Quelles perspectives pour la nouvelle coalition?

Le SP.a et le PS ont gagné les élections. Ces voix viennent, à côté de la récupération des voix des verts, principalement d’électeurs inquiets de la situation économique qui leur semble, à juste titre, grave. Craignant un recul en matière de pensions, de sécurité sociale, ces électeurs ont voté pour les sociaux-démocrates.

Le gouvernement précédent disposait d’une certaine marge de manoeuvre en raison de la croissance économique en 1999. Son successeur devra s’en passer. L’Allemagne et les Pays-Bas, qui prennent 40 à 45% du commerce extérieur de la Belgique, sont déjà en récession.

La nouvelle équipe donnera donc un coup d’accélérateur en matière d’austérité. Le principal économiste de la société boursière Petercam résume ainsi la situation: "Si les responsables politiques ne retirent pas leurs promesses électorales, de nouvelles coupes budgétaires s’imposeront dans deux ans." Il mentionne en même temps la nécessité de faire des choix en matière de sécurité sociale: réduire le nombre d’allocataires ou réduire le montant des allocations en dissociant leur montant de la hausse du coût de la vie.

Face à une croissance économique estimée au maximum à 0,75%, ce responsable de Petercam évoque les mesures prises aux Pays-Bas où 20.000 fonctionnaires sont menacés de licenciement. Ou encore à l’Allemagne où Schröder veut limiter dans le temps les indemnités de chômage. Une croissance aussi réduite est insuffisante pour créer de nouveaux emplois.

La possibilité que l’Europe soit entraînée dans une spirale déflatoire est réelle (baisses de prix par les entreprises pour se débarrasser de leurs produits). Le taux d’intérêt a atteint le ni-veau le plus bas depuis des décennies. Même s’il est moins cher maintenant d’emprunter de l’argent, les prix continuent à chuter. Cela montre que la crise s’aggravera: cette situation peut aboutir à une récession simultanée au Japon, aux Etats-Unis et en Europe.

Le gouvernement devra certainement tenir compte de ces effets après les élections régionales de 2004. Il tentera, par la vente des biens publiques, de reporter les mesures les moins populaires après ces élections. Il n’empêche qu’il sera confronté à une réalité économique inéluctable. Il prendra des mesures asociales dans des dossiers tels que l’emploi, les soins de santé, les retraites, etc. Et il continuera la privatisation des services publics (la SNCB, La Poste, etc.).

Le SP.a et le PS seront coresponsables de cette politique. De par leur poids accru dans le nouveau gouvernement, ils ne pourront plus nier leurs responsabilités. La marge budgétaire du prochain gouvernement sera très étroite. En ce sens, un scénario à la française n’est pas exclu. Lors des élections présidentielles, le candidat du Front national était arrivé en deuxième position, devant le PS, en raison de l’aversion des électeurs pour la politique asociale du gouvernement Jospin.

A terme, une percée électorale de l’extrême-droite - y compris en Wallonie - n’est évitable qu’en construisant une opposition de gauche conséquente. Tant qu’un nouveau parti des travailleurs, large et combatif, ne se dégage pas à partir des luttes sociales, le meilleur moyen de préparer la recomposition du mouvement ouvrier est de rejoindre les rangs du MAS-LSP.


Nikei Depooter