Dans la nuit du 19 au 20 février, un incendie a causé la mort de 7 personnes dans un immeuble à logements sociaux de Mons. Les pompiers ont identifié 2 foyers d’incendie et ils ont trouvé des traces de produits inflammables.
L’origine criminelle du sinistre ne fait donc aucun doute. Un fait divers tragique? Pas seulement. Ce drame a remis en lumière la situation peu reluisante du logement social dans notre pays. L’immeuble sinistré était dépourvu de système anti-incendie. Ou, plus exactement, les détecteurs de fumée étaient débranchés et les fils des alarmes incendie arrachés. La société de logement social n’avait pas jugé utile de les remplacer. Le reste de l’équipement est à l’avenant: ascenseurs en panne, éclairage déficient,... La faute aux locataires? L’immeuble est accessible au tout-venant et il est donc difficile de faire la part des dégradations dues aux locataires et de celles dues à des intrus. Quoi qu’il en soit, on ne peut nier que le logement social souffre d’un désinvestissement chronique.
D’après le gouvernement wallon lui-même, il faudrait un milliard d’euros pour rénover l’ensemble des logements sociaux en Wallonie et pour les mettre en conformité avec les règles de sécurité actuelle. La majorité des logements sociaux en Wallonie ont été construits sur base de règles anciennes. D’après les sociétés wallonnes de logements, il faudrait rénover et sécuriser pas moins de 40.000 logements sociaux, soit 40% du parc locatif. A Bruxelles, la situation n’est pas meilleure. D’après le cadastre, 19% des logements sociaux à Bruxelles n’ont ni salle de bain ni WC intérieur (56% dans certains quartiers!); 38% ne disposent pas du chauffage central et la moitié des habitations sociales ne correspondent pas aux normes minimales de confort. Il manque en outre 20.000 logements sociaux et ce sont surtout les familles nombreuses qui en font les frais: de 15.000 à 20.000 familles bruxelloises sont sur les listes d’attente. Pour ces familles, le logement social est souvent la seule issue envisageable vu la pression à la hausse qui s’exerce sur les loyers à Bruxelles: ils y augmentent de 5 à 6% en moyenne de plus qu’ailleurs dans le pays. Alors que le loyer moyen est de 740 euros par mois, il n’est que de 200 euros dans le logement social.
Pendant des années, les partis traditionnels ont laissé pourrir le logement social. Avec pour conséquence des drames comme celui de Mons. La spéculation immobilière galopante a chassé vers le logement social toute une population appauvrie par des années de politique néolibérale.
La hausse du chômage a fait des anciennes cités ouvrières des bastions de la pauvreté où les tensions sont énormes. Pour remédier à cette situation, il faut certes rénover le parc de logements sociaux existant et mettre en oeuvre un programme massif de construction de nouveaux logements sociaux pour satisfaire l’ensemble des besoins. Mais il faut aussi relever les allocations sociales et briser le carcan de la "modération salariale".
Il faut diminuer le temps de travail sans perte de salaire et avec embauche compensatoire pour résorber le chômage. Ce n’est qu’en éradiquant la misère présente dans la société tout entière qu’on pourra éviter qu’elle ne se cristallise dans le logement social.
Cela implique de rompre avec la politique néolibérale et de lutter pour une société socialiste où le logement ne sera plus considéré comme un capital à faire fructifier, où le parc immobilier sera placé sous le contrôle de la population qui vit dans ses murs.
Thierry Pierret