A en croire le gouvernement, le budget 2003 sera en équilibre sans toucher la population. Les promesses annoncées seraient tenues et les assainissements limités. Pour peu, on aurait l’impression que ce budget répand ses bienfaits sur tout le monde: le gouvernement, les patrons, les travailleurs et leurs familles. En réalité, c’est un rideau de fumée qui cache les vrais objectifs du gouvernement jusqu’aux élections.
par Eric Byl
A la fin septembre, Fons Verplaetse, gouverneur émérite de la Banque Nationale, avait encore mis le gouvernement en garde contre un excès d’opti-misme. Un taux de croissance de 1,75% lui semblait une hypothèse de départ réaliste.
Il ajoutait: «cela m’étonnerait qu’un dirigeant politique décide un budget pessimiste dans une année électorale. On ne doit pas s’attendre à des mesures de correction du budget avant les élections.» Nous voilà avertis!
La situation ne s’est pas améliorée depuis lors. La BBL estime la croissance maximale pour 2003 à 1%. A peu près tous les analystes financiers pensent que le gouvernement devrait assainir pour au moins 2 milliards d’euros pour obtenir un budget en équilibre. Pour respecter la norme du Conseil supérieur des Finances, il faudrait même assainir pour 3 milliards d’après Geert Noels, économiste en chef chez Petercam.
Malgré cela le gouvernement s’en tient à 1 milliard d’euros d’assainissements et à un demi milliard d’euros en recettes nouvelles.
Comment le gouvernement a-t-il donc réussi à obtenir un budget en équilibre? Il use traditionnellement d’une série d’artifices. Malgré tous les pronostics, il s’en tient à une croissance de 2,1%. Il surestime ainsi ses recettes de quelque 500 millions d’euros (20 milliards de FB) par rapport à la perspective «réaliste» de Verplaetse (1,75%) ou même de 1,6 milliards d’euros (66 milliards de FB) par rapport au chiffre maximum de la BBL (1%). Bref: il faudra un petit miracle pour boucler ce budget.
On peut s’attendre à ce que ce gouvernement tombe dans un bref délai et organise des élections anticipées pour se reconstituer aussi-tôt et... revoir le budget. Avec un peu de chance, il peut encore atteindre l’équilibre en bradant encore plus de biens publics au secteur privé. Celui-ci s’intéresse aux 51% de Belgacom que l’état détient encore.
Des cadeaux pour les patrons et les riches? Le gouvernement ne se gêne pas. Il refuse ainsi d’envisager le report ou l’étalement dans le temps de la baisse d’impôt sur les hauts revenus (de 55% à 52%). En même temps, le gouvernement réduit l’impôt des sociétés de 40% à 34%, celui des PME de 29% à 25%. Il persiste à faire comme si la réduction des coûts des entreprises créait des emplois malgré les démentis répétés depuis des dizaines d’années.
Dans les années ’90, les profits cumulés des entreprises après impôt ont dépassé les 1.000 milliards de FB. Depuis 1998, ils tournent autour des 1.500 milliards de FB. Pendant la même période, le chômage a stagné à un niveau élevé. Le chômage est à l’heure actuelle au même niveau qu’au moment de la formation de ce gouvernement.
Le gouvernement n’augmente-t-il pas le salaire minimum?
Celui qui gagne moins de 1.500 euros (60.000 FB) brut (!), «recevra» en moyenne 42 euros net en plus. Qui paye? Non pas les patrons ou le gouvernement, mais bien les travailleurs par la réduction de leurs cotisations sociales. Autrement dit: ce qu’ils gagnent en salaire net, ils le perdent en salaire différé (pensions, allocations de maladie/invalidité ou de chômage). Beau cadeau.
Comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement veut accorder dès 2004 une nouvelle baisse des cotisations patronales (la part du salaire que le patron paye directement à l’ONSS) sur les bas salaires, soit 3.100 euros (124.000 FB) par an et par travailleur. Le gouvernement donne donc l’argent de la collectivité aux patrons pour qu’ils nivellent les salaires.
Les pensions ne vont-elles pas augmenter?
Certes. De 1% pour les pensions d’avant 1993, de 2% pour celles de 1994 et 1995. Avec une inflation estimée à 1,4%, cela signifie une perte de pouvoir d’achat de 0,4% pour les premiers et un gain de 0,6% pour les seconds. Dans l’hypothèse d’une croissance économique de 2,1%, cela signifie que la part du premier groupe dans la richesse globale se réduit de 1,1% et celle du deuxième groupe de 0,1%.
En outre, les pensions les plus basses recevront une petite augmentation dès le 1 avril 2003. Ce n’est qu’un poisson d’avril à côté de la revendication de lier les pensions et les allocations sociales à l’évolution du coût de la vie.
Et les soins de santé? Le budget n’augmente-t-il pas de 5%?
Malheureusement, à l’exception des ristournes dans le cadre du maximum à facturer, c’est l’industrie pharmaceutique, les producteurs de technologie médicale et une partie des médecins qui se taillent la part du lion. La médecine de prestation reste intacte. En 2001 les patients hospitalisés ont payé 11% de plus en honoraires et en matériel médical qu’en 2000; par rapport à 1998, la hausse est de 25%.
Lorsqu’on fait les comptes, on constate que même ce budget électoral signifie des sacrifices pour les travailleurs et leurs familles et un bonus pour les patrons. Mais ce budget n’est qu’un rideau de fumée qui se dissipera après les élections. C’est alors que le gouvernement mettra son vrai programme sur la table.