Dans le quartier de la Porte de Bruges à Gand, 89 maisons ouvrières doivent disparaître d’après les autorités communales. Leur plan baptisé “de l’oxygène pour la Porte de Bruges” prévoit la construction d’un parc à la place de ces maisons.Un comité d’action s’est mis en place à l’initiative du MAS/LSP. Nous avons discuté avec Bart Vantieghem, membre du MAS/LSP, un habitant du quartier qui est aussi le porte-parole de ce comité.
“De l’oxygène pour la Porte de Bruges”, n’est-ce pas séduisant?
"La ville dépense un tas d’argent pour vendre son projet à la population, mais la protestation va démasquer tous ces beaux discours. Cela fait des années que nous disons qu’il faut améliorer la qualité de l’habitat dans le quartier. Mais la ville a laissé ce quartier se dégrader et mainte-nant ils veulent tout chambouler avec des moyens lourds. Ce qu’ils vont faire, c’est chasser des gens pour les remplacer par d’autres."
L’échevin Temmerman dit qu’il faut plus de mixité sociale dans le quartier.
"La crise économique mondiale depuis les années ’70 et la dégradation du marché du travail ont fait en sorte que les moins fortunés ne pouvaient habiter que dans la ceinture urbaine datant du 19ème siècle. Ce quartier bon marché a ensuite accueilli beaucoup de nouveaux-venus. Il y a donc déjà une grande mixité sociale dans ce quartier où se côtoient toutes sortes de gens. "C’est dans les quartiers riches qu’il n’y a pas de mixité sociale, car ils sont inaccessibles pour les gens disposant d’un revenu bas ou moyen. C’est le genre d’argument qu’ils mettent en avant lorsque la pauvreté et les problèmes sociaux deviennent visibles. Mais tant que la pauvreté et les problèmes sociaux subsisteront, ils se traduiront par une ségrégation spatiale de la ville. La ville préfère s’attaquer aux symptômes qu’aux vrais problèmes et fuit ainsi ses responsabilités."
Que devrait faire la ville?
"Investir massivement dans le logement social de telle sorte que la hausse de l’offre fasse baisser les prix sur le marché du logement. Obliger les propriétaires indélicats à rénover les chancres qu’ils louent à prix d’or. Prévoir des parcs et des plaines de jeu en lieu et place des box de garages. Aménager des parkings alternatifs plutôt que d’en creuser en sous-sol. Investir dans les équipements collectifs. Geler les loyers. Créer de l’emploi pour les jeunes et les chômeurs de longue durée avec un statut décent. Et payer tout cela par des impôts sur le capital."
Le comité contre la démolition a-t-il une chance de l’emporter?
"Cela dépendra de notre capacité à élargir le comité à d’autres quartiers. La peur d’une protestation de masse a contraint la ville à reporter le démarrage du projet. Ils vont d’abord tenter d’isoler la protestation ici et de l’étouffer. Notre stratégie va faire précisément l’inverse. Nous voulons engager une discussion avec la population gantoise sur l’avenir de toute la ceinture du 19ème siècle et sur la problématique du logement. La dynamique enclenchée par nos actions retisse le lien social et redonne ainsi de l’oxygène au quartier."
Propos recueillis par Kristof Bruyland, MAS/LSP-Gand