Les USA du président Bush semblent bien décidés à engager les hostilités contre Saddam Hussein. Ce dernier ne représente-t-il pas un danger réel? C’est tout de même un terrible dictateur!?
Sans aucun doute. Et les USA sont bien placés pour le savoir. Ils ont couvert ses agissements pendant des années. Ils soutenaient Saddam dans les années 80 car ils voyaient en lui un contre-poids au régime islamique en Iran. Ils craignaient que les gisements de pétrole du Moyen-Orient ne tombent entre les mains de régimes fondamentalistes. Cela aurait pu compromettre l’accès des entreprises occidentales au pétrole.
Les USA ont fourni des armes à Saddam, y compris du matériel nucléaire et des substances toxiques (comme l’anthrax). Le gouvernement de Reagan a empêché à la même époque le Sénat américain de condamner Saddam pour l’usage de gaz toxiques. C’était à l’époque de la guerre Iran-Irak qui a coûté la vie à 1 million de gens entre 1980 et 1988.
Les USA savaient déjà très bien que Saddam ne tolérait aucune critique, torturait les opposants, interdisait les syndicats et les partis, etc. Mais c’était alors «leur» dictateur. Cela n’a changé qu’en 1990 lorsque Saddam a commis la bévue d’envahir l’émirat pétrolier du Koweït. Cela a débouché l’année suivante sur la guerre du Golfe menée par Bush senior.
Saddam ne représente-t-il pas une menace avec ses armes nucléaires?
Ecoutons d’abord ce que disent les experts. D’après Scott Ritter, qui a dirigé les inspections de l’ONU en Irak, «les capacités irakiennes de production d’armes de destruction massive étaient détruites à 90 ou 95% en 1998. Nous avons détruit toutes les usines, tous les moyens de production». L’Agence internationale pour l’Energie atomique, une institution spécialisée, dit la même chose: «Rien ne permet d’affirmer qu’il subsiste en Irak des quantités significatives de matériaux physiques nécessaires à la production d’armes nucléaires prêtes à l’emploi». (Washington Post, 30 sept. 2002).
D’après Ritter, toute nouvelle tentative de Saddam de produire ou de tester des armes de destruction massive serait immédiatement détectée par un appareillage sophistiqué.
Le gouvernement Bush met la pression sur ses propres services de sécurité pour qu’ils trouvent des «preuves». Un dirigeant de la CIA, Vincent Cannistraro, déclare: «Les déclarations de hauts représentants américains sont truffées d’informations fabriquées de toutes pièces. Cela suscite beaucoup de mécontentement au sein des services de sécurité, en particulier chez les analystes de la CIA.» (The Guardian, 9 oct. 2002).
Sous le couvert de l’anonymat, des membres des services de sécurité américains confient au journal britannique The Guardian qu’ils trouvent «insensées» les allégations de liens entre l’Irak et Al-Qaeda.
Si les USA ou d’autres pays veulent changer le régime en Irak, la démocratie n’y a-t-elle pas tout à gagner dans ce pays?
Regardons la situation en Afghanistan aujourd’hui. Les USA y ont mené une guerre contre les Talibans, qui protégeaient Ben Laden, et y ont installé un nouveau régime. Le régime de Karzaï s’appuie sur une «Loya Jirga» (conseil des chefs de tribu). Il s’agit en réalité de seigneurs de la guerre et de bandes de gangsters qui se remplissent les poches par l’escroquerie et le trafic de drogue. Les USA collaborent avec le dictateur pakistanais Musharraf qui peut dissoudre le gouvernement quand bon lui semble. Au Vénézuéla, ils ont récemment soutenu un coup d’état de l’armée et du patronat contre le président Chavez.
En raison de l’absence d’alternative crédible à Saddam, les USA envisagent à titre transitoire un régime d’occupation pour l’Irak sur le modèle de celui qu’ils ont imposé au Japon après la seconde guerre mondiale. Tout ce qui les intéresse, c’est leur influence dans la région et le contrôle des réserves de brut irakien. Ils n’ont que faire des droits démocratiques de la population.
La population irakienne souffre depuis 10 ans déjà d’un embargo criminel qui a coûté la vie à 400.000 enfants. 2 co-ordinateurs humanitaires de l’ONU, Dennis Halliday et Hans von Sponeck, ont remis leur démission après avoir constaté les conséquences catastrophiques sur le terrain. Madeleine Albright, ancienne ambassadrice américaine à l’ONU, a déclaré lors de l’émission de TV «60 Minutes» à propos du maintien de l’embargo: «je pense que c’est un choix très difficile, mais que le prix à payer en vaut la peine».
Quelle est donc votre alternative? L’ONU ou les politiciens européens qui font pression sur Bush pour empêcher la guerre?
Non. Nous pensons que c’est aux travailleurs et aux paysans irakiens de décider de leur avenir. L’ONU n’est qu’un moulin à paroles où une poignée de grandes puissances tirent les ficelles, surtout les USA. Leur pouvoir, leurs moyens militaires et leur influence permettent aux USA d’avoir à leur botte les dirigeants capitalistes du «Tiers-Monde». Ces derniers sont déjà trop heureux qu’on les laisse goûter tranquillement aux privilèges du pouvoir.
L’Union européenne est une forteresse anti-sociale au service des multinationales européennes. Si elle n’hésite pas à pousser les travailleurs européens dans la misère avec sa politique de privatisations, de contrats flexibles et de démantèlement de la protection sociale, comment pourrait-elle se soucier des besoins de la population irakienne? L’UE ne veille pas moins que les USA à ses intérêts commerciaux et spécule sur le remplacement de Saddam par un régime qui, pour être pro-occidental, n’en sera pas moins autoritaire. Elle n’a donc pas intérêt à trop critiquer les USA.
Les travailleurs et les jeunes doivent s’organiser indépendamment des institutions et des partis capitalistes. Nous sommes partisans du renversement de Saddam par un gouvernement des travailleurs et des paysans qui commence à reconstruire le pays sur des bases socialistes. Avec une production au service des besoins de la population au lieu des profits capitalistes. Cela suppose une planification socialiste de l’économie qui en finisse avec l’enrichissement personnel des capitalistes.
Nous appelons à la création d’une fédération socialiste du Moyen-Orient qui pourrait servir d’exemple aux travailleurs occidentaux.
En quoi une guerre en Irak me concerne-t-elle?
L’instabilité au Moyen-Orient signifie une augmentation du prix du pétrole qui sera répercutée dans le prix de l’essence et du mazout, mais également des autres biens vu que les entreprises devront compenser la hausse de leur facture énergétique; les patrons voudront rétablir les profits en baissant encore plus les salaires et en augmentant les licenciements; le gouvernement augmentera les impôts sous la pression de la crise économique ou imposera de nouvelles économies dans les dépenses sociales. En outre, le terrorisme trouvera un terrain encore plus favorable à son développement. On ne peut qu’espérer que tout cela n’arrive pas. C’est nous, les jeunes et les travailleurs, qui ferons les frais de la folie guerrière de Bush.
Cette guerre est-elle inéluctable?
Elle n’est pas certaine à 100%. La bourgeoisie elle-même est divisée à son sujet. Bush et les fanatiques de droite qui peuplent son gouvernement semblent vouloir rentrer dedans. Ses généraux l’ont pourtant mis en garde, via des fuites dans la presse, contre les conséquences d’une guerre. C’est pourquoi il est si important de construire un mouvement contre la guerre et des comités anti-guerre. Ce n’est que de cette manière, par une protestation de masse, qu’on pourra mettre la classe dirigeante sur la touche.
La guerre du Vietnam a pris fin de cette manière: par des protestations de masse des travailleurs et des jeunes dans les villes américaines. Les Rapports de la CIA avaient alors prévenu la classe dirigeante que, si elle persistait à poursuivre la guerre, elle risquait de perdre le contrôle de la situation aux USA mêmes.
On ne peut en finir définitivement avec la guerre qu’en mettant un terme à la concurrence entre les différentes puissances capitalistes. Lorsqu’un mouvement de masse qui opte pour le socialisme mondial aura brisé le carcan du marché capitaliste. Lorsque les richesses, les machines et les talents de l’humanité seront planifiés consciemment et gérés collectivement, au lieu d’être gaspillés et mutilés par un capitalisme mondial sénile.
Peter Delsing