Les élections en Turquie du 3 novembre se déroulent dans le cadre de la récession économique la plus importante de ce pays depuis 1945.
Selon les sondages l’AKP (Parti de la Justice et du Développement) obtiendrait jusqu’à 20% des voix et une majorité absolue au parlement. Etant donné le seuil électoral de 10%, seul le parti néo-fasciste MHP et le parti de Dervis seront représentés au parlement à côté de l’AKP. Les derniers sondages montrent qu’aussi le parti de Dervis, l’homme du FMI et ancien ministre des affaires économique, obtiendra à peu près 20%. Le parti du premier ministre actuel Ecevit, le Parti Démocrate de Gauche (DSP, un parti qui est ni démocrate, ni de gauche), retomberait de 22% à 2%.
La Turquie est traversées par une crise terrible. En raison de l’inflation galopante beaucoup de travailleurs, de petits commerçants et de paysans ont perdu plus que la moitié de leur revenu. Début 2001 plus de 500.000 emplois ont disparu en quelques mois. On n’a pu éviter la faillite totale du pays que grâce à un prêt du FMI de 16 milliards de dollars. Le FMI a réclamé en retour le démantèlement total du petit nombre de services sociaux que le pays avait encore, un programme de privatisations et l’ouverture du pays aux multinationales. Ces mesures ont encore aggravé la crise.
Apparemment deux options se dégagent pour après les élections. D’une part des politiciens «modernes» comme Cem, Özkan et Dervis, soutenus par la confédération patronale TÜSLAD, une partie des médias et bon nombre d’intellectuels. Ils soutiennent l’entrée dans l’Union européenne, l’application des plans du FMI et se prétendent partisans d’une "démocratisation" du pays. Ces politiciens ont notamment aboli la peine de mort et légalisé dans des limites strictes l’usage de la langue kurde. D’autre part il y a le MHP, la direction de l’armée et des parties du DSP morcelé. Ils sont contre l’abolition des lois répressives et s’opposent à ce que l’économie du pays soit bradée en faveur des multinationales. Le gouvernement Ecevit essaie de s’appuyer sur les deux ailes en prenant le MHP au gouvernement.
La contradiction apparente entre "démocrates" et "nationalistes" n’est néanmoins pas tellement claire. Ce sont les pseudo "démocrates" qui ont été responsables de l’application des mesures de répression. Au Kurdistan ils ont couvert les tortures et les assassinats politique commis par l’armée. L’AKP islamiste semble aller vers la victoire. Il proteste verbalement contre les conséquences de la crise économique et se présente comme une alternative pour les démunis. L’AKP profite du fait que beaucoup se détournent des prétendus "démocrates" qui défendent seulement les intérêts des multinationales et des "natio-nalistes" qui sont pour plus de répression et qui n’ont aucune solution à la crise économique. Aujourd’hui l’AKP essaie de se représenter comme un parti modéré et essaie de se comparer plutôt avec des partis conservateurs d’Europe occidentale plutôt qu’avec par exemple les Talibans.
Le fait que les néo-fascistes du MHP et les forces islamistes de l’AKP peuvent se présenter comme les défenseurs des travailleurs et des jeunes et le fait qu’ils sont perçus par beaucoup de gens comme une alternative est un reflet de la faiblesse de la gauche et du mouvement ouvrier en Turquie et au Kurdistan. L’organisation de gauche la plus forte dans le passé, le KADEK (l’ancien PKK), a abandonné tout point de vue sur la lutte de classe. Il défend un rapprochement avec l’Union européenne et compte sur la démocratisation du pays via cette voie. Le parti légal HADEP va dans la même direction. Malgré cela l’HADEP reste la seule véritable option pour beaucoup de socialistes lors de ces élections. Il est clair que ces élections seront remportées par des forces réactionnaires. Cela rendra la recomposition de la gauche et du mouvement ouvrier plus importante. Les marxistes en Turquie doivent se baser sur la résistance qui viendra des travailleurs et des jeunes contre les pertes d’emplois et contre les privatisations.
Claus Ludwig