Les travailleurs de la STIB ont été roulés dans la farine par les bureaucrates de la CGSP lors de la convention collective 2003-2004.
Au départ la revendication était une augmentation salariale de 75 euros par mois. Au cours des négociations, il est arrivé ce qui arrive souvent: la direction est venue avec son propre cahier de revendications et l'a imposé avec la complicité de l'appareil syndical.
C'est un fameux recul sur le plan social: la revendication de 75 euros est tombée à l'eau, les nouveaux embauchés le seront sous un statut plus défavorable que les travailleurs actuels. C'est instaurer la division chez les travailleurs car d'ici 10 ans une bonne partie du personnel dépendra du nouveau statut et une autre de l'ancien.
Mais le recul le plus grave concerne la durée du travail. Depuis longtemps à la STIB, la règle des 8 heures fixait la durée de la journée de travail: si la durée de conduite d'un tram ou d'un bus était par exemple de 7h42, on considérait que la journée était de 8 heures. La direction devait se débrouiller pour faire approximativement coïncider la planchette horaire d'un conducteur avec la journée des 8 heures. La durée moyenne hebdomadaire du travail étant de 37h30, les travailleurs avaient droit à 16 jours par an de congés compensatoires de réduction du temps de travail (RTT). La nouvelle convention balaye la journée des 8 heures et instaure le calcul du temps de travail sur base annuelle, c'est-à-dire sur base de l'addition de toutes les planchettes horaires d'une année et d'une moyenne. Concrètement, en fonction des horaires, certains conducteurs perdront des jours de RTT.
De plus, une assurance soins de santé - privée - est instaurée (obligatoire pour tous les travailleurs à durée indéterminée engagés depuis un an au moins). Le coût annuel pour la STIB est plafonné à 2,1 millions d'euros et supprime toute autre intervention de la STIB en matière de soins de santé.
Par quel tour de passe-passe l'appareil de la CGSP est-il parvenu à faire avaler cette potion aux travailleurs? La majorité des délégués étaient opposés au projet de convention, mais ils n'ont pas pu voter. Seuls les délégués principaux de chaque dépôt ont pu voter. Les votes ont été comptabilisés en attribuant bureaucratiquement (les travailleurs n'ayant pas été consultés) à chaque délégué principal un nombre de voix égal aux nombres d'affiliés de son dépôt. Ils ont donc voté selon la règle capitaliste dans un conseil d'administration: untel a autant de voix car il détient autant d'actions. Au lieu d'appliquer la démocratie ouvrière dans le syndicat on applique la démocratie capitaliste.
La démocratie ouvrière aurait exigé d'abord que les travailleurs soient correctement informés du projet de convention lors d'assemblées générales dans les dépôts. Ensuite que les travailleurs votent, soit par bulletin secret, soit en élisant des délégués à un congrès régional chargé de se prononcer sur la convention (sur base par exemple d'un mandaté par 50 syndiqués). Au lieu de cela quelques délégués principaux, proches de l'appareil, ont voté bureaucratiquement sans tenir compte de la base et des autres délégués. Il faudra en tirer les leçons pour le futur.
Correspondant