Alors que les premières bombes s’écrasaient à Bagdad, un mouvement de protestation contre la guerre se déclenchait. Le MAS veut mener la discussion au sein du mouvement antiguerre sur les raisons de la guerre. Le capitalisme est-il possible sans guerres destructrices? Comment mettre un terme définitif à toutes les guerres? Pourquoi il faut être anticapitaliste et pour le socialisme?
Par Peter Delsing
> Concurrence entre les états-nations
La classe dominante dans cette société, la bourgeoisie, qui possède les grandes entreprises, a détrôné les grands propriétaires terriens qui étaient la classe dominante antérieure. Elle s’est débarrassée de façon révolutionnaire des régimes féodaux opposés les uns aux autres et morcelés par des taxes et des monnaies.
De grands états-nations ont été mis en place, sur base d’une monnaie unique et, de préférence, d’une langue unique. En même temps, chaque gouvernement bourgeois a été contraint de défendre les intérêts de sa propre bourgeoisie contre celle des autres pays. Le capitalisme, fondé sur la concurrence entre les différentes entreprises capitalistes - avec une productivité toujours plus élevée et les profits qui en découlent - implique une recherche permanente de nouveaux marchés extérieurs et de nouveaux horizons pour investir.
La Première Guerre mondiale a été la conséquence de la concurrence entre les différents pays capitalistes afin de s’approprier la plus grande part possible du marché mondial. Au début du 20e siècle, l’Allemagne avait dépassé la Grande-Bretagne sur le plan industriel. Mais le développement capitaliste de l’Allemagne avait commencé plus tard. Alors que la Grande-Bretagne et la France et d’autres rapaces impérialistes se partageaient l’Afrique et une grande partie de l’Asie dans les années 1870, l’Allemagne commençait seulement son envol industriel.
En 1914, la Grand-Bretagne possédait des colonies peuplées de 393 millions d’habitants et ayant une superficie totale 11 fois plus grande que celle des colonies allemandes peuplées quant à elles de 12 millions d’habitants. Le géant économique allemand en pleine ascension se sentait à l’étroit, bridé dans ses capacités à trouver des marchés extérieurs et un accès aux matières premières à bon marché. Les exportations allemandes avaient quadruplé entre 1875 et 1913 alors que les exportations britanniques n’avaient que doublé dans le même laps de temps. Il en résulta une concurrence exacerbée sur le marché mondial.
Cela s’est traduisit aussi par une croissance de la militarisation. La marine allemande prit rapidement de l’extension. C’est l’époque où le producteur allemand de canons Krupp bâtit une fortune. Les dépenses de l’armée britannique doublèrent dans les deux décennies qui suivirent.
Aujourd’hui, l’entreprise Halliburton, dont le vice-président américain Dick Cheney est un gros actionnaire, est en première ligne pour reconstruire l’Irak après sa destruction sous un déluge de bombes. La Première Guerre mondiale a été la conséquence de la rivalité entre les états capitalistes concurrents: conflits coloniaux en croissance, militarisation, alliances entre pays aux intérêts divergents au sein de l’Europe, épuisement des possibilités de profit dans les colonies et crise économique qui a eu pour effet d’étendre le chômage en 1913-14.
L’Internationale socialiste qui, en 1907, avait encore appelé à la grève générale internationale contre la guerre, fit marche arrière en 1914. Par conséquent, elle livra les travailleurs à la boucherie sanglante que fut la guerre 14-18. Cela montre la responsabilité que portent aujourd’hui les dirigeants syndicaux. Sans la complicité silencieuse des «dirigeants du monde ouvrier» pro capitalistes, une guerre pour l’hégémonie et le pétrole ne serait pas possible.
> Les contradictions insolubles du marché capitaliste
Lors de la grande dépression de 1873-1896 - il y avait surcapacité de production par rapport à la demande en marchandises - l’impérialisme permit aux capitalistes de tirer leur épingle du jeu. Mais cela a abouti inévitablement à la catastrophe 14-18: un capitaliste, concurrence oblige, ne peut tout simplement pas décider seul de mettre fin à l'augmentation de la production et à la course aux bénéfices sous peine de lui-même disparaître au profit de ses concurrents.
Dans les années 20, le système est en crise. A la fin des années 20, il est à bout de soufle, ce qui se manifestera par une nouvelle crise de surproduction.
Sous le capitalisme, les producteurs ne tirent pas la plus-value à partir des machines ni des matières premières, mais du surproduit non rémunéré créé par le travail salarié.
La force de travail est la seule marchandise qui engendre plus de valeur qu’elle ne coûte. Les salariés ne sont pas rémunérés pour l’intégralité de ce qu’ils produisent pendant leurs huit heures de travail. Ils travaillent pour pourvoir à leurs besoins quotidiens et pour créer une plus-value empochée par le capitaliste. Cette exploitation (la plus-value: partie non rémunérée du travail) fait que la majorité de la population est dans l’impossibilité d’acheter la totalité des produits et des services qu’elle a produite. Le problème fonda-mental des années 20 était que la hausse des salaires ne suivait pas celle de la production. De 1920 à 1929, le salaire horaire dans l’industrie américaine a augmenté en moyenne de 2%, tandis que la productivité des ouvriers augmentait de 55%! Ce qui a, bien entendu, engendré un répartition inégale des richesses.
En même temps, une autre tendance au sein du capitalisme est apparue. La croissance de la production des biens de d'investissements (machines, matières premières) dans les années 20 a plus que doublé par rapport à la croissance de la production des biens de consommation.
Sous la pression de la compétition, les capitalistes investissaient davantage dans les machines, ce qui permettait d’augmenter la productivité des travailleurs (pour éliminer la concurrence en cassant les prix). Et ce, bien qu’il n’y ait que la force de travail qui engendre une plus-value. Ce qui a donc provoqué une baisse du taux de profit.
Les avantages de l’utilisation de technologies qui suppriment de la main-d’oeuvre et donc diminue les coûts (prix plus bas et gains de plus grandes parts de marché) sont souvent neutralisés parce que les autres capitalistes appliquent les mêmes innovations technologiques. Si le marché ne se développe pas suffisamment, les profits sont à nouveau sous pression.
La crise de 1929 a été la crise la plus profonde du capitalisme depuis sa naissance: entre 1929 et 1932, la production mondiale industrielle a diminué de 36,2%, le chômage aux USA a augmenté de 25%, les salaires ont baissé en moyenne de 30%.
En Allemagne, le score électoral des nazis, auparavant dérisoire, a explosé: en mai 1928 ils obtenaient 2,6% des voix, en juillet 1932 37,4%!. La victoire des nazis a été rendue possible, en partie, par la trahison des dirigeants sociaux-démocrates (PS) et staliniens (PC) allemands qui ont refusé d’unir les forces de la classe ouvrière allemande contre le fascisme. La défaite des travailleurs allemands en 1933 devant Hitler allait ouvrir la porte à la Deuxième Guerre mondiale.
> La guerre pour le pétrole et la domination
Depuis la moitié des années 70, le capitalisme mondial est à nouveau face à une crise de surproduction. La croissance est en déclin par rapport aux années 50 et 60, un chômage structurel s’est installé, les salaires ont baissé, la sécurité sociale est mise à mal, les conditions de travail empirent.
En Belgique le chômage a progressé à chaque récession depuis 1974. Les périodes de faible reprise économique n'ont pas permis d'absorber le chômage créé par récession précédente. La crise s’aggrave, comme Marx l’avait prévu, de récession en récession. Dans la société capitaliste, tout mesure prise par les capitalistes pour retrouver leurs profits creuse le fossé entre la production et le pouvoir d’achat de la majeure partie de la population. L’endettement de l’état, des familles et des entreprises repousse temporairement ces problèmes à plus tard.
L’instabilité et les crises du capitalisme s’aggravant de plus en plus, les guerres deviennent inévitables dans ce système. Bush veut exporter la crise économique des Etats-Unis en changeant les rapports de forces au niveau international. Le contrôle des réserves de pétrole en Irak et au Moyen-Orient pourrait devenir une arme puissante contre la concurrence capitaliste, En diminuant le prix du pétrole, les multinationales peuvent réduire, temporairement seulement, la pression sur leurs profits.
Le véritable danger pour l’impérialisme US n’est pas l’existence de dictateurs créés par ce système pourri, mais plutôt un mouvement mondial de la classe ouvrière et des opprimés. Ce n’est que dans une société où l’économie sera démocratiquement planifiée sur les besoins de tous et sur une coopération internationale et volontaire que l’on pourra mettre fin au gaspillage aveugle des crises capitalistes et aux guerres de domination.