Après la provocation de Daniel Ducarme
Quelle intégration pour les travailleurs immigrés?

A la mi-octobre, le président du Mouvement Réformateur (MR), Daniel Ducarme, déclarait publiquement: "L’intégration des immigrés a échoué». Le 1er octobre, la loi Van de Lanotte/Onkelinx sur le revenu d’intégration remplaçant le minimex entrait en vigueur. Une coïncidence?

Les propos de Ducarme ont suscité une tempête de protestations dans le monde politique et dans le monde associatif. A l’initiative du PS bruxellois, des représentants d’associations actives en milieu immigré se sont immédia-tement réunis pour désavouer publi-quement Ducarme. Le PS, le CDH et Ecolo ont ensuite, à l’initiative de ce dernier, co-signé avec des représentants du monde associatif et des syndicats un communiqué commun intitulé "Intégrons la richesse d’une société multiculturelle". On peut être d’accord avec les signataires lorsqu’ils mettent le doigt sur les causes sociales et économiques des tensions qui empoisonnent la vie des quartiers populaires, lorsqu’ils dénoncent les discriminations que subissent les personnes d’origine étrangère ou encore lorsqu’ils soulignent l’hypocrisie du MR qui parle d’intégration des immigrés tout en leur refusant le droit de vote.

Une question de classe

Les signataires soulignent aussi que les "citoyens" d’origine étrangère participent de manière croissante à la société belge. Mais de quelle société parlent-ils? Ils citent en exemples Di Rupo, Kubla, Arena, Ouezekthi et autres politiciens d’origine étrangère. Faut-il rappeler qu’Elio Di Rupo a donné jadis le coup d’envoi de la privatisation des entreprises publiques, que Serge Kubla (MR) est le chantre des PME dans le gouvernement wallon et que sa collègue Maria Arena (PS) a privatisé partiellement le placement des chômeurs en Wallonie? En vérité, ils se sont intégrés au personnel politique dirigeant de la société "belge". C’est pourquoi leurs préoccupations et leur politique asociale sont largement «étrangères» à celles de la majorité de la population, qu’elle soit belge "de souche" ou d’origine immigrée.

Il est significatif qu’on ne cite jamais en exemples d’intégration un Roberto D’Orazio ou un Silvio Marra ou encore des centaines de délégués syndicaux issus de l’immigration. Les délégués des Forges de Clabecq, toutes nationalités confondues, ont su forger l’unité des travailleurs dans une usine composées d’ouvriers d’origines très diverses. Bien plus, ils ont pu réussir une marche multicolore qui a rassemblé 70.000 travailleurs de tout le pays, toutes origines confondues. Pour avoir refusé de faire primer le profit sur les besoins humains, pour avoir exigé un emploi décent pour tous, ils ont ensuite été exclus du travail, exclus du syndicat et poursuivis en justice par ceux-là mêmes qui chantent aujourd’hui les vertus de l’intégration.

Quel socle commun de valeurs?

La nouvelle loi sur le revenu d’inté-gration jette une lumière crue sur le type d’intégration que nos dirigeants ont en tête. Le revenu d’intégration remplace désormais le minimex et est présenté comme un nouveau moyen de promouvoir "l’égalité des chances". Les étrangers y auront droit alors qu’ils étaient exclus du minimex. Mais tous, quelle que soit leur origine, devront "prouver leur volonté de travailler" pour une indemnité. Le CPAS leur "proposera" un petit boulot qu’ils seront tenus d’accepter s’ils veulent garder leur viatique. Les patrons pourront engager du personnel aux frais du CPAS et donc de la collectivité. De plus ils pourront mettre la pression sur ceux qui ont déjà un emploi en les mettant en concurrence avec la main-d’oeuvre à bon marché que leur livrera le CPAS. Pour les politiciens, l’intégration ne signifie donc rien d’autre que le nivellement par le bas des salaires et des conditions de travail de l’ensemble des travailleurs, toutes nationalités confondues.

Daniel Ducarme prône un "socle de valeurs communnes" comme base de l’intégration des immigrés. Il n’est d’ailleurs contesté par personne sur ce point. Parmi les valeurs communes, il cite l’égalité des chances, la neutralité de l’état, l’égalité des sexes. Quelle égalité des chances quand la loi sur le revenu d’intégration renforce la précarité des conditions de travail? Quelle neutralité de l’état quand les tribunaux cassent les grèves sur base des requêtes unilatérales des patrons? Quelle égalité des sexes quand le manque d’équipements collectifs fait peser sur les femmes tout le poids des tâches ménagères? Tout ce discours sur l’intégration vise à gommer les antagonismes de classe entre exploiteurs et exploités et à imposer les normes de la classe dirigeante à l’ensemble de la population.

Pour en finir avec ce système qui n’est capable de produire que de la précarité et en imposer un autre où l’économie sera au service des besoins humains, les travailleurs devront préserver leur unité et ne pas se laisser diviser par des démagogues comme Ducarme et consorts.

Les partis établis sont discrédités et ne se maintiennent qu’en raison du vide politique à gauche. Tant que ce vide persistera, des politiciens de tous bords tenteront toujours de jeter de la poudre aux yeux par la démagogie anti-immigrée. Pour combler ce vide, il faut un nouveau parti ouvrier qui unisse les travailleurs belges de toute origine dans une lutte commune contre la politique néolibérale antisociale.

Thierry Pierret