Que signifie la guerre pour notre vie?

Il ne fait aucun doute que la guerre signifiera une catastrophe pour le peuple irakien appauvri par l’embargo. Le but de l’embargo était de renverser le régime; le résultat a été une consolidation du régime et l’assassinat de larges couches du peuple irakien, surtout parmi les pauvres.

par Anja Deschoemacker

Les classes les plus pauvres en Irak payeront le prix fort de la guerre qui vient. Et tout le Proche-Orient prendra des coups. De l’Arabie Saoudite à Israël/Palestine les brutes belliqueuses comme Sharon et les organisations fondamentalistes islamiques sont prêtes, sur base des nouveaux développements, à faire passer leurs propres intérêts avant ceux de la population.

Mais la population des Etats-Unis payera aussi la note. Déjà que les dépenses de défense des Etats-Unis ont fortement augmenté. C’est autant d’argent qui ne pourra pas être utilisé pour des dépenses sociales pourtant indispensables. Les Etats-Unis sont le deuxième pays, après l’Inde, en ce qui concerne le travail des enfants (en chiffres absolus). On retrouve le travail des enfants là où les salaires ne suffisent pas à financer les dépenses des familles.

De plus, la probabilité est grande qu’il y ait de nombreuses victimes parmi les soldats américains. Ce ne sont pas les fils des puissants qui serviront de chair à canon. Chasser Saddam du pouvoir et installer un nouveau régime à Bagdad nécessitera une intervention de longue durée.

Il ne s’agit ici que des conséquences directes d’une nouvelle guerre, mais les conséquences indirectes frapperont la population du monde entier. Le prix du pétrole a déjà augmenté de 10%. La Belgique n’échappera donc pas aux conséquences néfastes de la guerre.

Si la guerre ne fait pas que des victimes…

La guerre, ce n’est pas des mauvaises nouvelles pour tous. Pour les marchands d’armes et les spéculateurs, par exemple, c’est le temps des vaches grasses. Trotsky a décrit ce processus à l’époque de la première guerre mondiale comme suit:

"D’immenses fortunes surgirent du bain de sang. Le manque de pain et de combustible dans sa résidence n’empêcha pas le joaillier Fabergé -fournisseur attitré de la Cour impériale - d’annoncer superbement qu’il n’avait jamais fait d’aussi bonnes affaires."

“Personne ne craignait de trop dépenser. Une pluie d’or tombait sans arrêt. La “haute société” n’avait qu’à tendre les mains et à ouvrir ses poches pour toucher le pactole, les dames de l’aristocratie relevaient le plus haut qu’elles pouvaient leurs jupes, tous pataugeaient dans une boue sanglante - banquiers, intendants, industriels, ballerines du tsar et des grands-ducs,.... Tous se hâtaient de rafler et de bâfrer, dans l’appréhension de voir la fin de la pluie d’or, si bénie, et tous repoussaient avec indignation l’idée d’une paix prématurée.”
(Histoire de la Revolution russe, tôme 1).

Nous voyons déjà ce proces-sus s’enclencher aujourd’hui avec l’adaptation à la "guerre contre le terrorisme" des bud-gets des gouvernements européens: en France comme aux Pays-Bas on veut couper forte-ment dans les dépenses sociales et les services publics afin de dépenser plus pour la défen-se et la répression.

Avec la crise du Népal, l’argument de l’emploi est venu sur la table. Le MAS/LSP pense effectivement qu’on ne peut pas fermer la FN comme ça, sans garantir aux travailleurs de nouveaux emplois avec des conditions identiques ou meilleures.

Mais lorsque les patrons mettent cet argument en avant, on doit prendre garde. La direction n’est pas du tout là pour sauver des emplois, mais bien pour encaisser les profits. Si on veut protéger l’emploi de ces gens, on ne pourra le faire qu'en s’appuyant sur la force de la classe ouvrière elle-même afin de forcer une reconversion qui ne se fasse pas au détriment des travailleurs.

..... soyez sûrs que nous en serons!

Quand la guerre éclatera, une augmentation de 50% du prix du pétrole n’est pas à exclure. Bien que la hausse du prix du brut ne fût pas la cause de la crise mondiale en 1973, elle n’en fut pas moins l’élément déclencheur, le point sur lequel la crise de surproduction a fait ouvertement sentir ses conséquences.

De même aujourd’hui, l’économie mondiale n’est pas en bonne santé. La crise semble de plus en plus inévitable. On peut s’attendre à une hausse du prix du brut d’une ampleur telle qu’elle va donner une poussée supplémentaire au développement d’une crise économique mondiale. En 1974-75, quand la crise avait commencé en Belgique, le chômage avait doublé de 150.000 à 300.000 en un an et depuis lors on n’est jamais retombé sous ce niveau.

En 1993, le gouvernement chrétien-socialiste a imposé aux travailleurs, malgré une résistance massive, l’index-santé: depuis lors les salaires ne sont plus adaptés aux hausses de prix du tabac et… de l’essence!

Nombre de travailleurs sont obligés de se déplacer en voiture pour faire la navette entre leur domicile et leur travail. Avec la guerre, il n’est pas exclu qu’on demande un prix de 50 à 60 BF le litre à la pompe, sans que les salaires n’y soient adaptés. D’autres dépenses nécessaires de la famille devront tomber afin de pouvoir payer cette facture.

Pour les entreprises également une hausse du brut va avoir de sérieuses conséquences. L’inflation - et donc une baisse du pouvoir d’achat - va croître au fur et à mesure que les entreprises répercuteront la facture plus élevée de l’énergie dans le prix de leurs produits. De plus, les entreprises vont essayer de compenser la hausse du prix de l’énergie par une baisse des coûts du travail.

Ces conséquences de la guerre vont venir s’ajouter à une situation où il y a déjà de larges couches de gens qui sont privés des richesses de la société. En première page, on peut lire à quel point la bourgeoisie a déjà réussi a faire payer l’enrichissement d’une petite minorité de capitalistes par les couches les plus défavorisées.

Les va-t-en-guerre de Was-hington partent de perspectives très optimistes. Il ne s’agira pourtant pas seulement de payer le coût de la guerre, mais également celui de la recon-struction de l’Irak. On a vu que les capitalistes mondiaux n’étaient pas pressés de s’atteler au travail de reconstruction. Malgré toutes les promesses, les anciennes régions en guerre comme la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, l’Afghanistan,… n’ont vu venir que des sommes dérisoires

Laisser l’Irak (potentiellement le deuxième producteur de pétrol) en friche, c’est déjà plus difficile, surtout si l’Arabie Saoudite (le premier producteur de pétrole) devait basculer dans le camp anti-américain. Les Etats-Unis s’imaginent peut-être qu’ils vont pouvoir rapidement faire rentrer les choses en ordre, mais ils sous-estiment la haine énorme de la population arabe vis-à-vis de l’impérialisme américain.

Si l’Arabie Saoudite et l’Irak devaient poser de graves problèmes, nous irons inévitablement vers un nouveau crash des bourses. La crise économique mondiale qui est déjà à l’oeuvre pourrait atteindre le niveau de la crise de 1929.

L’écrivain américain Charles Bukowski a décrit dans son livre Ham on Rye comment le petit garçon qu’il était a vécu la Grande Dépression dans le quartier ouvrier où il habitait: tout le monde était sans emploi et ne devait sa survie qu’aux paquets de nourriture pour lesquels on devait faire la file.

Que faire?

En bref: vous vous tromperiez lourdement si vous pensez que la guerre ne vous touchera pas, sauf bien sûr si vous êtes un spéculateur très riche ou un marchand d’armes. C’est la population laborieuse du monde entier qui va payer pour la guerre de l’impérialisme américain sous forme de chômage, de baisses de salaires, de hausses d’impôts pour financer la guerre et la reconstruction de l’Irak,… et ce sont évidemment des hommes, des femmes et des enfants de la classe ouvrière qui vont périr dans la violence de la guerre. La classe ouvrière mondiale ne peut défendre ses intérêts qu’en agissant contre cette guerre.

Sur le plan militaire, Saddam n’arrive pas aux chevilles, pas même aux orteils des Etats-Unis. Le soutien au régime par-mi la population est faible. Saddam est un dictateur sanguinaire qui ne peut se maintenir au pouvoir que par une répression féroce… et par l’embargo qui lui permet de reporter sur les Etats-Unis l’entière respon-sabilité de la situation sociale catastrophique.

Mais le Vietnam nous a montré que les Etats-unis peuvent être forcés d’arrêter la guerre. Bien que la résistance énorme de la population vietnamienne fût difficile à briser, on peut dire que les Etats-Unis ont finalement perdu cette guerre sur le front intérieur: c’est le mouvement des jeunes et des travailleurs américains qui a forcé les Etats-Unis à retirer leurs troupes.

Les protestation massives d’un mouvement mondial contre la guerre peuvent mettre la pression sur les directions des syndicats pour qu’elles engagent la force de la classe ouvrière afin d’arrêter la guerre, par exemple en refusant de transporter le matériel militaire et les troupes, par les grèves et les grèves générales. Les socialistes doivent dès maintenant s’atteler à la construction de ce mouvement anti-guerre.