EIB / Dison
Pertes d’emplois sur l’autel du grand capital

Premier contact, chaleureux et combatif: un drapeau noir nous accueille dès l’entrée du parking. Plus loin on distingue pêle-mêle des drapeaux verts, d’autres rouges. Quelques silhouettes se détachent du bâtiment et bloquent l’entrée au site.

En s’approchant on ressent l’agréable chaleur d’un brasero et de travailleurs en lutte. C’est qu’il ne fait pas chaud à Dison et les piquets s’organisent pour occuper durablement leur usine. Ils sont là depuis le 16 octobre: ouvriers et employés en front commun syndical, se relayant, s’encourageant, organisant leur vie sur le rythme de la lutte. EIB c’est 280 emplois, une usine dont les bâtiments respirent le neuf, une technologie de pointe dans la fabrication de disjoncteurs et de leurs coffrets,... et le dégoût des travailleurs. C’est que EIB pour son malheur appartient depuis quelques années au groupe Alstom. Ce groupe possède un chiffre d’affaires de plus de 23 milliards d’euros, avec un effectif de 118.000 travailleurs dans plus de 70 pays: un géant... aux pieds d’argile. Derrière ces chiffres se cache un drame social: cette usine, située dans le zoning industriel "Les Plenesses" et qui fait partie du paysage depuis 1920, est l’objet d’une restructuration. Il est prévu de fermer la chaîne de tôlerie pour fin décembre et de délocaliser la production des disjoncteurs vers Montpellier... ou ailleurs, pourvu que les frais de productions soient le plus bas possible. Actuellement une part de plus en plus grande de la production est sous-traitée, ce qui diminue l’efficacité de la production. 100 emplois sur 280 doivent disparaître: les intérimaires n’ont déjà plus droit au chapitre, les travailleurs à contrats à durée déterminée ne verront pas leur contrat renouvelés 38 travailleurs avec un contrat à durée indéterminée sont prépensionnables (à 52 ans).

Derrière ce drame qui affecte directement les travailleurs de notre région, il faut voir la politique globale du groupe Alstom. Un plan a été lancé en mars 2002, appelé "Restore Value". Derrière ce terme se cache la volonté du groupe de récolter au moins 2,1 milliards d’euros pour fin 2003 afin d’augmenter son cash-flow et de ramener à 20 % le taux d’endettement du groupe. Et l’on sait depuis les récentes affaires américaines (Worldcom, Enron,...) l’importance donné à ce dernier aspect afin de mériter la confiance des actionnaires. Comment récolter du capital? En vendant ses actifs immobiliers en Europe de l’Ouest. A Dison cela est déjà d’actualité puisqu’une partie des bâtiments à été revendue à une autre société (faisant partie du même groupe!). D’autre part en se recentrant vers les secteurs les plus rentables. Une question se pose: Alstom veut-il se limiter à la suppression de 100 emplois où n’y a-t-il pas la volonté cachée de fermer tout le site EIB à moyen terme? Une usine amputée de la sorte pourra t-elle durablement continuer à produire? Il faut savoir que parallèlement Bilger, le PDG d’Alstom avait annoncé en juillet dernier sa volonté de fermer une usine à Manchester, de licencier 185 travailleurs en Allemagne et 85 à Rouen. Il faut aussi souligner que le site de l’EIB à un carnet de commande bien rempli et que les résultats de ces dernières années ont été positifs. Est-il humain de fermer une usine rentable afin de combler les trous creusé par une direction trop gourmande qui à voulu étendre les tentacules du profit sur un éventail trop large de marchandises? La lutte doit s’organiser, mais au-delà du problème disonais qui nous occupe il faut une résistance à l’image du groupe Alstom: une résistance globale.

Les travailleurs des différentes unités doivent lutter ensemble afin de faire plier le vampire capitaliste, la problématique doit être médiatisée et des actions doivent être tentées avant que la grève ne s’essouffle et que le patronat n’obtienne ce qu’il veut.

Vincent Devaux