partenaires privés, Indaver, Seghers et Watco, ont engrangé de gros dividendes ces dernières années. La situation du personnel ne s’en est pas trouvée améliorée, tant en ce qui concerne la rémunération que les conditions de travail. La charge de travail a plus que doublé. Et il y a plusieurs directives qui réglementent la charge de travail manuel des travailleurs. La Belgique ne les a pas encore concrétisées. Mais il est clair que le travail est très épuisant sur le plan physique avec toutes les conséquences qui en découlent.

"Ce sont surtout des travailleurs peu qualifiés qui travaillent chez Ivago, des gens qui s’estiment heureux de pouvoir gagner leur croûte avec un salaire net d’à peine 1000 euros. En ce sens, nos revendications n’avaient rien de spectaculaire. Nous pensons que les autorités ont rempli une fonction importante en protégeant ces gens, mais qu’elles doivent aussi veiller à ce qu’un service public fonctionne pour servir la population et pas les profits du privé."

Propos recueillis par Bart Vandersteene