Bush et Cie n’ont pas encore mis à exécution leurs projets guerriers qu’ils sont déjà confrontés à un grand mouvement anti-guerre. Ce mouvement jouera un rôle important dans le positionnement de l’opinion publique. Dans une tentative de convaincre l’ONU, Bush a adopté une position moins téméraire. La France et la Russie, en partie à cause de la pression de la protestation mondiale, se sont mises à discuter la formulation exacte d’une résolution de l’ONU. Non pas pour éviter la guerre, mais bien pour réagir à la déclaration de guerre unilatérale de Bush et pour donner une plus grande portée à la résolution.
Mais elles n’ont en définitive pas d’opposition fondamentale à une opération militaire. Les intérêts économiques dans la région sont trop importants pour laisser les USA y aller seuls. La Russie a investi en Irak pour 8 milliards de dollars. La France trépigne d’impatience à l’idée de retourner faire du commerce en Irak et de décrocher des contrats pour sa reconstruction. Il faudra pour cela collaborer loyalement à l’opération militaire. La Chine, l’un des 5 membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU, n’a pas plus l’intention d’abandonner cette région vitale aux seuls appétits américains.
Il s’agit d’une guerre pour le prestige et pour les importantes réserves pétrolières du Moyen-Orient. L’Irak a une énorme importance économique du fait qu’il détient 11% des réserves pétrolières mondiales. La soi-disant lutte contre le terrorisme n’est qu’un rideau de fumée pour les USA. Leurs principales motivations sont l’extension de leur sphère d’influence et l’approvisionnement en matières premières de leurs multinationales.
Qui sera victime de cette guerre?
Il est évident que la population irakienne est la victime toute désignée de cette guerre. Leur sang va couler pour les intérêts pétroliers de l’Occident. Les Palesti-niens devront à nouveau courir aux abris dès que la guerre éclatera. La guerre donnera carte blanche à Sharon pour réinvestir avec la brutalité qu’on lui connaît les territoires palestiniens. Mais qui va payer cette guerre? Il est clair que ce sont les travailleurs en Occident qui vont se voir présenter la facture.
On va d’abord et surtout assister à d’énormes transferts budgétaires des dépenses sociales vers les dépenses militaires. Cela signifie une atteinte au niveau de vie de la population. Mais la bourgeoisie en Occident va aussi utiliser cette guerre pour faire avaler sa politique néolibérale à la population. On va justifier les restructurations dans les entreprises avec des arguments du genre: «que voulez-vous, c’est la guerre,...». Ou: «on ne fait pas grève en période de guerre, n’est-ce pas?».
Une guerre en Irak aura des répercussions directes sur le prix du pétrole et donc sur l’économie. On peut s’attendre à ce que le prix du baril de pétrole (il oscille aujourd’hui entre 25 et 28 dollars) passe le cap des 40 dollars. Depuis l’entrée en vi-gueur de l’indicesanté (en 1993) les hausses de prix de l’essence, du mazout, du tabac, de l’alcool,... n’entrent plus en considération dans l’adaptation des salaires à la hausse des prix à la consommation. Cela implique que tous ceux qui possèdent une voiture et/ou qui se chauffent au mazout vont ressentir directement les effets de la guerre.
Le slogan "pas de guerre pour le pétrole" va devenir très concret pour beaucoup de gens. Vu que tous ces produits ont été évacués de l’index, le gouvernement belge n’hésitera pas - dans une tentative de sauver son budget - à prélever des «centimes de guerre» additionnels sur ces produits. Le gou-vernement allemand avait déjà pris ce genre de mesures l’année passée lors de la guerre en Afghanistan. La conscience se développe sur base des expériences concrètes. Bien que beaucoup de gens soient déjà prêts à protester contre une guerre, ce sont les événements qui feront progresser la conscience du plus grand nombre. Se pose dès lors la question de savoir comment le mouvement anti-guerre peut anticiper ces événements et quel est le programme qu’il doit mettre en avant pour pouvoir construire une participation massive des jeunes et des travailleurs.
Comment stopper cette guerre?
400.000 manifestants à Londres le 28 septembre, des centaines de milliers aux USA le 26 octobre, 1,5 million en Italie. L’opinion publique en Occident et surtout la mobilisation du mouvement anti-guerre peut jouer un rôle décisif dans la réussite ou l’échec de la politique guerrière des USA.
Le mouvement anti-mondialisation qui s’est développé ces dernières années y a déjà fortement contribué. S’il y a déjà des protestations de masse avant même que la guerre n’ait commencé, on le doit aux mobilisations des dernières années.
Un autre acquis de ces mobilisations est le regard critique qu’une partie croissante de la population pose désormais sur la politique des grandes puissances et des institutions internationales.
Les protestations de masse vont reprendre du poil de la bête dès que les premières bombes tomberont sur l’Irak. Des millions de gens dans le monde arabe vont laisser éclater leur colère contre les USA. Mais c’est dans les rues des villes européennes et américaines que le mouvement anti-mondialisation portera les coups décisifs.
Promouvoir la pureté anti-impérialiste ou proposer un programme à la population?
Lors des discussions sur les manifestations anti-guerre (10 et 17 novembre), certains se sont bornés à élaborer un programme «purement» anti-impérialiste. La tentative des grosses ONG d’édulcorer la radicalité de ce mouvement n’a rien de neuf et est même logique vu leur passé, leurs structures, leurs dirigeants,... Mais l’ambiguïté dont elles font preuve sur toutes sortes de questions implique-t-elle de rompre avec ces organisations dans la construction d’un mouvement de masse? Pour importante qu’elle soit, nous ne pensons cepen-dant pas que cette discussion sur le contenu de la plate-forme soit fondamentale. L’essentiel pour nous réside dans l’orientation vers les masses. Avec quel programme les nombreux militants anti-guerre seront-ils le mieux à même d’engager la discussion dans leur cercle d’amis, sur leur lieu de travail, dans leur famille,...?
Si un discours moralisateur pourra sans doute toucher la fibre pacifiste de quelques uns, on ne pourra pas faire l’économie de réponses concrètes aux expériences concrètes de la population. Outre un rejet justifié de la guerre, c’est d’après nous la question des hausses de prix des produits pétroliers, de l’aggravation de la crise économique,... qui occupera une place centrale dans la conscience. C’est pourquoi nous menons campagne autour des slogans suivants:
1. Stoppons Bush, pas de guerre contre le peuple irakien
2. Stop à l’embargo
3. Suppression de l’index-santé; rétablissement intégral de l’index
4. Pas d’impôts de guerre via des taxes supplémentaires
5. Aucune participation de la Belgique à la guerre
N’importe quel anti-impérialiste radical doit pouvoir utiliser ces revendications pour développer une argumentation qui parte de la conscience latente et tenter de faire pénétrer la résistance contre la guerre parmi les larges masses. Voilà la question centrale qui devrait monopoliser toute la discussion dans les organisations de gauche. La scission du mouvement entre une aile soi-disant radicale et les organisations, certes plus modérées, mais autrement puissantes que sont les syndicats et les ONG ne signifie rien d’autre qu’un affaiblissement du mouvement avant même qu’il ne démarre.
Nous nous trouvons aujourd’hui devant le fait accompli. Le MAS/LSP sera présent le 10 novembre pour expliquer notre méthode aux participants. Nous lançons dès à présent partout des comités anti-guerre ouverts à tous ceux qui veulent mener la discussion sur la guerre et sur le mouvement pour la stopper. Nous serons présents en masse le 17 novembre pour élargir ce mouvement au-delà de ceux qui sont déjà convaincus. Au-jourd’hui plus que jamais, nous devons nous tourner vers les larges couches de la population.
Bart Vandersteene