Leonardo Vento et Kadour Ben Chehida ne sont pas morts par accident. C’est un assassinat qui s’est produit a la Cokerie d’Ougrée le 22 octobre, celui de deux travailleurs qui, comme des milliers d’autres, travaillent jour après jour dans des conditions de sécurité de plus en plus dégradées au nom de la rentabilité.
Quelques jours après l’explosion de gaz qui a ravagé la cokerie, le premier rapport d’enquête a conclu - évidement - à une erreur humaine. Mais qui sont les "humains" responsables? Les travailleurs tués dans l’explosion, ceux qui sont gravement brûlés, ceux dont la vie est marquée à jamais par les conséquences physiques et psychologiques de ce drame, ou ceux qui depuis des années mettent les ouvriers sous pression et les forcent a travailler dans des conditions de sécurité de plus en plus réduites?
Cet accident n’est pas "complètement imprévu" comme l’ont prétendu les représentants de la direction. L’alarme avait été donnée par des travailleurs. Lors d’une interview à la RTBf, Jean-Marie Doyen, régleur, 21 ans de métier a Cockerill, a expliqué que la veille de l’explosion il était inquiet des conditions dans lesquelles devaient se faire les travaux d’entretien et de réparation, et qu’il avait demandé que le laboratoire, qui dispose d’appareils perfectionnés, vienne confirmer que les conduites étaient sans danger.
Cela a été refusé sous prétexte que les appareils disponibles sur place étaient suffisants. Sans doute, l’appel au labo coûtait-il trop cher...
Ce drame montre la dégradation des conditions de sécurité un peu partout a Cockerill. En effet, l’avant-dernier plan de restructuration, Horizon 2000, a coûté 2.000 emplois. Toutes les divisions travaillent en sous-effectifs. Les procédures de sécurité sont dangereusement allégées, et même ainsi, elles ne sont pas toujours appliquées. Le recours à la soustraitance est de plus en plus en fréquent, ce qui amène de jeunes travailleurs manquant d’expérience à devoir effectuer des travaux dangereux auxquels ils ne sont pas préparés. Et les accidents se multiplient (voir encadré)...
Cockerill n’est aujourd’hui plus qu’une petite partie du géant Arcelor, né de la fusion du groupe français Usinor (qui avait racheté Cockerill il y a quelques années), du groupe luxembourgeois Arbed et d’un groupe espagnol. La priorité pour Arcelor est de faire appliquer le nouveau plan de restructuration "Delta". Celui-ci est fondé sur une exigence: assurer 15% de rendement aux actionnaires.
Le plan Delta prévoit une diminution de 40% des coûts, qui concerne tous les secteurs, y compris celui de la sécurité.
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Arcelor: 20 morts en dix mois! Arcelor emploie 108.000 travailleurs dans le monde. Les accidents sont monnaie fréquente. Et cette année, le bilan des "accidents" mortels est particulièrement lourd 4 morts en Espagne, 3 en France, 2 en Italie, 2 aussi au Brésil, 1 en Allemagne et 1 au Luxembourg. Mais la Belgique détient le triste record avec six morts: en mai un mort à Sidmar et un ouvrier électrocuté a la cokerie d’Ougrée, en juin un ouvrier écrasé a Carlam et un autre a Genk. Et enfin, en octobre, les deux morts d’Ougrée. |
Jean Peltier