Brésil:
Victoire pour le Parti des Travailleurs

En octobre 61% des Brésiliens ont élu Lula da Silva comme président. Cette victoire a lieu dans un contexte de crise économique exacerbée. 50 des 175 millions de Brésiliens sont chômeurs ou semi-chômeurs.

Lula arrive au pouvoir dans un pays où les inégalités sociales sont gigantesques: 10% de la population possède 48% des richesses du pays. 60% des terres fertiles appartiennent à moins de 3% de gros propriétaires terriens. Les 20 plus grandes propriétés accaparent à elles seules la même surface que celle des 3,3 millions de petits paysans pauvres. A cause du “Plan Réal” de Cardoso, l’endettement du secteur public est passé de 28% en 1994 à 62%.

Le paiement des intérêts de la dette absorbe 55,1% des recettes courantes alors que 8,9% seulement du budget est consacré à l’enseignement.La politique catastrophique de Cardoso, qui a laissé piller l’économie par les entreprises et les banques étrangères, a eu pour effet qu’une partie des classes moyennes et de la bourgeoisie industrielle ont apporté publiquement leur appui à Lula. La voix de la bourgeoisie internationale The Economist a écrit que "l’élection de Lula serait un changement de pouvoir salutaire".

Autrefois, ces mêmes commentateurs bourgeois crachaient sur “Lula le Rouge”: avec Lula, le chaos règnerait dans le pays. Leur appui à Lula ne s’est pas fait sans garanties minimales accordées par “Lula light”. Celui-ci a été soutenu par une bonne partie de la direction du PT qui a déjà en vue des portefeuilles ministériels. Le Wall Street Journal Europe a écrit que "pendant la première campagne de Lula, un commentateur a averti qu’en cas de victoire, 800.000 entrepreneurs quitteraient le pays. Maintenant, ce sont les hommes d’affaires qui font la cour au Parti des Travailleurs dans les restaurants chics de Sao Paulo."

Lula n’a pas beaucoup de marge de manoeuvres pour son “Pacte Social” (qui réunirait l’ensemble des acteurs économiques et sociaux: “articulação”). Pour faire en sorte que la politique de Lula reste dans la ligne de celle de Cardoso, le FMI a consenti un prêt record de 30 milliards de dollars en octobre, dont 24 milliards serait libérés en 2003 à condition qu’un objectif d’un excédent budgétaire primaire de 3,75% du PIB soit atteint. Concrètement, cette rigueur fiscale ira de pair avec encore plus d’austérité dans les dépenses sociales. ON se demande comment Lula va tenir ses promesses de doubler le salaire minimum et d’éradiquer la faim. Etant donné la récession économique mondiale, il ne doit pas compter sur une hausse des exportations. On craint fort un deuxième scénario argentins.

Là où le PT était déjà au pouvoir localement, le Parti est parfois devenu très impopulaire. Cependant, beaucoup de travailleurs, de jeunes et de militants de gauche considéraient qu’une non élection de Lula aurait été une défaite. Son adversaire Serra est une marionnette de la bourgeoisie internationale. Les Brésiliens ont voté pour Lula, non pas à cause de sa ligne modérée, mais à cause de la puissante tradition de lutte exemplaire de la classe ouvrière brésilienne (entre autres les grèves contre la dictature militaire). C’était précisément en adoucissant son programme que Lula n’a pas remporté une majorité absolue au premier tour. L’élection de Lula renforcera la classe ouvrière brésilienne et la gauche révolutionnaire au sein et en dehors du PT, et aidera à monter la confiance en soi des masses opprimées partout en Amérique latine. Ce n’est qu’en prenant son sort en mains que la classe ouvrière pourra empêcher un scénario pareil à ce qui s’est passé en Argentine, et pourra construire un monde socialiste débarrassé de l’exploitation, de la guerre et de la pauvreté.

Les enseignants montrent l’exemple Juste avant les élections 1.500 enseignants ont fait grève à Cotia (tout près de Sao Paulo) contre les diminutions des salaires. En même temps il est clair que la municipalité locale a détourné l’argent qui était prévu pour l’enseignement. Le mouvement des enseignants, conduit par des camarades de Socialismo Revolucionario (notre association soeur Brésilienne qui travaille dans le PT), a manifesté le 7 octobre dans la ville. Cette manifestation a été attaquée brutalement par la police et de nombreux enseignants ont été arrêtés. Un des dirigeants de la grève, Miguel Leme, s’était présenté comme candidat du PT marxiste pour le parlement local. Miguel a mis en avant le slogan “pour un PT socialiste sans les patrons”. Il a obtenu 1.150 voix.

Emiel Nachtegael