Il y a quatre ans, la progression électorale des verts a été dopée par la crise de la dioxine qui avait éclaté peu de temps avant les élections. Il n'en sera plus de même cette fois-ci. Pour les verts, qui prétendaient "faire de la politique autrement", et plus particulièrement pour les électeurs qui leur ont fait confiance, c'est l'heure du bilan.
Droit d'asile
La crise de la dioxine n'a pas été le seul moteur de la progression électorale des verts. Après l'assassinat de Semira Adamu et les nombreuses manifestations contre les centres fermés, beaucoup d'électeurs d'Ecolo avait placé leurs espoirs en une politique d'asile plus humaine. Aujourd'hui, Ecolo se vante d'avoir "permis la régularisation de 50.000 sans papiers". Il faut cependant constater, d'abord que plusieurs gouvernements européens - sans ministres verts - ont adopté de semblables mesures au cours des années récentes, ensuite que ces régularisations limitées ont servi d'alibi pour durcir la politique d'asile. Après 4 ans de participation gouvernementale d'Ecolo, aucun centre où sont enfermés sans jugement des demandeurs d'asile (y compris des enfants!) n'a été fermé. Les expulsions ont repris de plus belle et aucun ministre Ecolo n'a trouvé utile de démissionner. De temps à autre, le sénateur Ecolo Josy Dubié a été envoyé au centre 127 bis de Steenokkerzeel lorsque la situation devenait trop critique, mais cela s'est toujours limité à des protestations verbales. Le seul qui ait eu le courage de tirer les conclusions nécessaires est Vincent Decroly qui ne se représentera plus aux élections sous la bannière des verts.
Nucléaire
Olivier Deleuze, secrétaire d'Etat Ecolo à l'Energie et ancien responsable de Greenpeace, se targue d'avoir mis un terme au développement du nucléaire en Belgique. Il a sûrement dû mal lire ce qu'il signait car ce qui est prévu est de mettre hors d'activité les centrales nucléaires... au moment où elles seront en "fin de carrière" (autrement dit quand elles auront été complètement amorties). A charge sans doute de la collectivité de supporter, à ce moment-là, le coût de la décontamination des sites et de la gestion des déchets nucléaires. Absolument rien ne garantit le démantèlement du nucléaire. Les textes prévoient d'ailleurs qu'il faudra reconsidérer la situation en fonction "d'événements imprévus". Et d'ici là, qui peut garantir qu'Ecolo sera encore au gouvernement? Une chose est sûre, Deleuze a eu en main un portefeuille ministériel stratégique et il n'a jamais contesté la main-mise du trust Electrabel sur la production et la distribution d'électricité en Belgique.
Transport
Isabelle Durant, ministre des Transports et de la Mobilité, Vice-Première ministre, incarne sans doute le mieux la mutation d'Ecolo qui est passé d'un groupe politique - qui se voulait contestataire - à un parti bourgeois gestionnaire du capitalisme. Sous prétexte de promouvoir le rail elle a fait appel à Karel Vinck - un patron qui a fait ses armes chez Eternit, Bekaert et Union Minière - pour diriger la SNCB. Les syndicats ont été éjectés du conseil d'administration et on prévoit la suppression de plusieurs milliers d'emploi au cours des prochaines années. Un ministre libéral des transports n'aurait sans doute pas fait mieux.
Droit de vote
Le droit de vote pour les immigrés était un cheval de bataille pour Ecolo. Sous pression du VLD, les sociaux-démocrates (PS, SP.A) et le MR ont renoncé à accorder les droits politiques à tous ceux qui vivent en Belgique et qui, par leur travail, contribuent à la richesse de notre pays. Au nord comme au sud du pays, les verts se sont aplatis pour pouvoir rester au gouvernement. Comme disait Henri IV: "Paris vaut bien une messe!".
Pire encore, Ecolo a soutenu une modification antidémocratique de la loi électorale telle que l'instauration d'un seuil de 5% pour avoir des députés. Avec une telle loi, Ecolo n'aurait jamais eu d'élus à ses débuts. On n'est jamais si bien servi que par soi-même...
On pourrait aussi évoquer l'hypocrisie de la livraison des mitrailleuses FN à la "démocratie naissante" du Népal, la fin des compétitions automobiles à Francorchamps et le soutien d'Ecolo à la politique hypocrite du gouvernement belge qui prétend être contre la guerre en Irak tout en laissant charger les bateaux de guerre américains à Anvers. Faute de place, nous ne pouvons tout développer. Les quelques exemples cités illustrent suffisamment qu'Ecolo est devenu un parti bourgeois gestionnaire comme les autres. Et si les autres partis (MR, PS, CDH) lui mènent aujourd'hui la vie dure ce n'est pas parce qu'Ecolo remet en cause le capitalisme, mais parce que les autres partis souhaitent récupérer des voix pour caser leur personnel politique.
Il y a quelques années, certains responsables du Parti communiste, trouvant sans doute trop aride la tâche de lutter avec le mouvement ouvrier se sont recyclés en responsables Ecolo. Certains responsables du POS ont cru bon de se faire élire aux élections communales sur des listes Ecolo. En ce qui nous concerne nous n'avons jamais entretenu la moindre illusion sur Ecolo. Dans une société divisée en classes sociales, un parti qui ne se positionne pas dans le camp des travailleurs est automatiquement dans le camp bourgeois. Contrairement à la social-démocratie, Ecolo n'a pas dégénéré car il n'a jamais été dans le camp ouvrier. Pour paraphraser leur slogan, on peut affirmer sans se tromper qu'Ecolo c'est "une autre façon de faire la même politique".
Guy Van Sinoy