Sommet de la Terre de Johannesbourg:
Ne comptons que sur nos propres luttes!

Il y a exactement dix ans, le Sommet sur l’environnement et le développement se tenait à Rio. Après l’effondrement des régimes staliniens de l’Est, beaucoup avaient l’illusion que le capitalisme est le seul système viable et qu’il n’existe aucune alternative. L’économie de marché était censée offrir à la population mondiale une période de paix et de prospérité. Les problèmes restant seraient éliminés.

Le Sommet de Rio a rédigé un «Agenda 21». Un des objectifs était de réduire le nombre d’affamés (815 millions de personnes) de moitié. Aujourd’hui ces espoirs se sont envolés. Aucun des 2.500 objectifs n’a été atteint.

Le fossé entre riches et pauvres s’est approfondi dans les pays riches et dans le monde entier. Dans les années 90, le nombre de personnes dans la pauvreté absolue (moins d’un $ par jour) est passé en Afrique subsaharienne de 242 à 300 millions.

L’endettement des pays pauvres a augmenté de 34% (2.500 millions de milliards de $!). L’aide publique au développement est passée de 69 à 53 milliards de $, loin du 0,7% du PNB prévu au sommet de Rio. La contribution des Etats-Unis a diminué de moitié (0,1% du PNB) dès 1992. En comparaison, en 2000 les pays les plus riches ont dépensé 245 milliards de $ en subsides agricoles.

Et la ratification symbolique du protocole de Kyoto limitant les émissions à gaz à effet de serre aux taux des années 90, est une débâcle grâce à Bush et à ses acolytes de l’industrie pétrolière. L’Australie et le Canada ont annoncé qu’ils s’aligneront sur la position de Bush.

Pour des millions de personnes dans le monde, cela montre l’incapacité du capitalisme de subvenir aux besoins élémentaires de la majorité de la population mondiale. Le capitalisme ne peut se développer durablement. Car 10 ans plus tard l’économie capitalisme est encore en crise. L’effondrement économique en Argentine et l’impasse au Proche-Orient illustrent l’incapacité du système capitaliste de résoudre les problèmes de l’humanité.

Même pour les représentants de la bourgeoisie cela va trop loin. Dans une tribune parue dans La Libre Belgique, James Wolfensohn, président de la Banque mondiale, a avoué que «la mise en oeuvre de politiques inadéquates et la mauvaise gestion des affaires publiques ont en partie contribué à l’émergence de catastrophes écologiques, à l’approfondissement des inégalités, à des troubles sociaux provoqués par un dénuement extrême, à des émeutes ou des déplacements de population fuyant la guerre ou la famine.» Cela «risque d’exacerber la lutte pour les matières premières».

Alarmés par la résistance internationale massive contre la mondialisation, surtout dans le monde néocolonial, Wolfensohn et d’autres politiciens bourgeois tels que Verhofstadt ou Di Rupo, voudraient donne un caractère plus «humain» à la politique néo-libérale. Que ce sommet prestigieux, la plus grande manifestation jamais organisée par l’ONU (65.000 délégués logés dans des palaces de Johannesbourg et des environs) et des militants écologistes logés dans des écoles, n’apportera rien pour la majorité de la population mondiale, cela on savait déjà depuis longtemps.

Le «développement durable», défini en 1987 pour la première fois par le Premier ministre norvégien de l’époque, tente de trouver un équilibre là où on ne peut pas en trouver: entre le profit capitaliste et la préservation de l’environnement pour les générations à venir. La plupart des organisations bien intentionnées du mouvement écologiste cherchent à trouver ce compromis. Les marxistes et certains militants de gauche ont déjà conclus que c’est impossible. Certainement dans un capitalisme en crise où les conquêtes sociales sont en recul et où l’environnement passe à l’arrière-plan.

L’expérience de la participa-tion gouvernementale des Verts est éclairante à se sujet. Leur programme n’offre ni une issue ni une méthode pour résoudre durablement les problèmes.

Une fois au gouvernement, ils n’ont que le pouvoir d’exécuter la politique des multinationales et banques. Il ne faut avoir aucune illusion sur, par exemple, la proposition des Verts d’une «Organisation mondiale de l’Environnement».

10 ans de malheur!

A défaut d’accord sur l’ordre du jour, Kofi Annan, secrétaire général de l’ONU, a présenté cinq priorités aux délégués.

Quelques chiffres montrent la nécessité d’agir.

  • Eau: 30.000 personnes meurent chaque jour de maladies provoquées par l’utilisation d’eau impropre à la consommation. En 2025, la moitié de la population mondiale (3,5 milliards) souffrira de la pénurie d’eau.
  • Energie: les émissions de gaz à effet de serre produites dans les gisements pétroliers de la région d’Ogino (Nigéria) dépassent celles causées par la production d’électricité domestique de Grande-Bretagne.
  • Santé publique: environ 3 milliards d’êtres humains ne disposent pas d’installations sanitaires. L’an dernier, le sida a tué 3 millions de personnes, dont 2,2 milliards en Afrique. A peine 230.000 de ces Africains ont eu accès à une thérapeutique antivirale.
  • Agriculture: 15 millions de personnes en Afrique subsaharienne risquent de mourir de faim car les récoltes sont mauvaises.
  • Biodiversité: un quart des mammifères et un cinquième des oiseaux est menacé de disparition d’ici 30 ans.
  • Les jeunes et les travailleurs ne peuvent compter que sur leurs propres luttes. Cela, les milliers de jeunes et des activistes sud-africains de l’environnement, de paysans, de militantes des droits des femmes, et d’activistes contre le sida le savent. Ces derniers ont d’ailleurs remporté une victoire lors d’un procès contre leur gouvernement pour permettre aux femmes atteintes du sida de recevoir les médicaments (Nevirapine) dans le hôpitaux publics.

    Antérieurement, le président sud-africain Thabo M’Beki avait semé le doute sur les liens de cause à effet entre le virus HIV et la maladie du sida. Un de ses collaborateurs avait même parlé du «mythe» du sida!

    Alors que selon les estimations, chaque année 70.000 nourrissons de ce pays sont contaminés par le sida.

    Dans son discours d’ouverture du sommet de Johannesbourg, ce même Mbeki vient d’affirmer «qu’il est grand temps que le monde sorte des tranchées pour mettre en pratique le développement durable».

    La population connaît ce double langage: un pour les investisseurs étrangers et un autre pour tromper la population. A la veille de l’ouverture du sommet, des policiers ont d’ailleurs lancé trois grenades sur une manifestation pacifique des sans-terres et des pêcheurs.

    Le mercredi précédent, au moins 77 personnes ont été arrêtées lors d’une marche de protestation de 2.000 personnes en faveur des sans-terres. Des fronts contre la mondialisation, comme le Forum contre les Privatisations, qui compte 20.000 membres, et auxquels participent nos camarades sud-africains, ont déjà annoncé un blocage du sommet le 31 août. On s’attend à une des plus grandes manifestations de masse en Afrique du Sud!

    La lutte est internationale!

    Non seulement un autre monde est possible, mais il est absolument nécessaire. En outre, cet autre monde ne peut être que socialiste. Une société qui produit pour les besoins de tous et de toutes et pas pour les profits, où la créativité de l’humanité construira un véritable développement durable grâce à une économie démocratiquement planifiée.

    C’est pour cela que nous lançons un appel à tous les militants écologistes, aux tiers-mondistes, aux jeunes et à tous ceux qui veulent se battre avec nous pour une telle société, pour discuter de notre programme et de nos idées. Sur notre site web (www.lsp-mas.be), vous trouvez un dossier spécial où l’on explique entre autres comment le développement durable tel qu’il est possible de réalisé dans une société socialiste, avec une approche critique des propositions du mouvement écologiste. Rejoignez-nous!

    Emiel Nachtegael