Le Mouvement pour la Nation, un groupement fasciste, a tenté de mener campagne en août contre les grévistes de la faim afghans qui occupaient l’église Sainte-Croix de la Place Flagey à Ixelles. Les 3 et 10 août, ils ont organisé un rassemblement de protestation à proximité de l’église pour dénoncer "la profanation d’un lieu de culte». Ils annonçaient même leur intention d’entrer dans l’église pour défendre «le droit des Belges d’assister à la messe".
Lorsqu’ils ont appris les intentions des fascistes pour le 3 août, les jeunes du MAS et de Résistance Internationale ont décidé de réagir. Nous étions ce jour-là une bonne quinzaine sur la Place Flagey, soit à peu près autant que les fascistes. Notre présence a permis de les tenir à l’écart de la place et de son marché dominical. Le dimanche suivant, les fascistes ont voulu remettre ça. Nous avons voulu mobiliser plus largement en diffusant un tract la veille lors d’un rassemblement de solidarité avec les grévistes de la faim. Nous étions à nouveau une quinzaine sur la Place avec nos autocollants antiracistes bien visibles. La campagne des fascistes est finalement tombée à l’eau avec l’issue plutôt favorable de la lutte des réfugiés afghans.
Aurions-nous dû mobiliser encore plus largement pour empêcher physiquement les fascistes de manifester? Ou bien, au contraire, n’avons-nous pas réagi de façon excessive aux provocations d’un groupuscule? La réponse doit être nuancée. D’un côté, il faut bien reconnaître que notre appel à contre-manifester le 10 août n’a trouvé aucun écho parmi les gens actifs dans les comités de soutien aux Afghans. D’un autre côté, nous ne pouvions pas non plus rester les bras ballants face à ce qui était bien davantage qu’une simple provocation. En fait, Nation essaye de combler le vide laissé par les autres partis fascistes francophones - le FN et ses multiples scissions - qui n’ont aucune activité autre qu’électorale. Le but des fascistes est de construire à terme un parti réactionnaire de masse capable de détruire le mouvement ouvrier par la violence physique. Pour ce faire, ils doivent accumuler et former un noyau de cadres. C’est l’existence d’un tel noyau de cadres qui a fait du FN français et du Vlaams Blok en Flandre ce qu’ils sont devenus aujourd’hui. C’est dans ce contexte qu’il faut voir la campagne avortée de Nation contre les réfugiés afghans. C’était une campagne d’agitation destinée à resserrer les liens avec leur périphérie proche d’une part, à élargir leur audience dans la population d’autre part. C’est pourquoi nous avons eu raison de mobiliser contre eux, car notre action a contribué à les isoler du reste de la population. Mais nous n’avons pas cherché la confrontation avec les fascistes, car nous ne voulions pas nous couper des habitants qui étaient prêts à soutenir les réfugiés afghans mais qui n’étaient pas prêts à une telle confrontation. On ne peut remporter la bataille contre l’extrême droite qu’avec la population, pas contre ou sans elle.
Thierry Pierret