Karel Vinck à la SNCB:
Le renard dans le poulailler

Depuis des semaines le gouvernement devait désigner le nouvel administrateur de la SNCB pour remplacer Etienne Schouppe (CD&V). C’est finalement Karel Vinck qui a été choisi. Pendant longtemps Schouppe a fait des pieds et des mains pour garder son poste. Il partira finalement, mais pas les mains vides : il prendra la tête d’ABX, une multinationale spécialisée dans la livraison de colis et financée à coups de dizaines de milliards avec l’argent de la SNCB !

La nomination de Vinck, quant à elle, a fait l’objet de ma-nœuvres politiques qui montrent la volonté de préparer le dépeçage et la privatisation du chemin de fer belge. Alors que plus d’une centaine de candidats s’étaient fait connaître, le gouvernement a décidé - sous la pression de Verhofstadt - de recommencer la procédure afin de pouvoir présenter quelqu’un qui n’avait même pas déposé sa candidature : Karel Vinck, an-cien président du patronat fla-mand (VEV: Vlaams Economisch Verbond).

Issu d’une famille d’industriels ayant fait fortune au Congo bel-ge, Karel Vinck a commencé sa carrière chez Fina, en 1971 il a rejoint Eternit où il a procédé à la restructuration de la filiale en Italie, en 1983 il est passé chez Bekaert où il a commis 1.300 licenciements, en 1994 il a été désigné "manager de l’année" par le magazine patronal Trends, la même année il a pris la tête de l’Union minière où il a liquidé 1.700 emplois. Enfin, de 1997 à 2000 il a présidé le VEV, l’association patronale flaman-de.

Le palmarès de Vinck parle de lui-même: désigner un tel personnage à la tête de la première entreprise publique nationale, c’est comme si on proposait à Marc Dutroux d’occuper le poste de président de la Ligue des Familles.

Cela ne fait aucun doute en effet que Vinck mettra à profit son expérience de tueur d’emplois et de restaurateur de profits pour dépecer la SNCB, en détacher les bons morceaux à céder au privé pour une croûte de pain, et laisser le reste à la collectivité.

Il faut s’attendre de la part de Karel Vinck, à tous les coups bas. Cet ancien président du patronat flamand ne rechignera sans doute pas à employer la surenchère communautaire, pour arriver à ses fins: diviser la SNCB en entités et sur une base communautaire pour privatiser plus vite et plus en profondeur. Diviser pour régner et privatiser sera sa devise. D’autant plus qu’à la veille du 11 juillet (fête de la Région fla-mande) Rik Daems, ministre des Entreprises publiques (on devrait plutôt dire "ministre des Privatisations") vient de relancer des propositions politiques allant dans le sens de la régionalisation de la SNCB.

Karel Vinck a très bien compris que Verhofstadt et les libéraux lui ouvraient un boulevard pour démanteler la première entreprise publique du pays. Il en a donc profité pour mettre ses conditions à sa désignation en exigeant des pouvoirs exorbitants: en plus de son poste d’administrateur délégué, il a exigé la présidence du comité stratégique de la SNCB, la pré-sidence du comité de nominations et de rémunérations, la responsabilité totale de la communication interne et externe, l’abrogation de la double signa-ture accordée à un directeur.

Il fallait pour cela changer la loi car celle-ci prévoit que le comité stratégique est dirigé par le président du conseil d’administration (Alain Deneef) et que l’administrateur délégué est exclu du comité de nominations et de rémunérations. Le gouver-nement a annoncé la création d’un groupe de travail "chargé d’évaluer les demandes de Monsieur Vinck".

Quand on sait que ce groupe de travail est composé de Philippe Delaunois (ex-administrateur de Cockerill Sambre), de trois autres "managers" du privé, d’Alain Deneef et ... de Karel Vinck, on peut dire que le gouvernement a accédé aux exigences de Vinck tout en sauvant la façade.

Enfin, âgé de 64 ans, Vinck est engagé pour trois ans. Il pourra donc rester jusqu’à ses 67 ans. Les milliers de travailleurs mis en pré pension à la suite des restructurations qu’il a appliquées apprécieront sans doute...

Qu’un patron de choc comme Vinck manœuvre pour renforcer ses pouvoirs afin de défendre avec bec et ongles les intérêts de sa classe sociale et renforcer l’exploitation, est dans l’ordre des choses. Que les libéraux tirent les ficelles afin de libéraliser au maximum le secteur public est aussi dans l’ordre des choses. Eux au moins appliquent leur programme. Mais quelles sont les réactions des partis socialistes et des verts ?

Isabelle Durant, ministre des Transports, a présenté Karel Vinck au conseil des ministres "en louant ses capacités et son expérience" (L’Écho). Une bon-ne partie des dirigeants d’Ecolo et d’Agalev sont prêt à n’importe quoi (y compris à avaler toutes les humiliations que leur font subir les libéraux) pour s’accrocher au pouvoir.

Nous n’avons quant à nous jamais entretenu la moindre ambiguïté sur les partis verts que nous avons toujours considéré comme des partis bourgeois "new look". Contrairement à d’autres nous n’avons jamais présenté de candidats aux élections sur les listes d’Ecolo ou Agalev.

Et les partis socialistes ? La pratique politique des Vande Lanotte, Vandenbrou-cke, Van den Bossche, Van Miert, Tobback, etc ne laisse aucun doute: présidé par Patrick Janssens (encore un manager!), le SP.A est un parti au service des patrons. Du côté francophone seul Di Rupo, avec son nœud papillon et son costume à paillettes, entretient encore l’illusion que le PS "reste socialiste". Au-delà des beaux discours de 1er Mai, c’est au pied du mur qu’on voit le maçon.

C’est dans des dossiers tels que celui de la SNCB que l’on juge la politique d’un parti. Le PS n’a rien fait pour s’opposer à la nomination d’un grand patron du privé à la tête de ce qui est encore encore pour le moment une grande entreprise publique. Le plus important pour le PS était de pouvoir garder quelques pions à des postes d’administrateurs grassement rémunérés.

Et pour le reste: les voyageurs et les travailleurs de la SNCB, basta! Voici le discours que devrait tenir De Rupo s’il osait dire ce qu’il pense.

Les travailleurs de la SNCB vont se trouver devant une bataille difficile pour empêcher le démantèlement de leur entreprise. Ils devront pour cela re dynamiser leurs organisations syndicales et s’appuyer sur une partie de la population qui utilise souvent le chemin de fer.

Ils ne pourront compter en aucun cas sur le PS, le SP.A, ni les verts, ni encore moins sur les libéraux et ni sur les sociaux chrétiens qui ont dirigé le pays pendant près de deux siècles.

Plus que jamais l’existence d’un nouveau parti des travailleurs est une nécessité concrète pour soutenir la lutte sociale, la populariser dans toutes les couches de la population et préparer l’avènement d’une société socialiste démocratique. Le MAS-LSP est prêt à mettre sur pied un tel parti. C’est pour cela que nous vous invitons à nous rejoindre.

Guy Van Sinoy