5.000 manifestants à Salzbourg contre le Forum économique mondial

Le Forum social de Salzbourg avait organisé 2 manifestations à l’occasion du FEM: l’une contre la sévère politique migratoire du gouvernement autrichien, l’autre contre le FEM. Avec respectivement 800 et 5000 manifestants, la participation aux 2 manifestations a été plus importante que prévu. Il y avait surtout des jeunes radicaux, les syndicats brillaient par leur absence. Résistance internationale et le MAS/LSP étaient sur place avec une délégation comprenant des étudiants de Bruxelles (VUB et ULB) et de Malines.

L’enjeu n’était pourtant pas sans importance. Le groupe de réflexion patronal du FEM se réunissait juste une semaine après la chute du gouvernement autrichien, sous pression du FPÖ d’extrême droite. L’élargissement de l’Union européenne figurait à l’agenda. Nous n’avons pas eu beaucoup d’écho de cette réunion. Le réunion des capitalistes du monde de la finance et de l’entreprise s’est déroulée à huis clos. N’empêche qu’il est particulièrement important de participer à ces protestations. C’est surtout le mouvement ouvrier qui a intérêt à y participer vu que les travailleurs seront les premières victimes de leurs mesures.

Les délégations d’ATTAC et des Verts autrichiens portaient des panneaux qui avaient pour slogan: “ Le FEM est sourd aux besoins élémentaires”. D’autres groupes ont profité de l’occasion pour appeler à participer au Forum social européen qui aura lieu en novembre à Florence. La plupart des slogans étaient des slogans contre le capitalisme. Notre message était qu’il fallait construire une opposition active et qu’il fallait un monde socialiste. Les manifestants étaient très préoccupés par la possibilité d’une guerre contre l’Irak, mais aussi par d’autres thèmes moins éloignés comme la chute du gouvernement et la poursuite du mouvement.

Le SLP (Sozialistische LinksPartei), l’organisation soeur du MAS/LSP, formait une délégation dans la manifestation et avait un bulletin spécial sur les élections et sur la nécessité de construire une opposition. Les prochaines élections offrent de nouvelles possibilités de démontrer la nécessité d’une alternative politique.

Quelle est la cause de la chute du gouvernement?

Le gouvernement est tombé après que Haider, l’homme fort du FPÖ d’extrême droite, ait appelé à la tenue d’un congrès extraordinaire pour retirer le soutien du FPÖ au gouvernement. Ceci pour éviter une crise au sein du parti et de regagner le soutien de l’opinion qui baissait dangereusement.

Haider a mené une double stratégie avec son parti: d’une part une stratégie de participation au gouvernement qui a permis au FPÖ de franchir une étape dans sa quête de respectabilité auprès de l’establishment, d’autre part une stratégie de critique et d’opposition constantes vis-à-vis du travail gouvernemental. Bien qu’un tel jeu ne puisse pas durer éternellement, il pourrait confirmer temporairement le FPÖ dans sa rhétorique anti-establishment. Il faudra mener une lutte conséquente contre ce parti pour contrecarrer son influence réactionnaire sur la conscience de beaucoup de gens.

Comment mener la lutte?

Lors de la manifestation contre le FEM, il y avait une délégation des Jeunes socialistes. C’est la première fois que la social-démocratie, fût-ce au nom de son organisation de jeunesse, était clairement présente à une manifestation antimondialiste. Cela s’explique en partie par le climat politique de rejet du gouvernement de droite et de la politique qu’il a menée depuis 2 ans. Le parti social-démocrate (SPÖ) remonte quelque peu dans les sondages. D’un autre côté, il est important de comprendre que nombre de gens vont voter consciemment pour le SPÖ pour écarter le FPÖ du prochain gouvernement. Une partie de la jeunesse y est sensible après 2 années de protestation contre le FPÖ. La question qui se pose évidemment est celle de savoir si cette stratégie peut vraiment bloquer le FPÖ.

Bien que nous comprenions les motivations de cet appel de vote, nous voulons en même temps lancer une mise en garde quant aux résultats. Rien dans le discours du SPÖ recalé dans l’opposition ne permet de dire que ce parti veut rompre avec la politique néolibérale qui a poussé tant de gens dans les bras de l’extrême droite. Les seules critiques qu’il a faites l’année passée portaient sur la forme et pas sur le fond de l’action du gouvernement.

L’attitude du SPÖ ressemble à celle du CDH et du CD&V au début du gouvernement de l’arc-en-ciel en Belgique: le gouvernement n’a aucune cohérence et ses composantes ne font que se chamailler. Ils font totalement l’impasse sur les choix que le gouvernement pourrait ou devrait faire.

Bien que notre visite fût trop courte pour se faire une idée complète de ce qui se passe en Autriche, cela en valait la peine. L’un de nous a été invité à s’adresser aux manifestants pour faire partager notre expérience dans la lutte contre le Vlaams Blok. Les autocollants de Blokbuster “Tout ce qui nous divise nous affaiblit. Stop au racisme!” ont également remporté un grand succès à Salzbourg.

Els Deschoemacker