La FGTB dans la tourmente

Il y a quatre mois, quand s’est produit le putsch de l’appareil national de la FGTB contre Albert Faust, secrétaire général du SETCa BHV et président de la FGTB de Bruxelles, nous avons écrit que c’était une première bataille qui s’engageait contre la gauche syndicale.

Par Guy Van Sinoy

Sans nécessairement être d’accord avec toutes les positions défendues par Faust dans le passé, nous considérons qu’il occupait une position de gauche dans le syndicat, en tous cas nettement à gauche de la direction nationale. Nous avons aussi écrit que la plainte en justice introduite contre lui par le président national du SETCa Christian Roland ouvrait la porte à toutes les investigations du parquet dans les affaires syndicales. Aujourd’hui il faut bien constater que notre pronostic s’est malheureusement révélé exact. A la mi-octobre l’appareil national de la FGTB a annoncé le licenciement pour faute grave d’Anne-Marie Appelmans, secrétaire de l’interrégionale FGTB de Bruxelles pour cause de "mauvaise gestion". Le SETCa de Bruxelles a des dettes importantes, mais la FGTB de Bruxelles est en boni. Comprenne qui pourra!

Le véritable motif de l’exclusion de ces responsables, sans passer par les instances qui les ont régulièrement élus, est évidemment un motif politique. Le tournant à droite de la FGTB, incarné par l’arrivée de Mia De Vits à la tête du syndicat, et les concessions que la FGTB s’apprête à faire sur le plan social pousse l’appareil à se débarrasser de sa propre aile gauche. Il faut savoir que la COFI (Commission financière de la FGTB) n’est pas un organe composé d’experts comptables mais une commission qui regroupe notamment les présidents de centrales. Autrement dit, c’est une machine à couper les têtes pour raisons politiques en invoquant des motifs comptables.

En matière de poursuites judiciaires nous avions également vu juste. Deux délégués du SETCa et un secrétaire régional du SETCa BVH ont été emprisonnés et inculpés d’avoir détourné des primes syndicales. L’organisation patronale s’est empressée de se constituer partie civile. Dans cette affaire de primes syndicales, le comptable du SETCa a également été arrêté pour complicité. Il semble que le détournement de primes syndicales est malheureusement une pratique étendue sur le plan syndical. Apparemment Christian Roland semble le seul à ne pas le savoir: chaque fois qu’il est interrogé à ce sujet par la presse son nez s’allonge comme celui de Pinocchio.

Les milieux patronaux se frottent évidemment les mains devant le discrédit général porté sur la FGTB. L’hebdomadaire économique et financier Trends/Tendances vient de consacrer un dossier à "l’argent secret des syndicats" et a interrogé les syndicats à ce sujet. La CSC et le syndicat libéral ont répondu aux questions, mais curieusement Mia De Vits a refusé de répondre.

Le magazine révèle par la même occasion que les responsables de la CSC ristournent à leur organisation les jetons de présence qu’ils perçoivent quand ils siègent dans des conseils d’administration, mais qu’il n’en va pas de même à la FGTB. Ainsi Michel Nollet, ancien président de la FGTB, continue de siéger au Conseil économique et social et "arrondit" sa pension avec les 2.200 euros perçus par mois! Gageons que la COFI ne fera pas de remous à ce sujet...

Ce n’est pas à la presse de droite de faire le ménage dans la FGTB mais c’est aux militants et à la base que les dirigeants doivent rendre des comptes. Et à ce propos, il faut noter que quatre mois après le licenciement de Faust, le Comité exécutif du SETCa de BHV n’a pas encore été convoqué pour discuter de ce point.