Parti Socialiste:
“On a gardé la façade...”

Connaissez-vous la chanson de Claude Semal “On a gardé la façade et on a bazardé tout le reste...”? Elle évoque notamment les anciennes Maisons du Peuple dont on a gardé la façade pour maintenir les apparences, mais dont les occupants ont jeté tout ce qui restait à l’intérieur de traditions du mouvement ouvrier. Au Parti Socialiste, c’est un peu comme dans la chanson. Le 15 septembre dernier, Elio Di Rupo était fier de présenter à la presse la rénovation de la maison du PS, à Bruxelles, dont la façade vient d’être repeinte en rouge. Mais à l’intérieur?

Cela fera bientôt presque une année qu’Elio Di Rupo se démène pour donner un accent “gauche” à la “modernisation” du PS. Il a fait le déplacement à Porto Alegre et a imposé un nouveau sigle au PS (la rose au poing a fait place aux seules initiales du parti - PS - avec le S en gras). En 2001, il a mis sur pied les Ateliers du Progrès, une sorte d’université d’été ouverte aux progressistes. Le 1er Mai 2002 il a lancé la proposition de constituer un pôle des gauches. Le 7 septembre il vient d’obtenir un mandat du congrès du PS pour négocier des convergences de gauche avec d’autres courants de gauche, et en priorité avec Ecolo. Dans le cadre de son opération de “modernisation” le PS est-il en train de virer à gauche sous l’impulsion de Di Rupo? La question mérite d’être posée car à première vue le PS semble en train de prendre une orientation diamétralement opposée à son parti frère de Flandre.

En Flandre, le SP a changé de nom et s’appelle désormais SP.A: “Alternative sociale progressiste”. Son organisation de jeunes, les Jongsocialisten, s’appelle Animo. Son président, Patrick Janssens, est le manager d’une agence de pub. Ses personnalités les plus en vue ont, au cours des dix dernières années, occupé des postes clés généralement réservés aux hommes de confiance de la bourgeoisie: Intérieur (Tobback, Vande Lanotte, Van den Bossche), secrétaire général de l’OTAN (Claes). Malgré ses mauvais résultats aux dernières élections, le SP s’est vu confier des postes clés dans le gouvernement arc-en-ciel: Budget (Vande Lanotte), Sécurité sociale (Vandenbroucke). Ce dernier est d’ailleurs revenu d’un stage en Grande-Bretagne (stage forcé après le scandale Agusta et celui des billets de banque brûlés) totalement imprégné des idées de Tony Blair et a aussitôt été le promoteur de “l’état social actif”. Bref à première vue, le PS de Di Rupo et le SP.A de Janssens ne sont pas sur la même longueur d’onde. Est-ce une façade ou une réalité?

Sur les choix essentiels importants, que ce soit sur la privatisation des services publics, sur la flexibilité, sur la construction d’une Europe capitaliste, sur la participation à l’OTAN rien ne sépare le PS et du SP.A. Tous deux ont renoncé à la lutte pour une rupture avec le capitalisme. Il promettent vaguement au monde du travail de récolter quelques miettes qui tomberont de la table du festin des capitalistes. Mais aujourd’hui le capitalisme est en crise et les travailleurs doivent se serrer la ceinture. Sur le fond, PS et SP.A mènent la même politique (celle de la bourgeoisie). Les signes extérieurs (vocabulaire, ton, sigles) s’expliquent par le fait que PS et SP.A évoluent dans des environnements politiques totalement différents.

Aujourd’hui le SP.A tente de se maintenir dans une société où il n’est plus que le 4e parti (derrière le CD&V, le VLD et le Vlaams Blok), alors que le PS reste le premier parti de Wallonie depuis près d’un siècle. La Wallonie n’a pas connu la montée d’un parti fasciste tel que le Vlaams Blok, qui a raflé une partie importante de l’électorat traditionnellement social-démocrate. La victoire électorale d’Ecolo en 1999 n’a pas été uniquement la conséquence de l’effet "dioxine” mais a aussi reflété l’existence d’un électorat de gauche autre que celui du PS. Et enfin, la crise de l’ex CVP-PSC, parti historique de la bourgeoisie, se déroule sur un tempo différent en Flandre et en Wallonie. Si le CVP (devenu entre-temps CD&V) reculera sans doute aux prochaines élections en Flandre, du côté francophone la survie du CDH (ex-PSC) est en jeu. Et cela, Di Rupo l’a très bien compris. Son offensive de charme à gauche vise, dans l’immédiat à rafler une partie de l’électorat d’Ecolo, et à moyen terme elle s’adresse aussi à la gauche sociale chrétienne. L’objectif est de pousser électoralement le CDH dans les cordes afin de le marginaliser et finalement recomposer le paysage politique wallon autour d’un axe “progressiste” dont le PS constituerait la colonne vertébrale, face à un pôle “libéral” autour du MR. Ce serait une première en Belgique. Mais l’avenir nous dira si un tel projet n’est pas un peu prématuré.

Comble du cynisme: le PS a rebaptisé une série de salles de la Maison (rénovée) du PS. Une des salles s’appelle “Rosa Luxembourg”: la fondatrice de la Ligue Spartacus (première organisation communiste en Allemagne), assassinée au début de la révolution allemande par la soldatesque commandée par un social-démocrate nommé Noske.

Guy Van Sinoy