Les différentes conférences internationales des Nations-Unies sur l’environnement (Rio, Kyoto, Johannesbourg,...) ont mis en évidence une seule chose. Les superpuissances capitalistes ne sont capables que de faire des belles déclarations avec des objectifs sur papier qui ne sont que de vagues engagements sur la protection de l’environnement. Presque personne, à part le porte-parole des trusts pétrolier américains - George Bush - ne nie le développement d’une crise environnementale de grande envergure. Pour en citer quelques éléments: la pollution radioactive, le trou dans la couche d’ozone, les pluies acides et l’émission des poisons non nucléaires (métaux lourds, dioxines, dioxide sulfureuse, etc.); des espèces en voie d’extinction, la dégradation du sol, la disparition progressive des bois, la pêche intensive et l’épuisement des matières premières comme les minéraux et les combustibles fossiles.
L’attitude des superpuissances face à l’effet de serre illustre le cynisme des dirigeants de ce monde. Depuis le début de la révolution industrielle, il y 200 ans, la quantité de CO² dans l’atmosphère a augmenté d’un quart, la concentration de méthane a doublé. Ce sont les gaz à effet de serre les plus connus, qui sont moins trans-parents pour la lumière solaire reflétée, d’où la création d’un effet de serre et donc une hausse de la température globale.
L'Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC) estime la montée du niveau des mers à un mètre au cours de ce siècle. Cela signifie l’inondation d’une immense superficie de terre, en particulier au Bangladesh et en Egypte. Un changement de climat peut provoquer des sécheresses, des difficultés causées par l’eau et même des froids polaires. Ce seront surtout les couches les plus pauvres de la population mondiale qui seront sinistrées. Les économistes bourgeois analysent le rapport coût/bénéfices des mesures restreignant l’effet de serre. Les catastrophes écologiques et humanitaires à venir ne sont examinées que sous l'angle du profit.
Telle était d’ailleurs la philosophie de base du protocole de Kyoto. L’objectif, revu à la baisse, fixait la réduction des émissions de gaz à effet de serre au niveau celui de 1990. Chaque pays s’est vu attribuer un certain nombre de droits d’émissions, qui sont contournables puisque les pays qui n’atteignent pas cette norme de pollution sont libres de revendre leur droit de polluer à des pays riches qui ont atteint ou dépassé la norme.
Au début, les ministres verts s’étaient opposés au commerce d’émission du CO2. Mais finalement la Belgique, représentée par Olivier Deleuze, a été le pre-mier pays européen à annoncer sa volonté d’acheter une partie des droits d’émissions de gaz à effet de serre de la Russie.
La Russie dispose d’un surplus car son industrie s’est effondrée après la chute du Mur de Berlin en 1989. De cette façon, notre pays peut con-tourner les normes de Kyoto (la réduction de 34 millions de tonnes de CO²) sur le dos de la misère économique de la population russe. Ici aussi, le raisonnement financier macabre ne prend pas en compte les conséquences pour l’homme et l’environnement.
Pour Bush et ses sponsors - les barons du pétrole et les marchands de canons - les objectifs décidés à Kyoto étaient encore trop élevés. Selon un calcul savant, exagéré, Kyoto coûterait chaque année 400 milliards $ aux Etats-Unis, ce qui signifierait en fait une hausse des charges des entreprises. En pleine crise économique, ce n’est pas négociable. On se heurte ici à une des caractéristiques du capitalisme. Le profit prime sur tout le reste. Les mesures de protection environnementale affaiblissent la position concurrencielle des entreprises.
En premier lieu, les efforts pour imposer des règles sont réduits à néant par les pressions exercées par les lobbies traditionnels et par le personnel politique bourgeois tel que Verhofstadt et Bush. Ensuite, si sous pression de la population ou de militants écologistes, un mouvement de protestation s’organise, la réponse des industriels est de menacer de délocaliser.
Les propriétaires des moyens de production au sein du capitalisme sont si puissants qu’ils dominent la politique et arrivent à imposer une politique servant leur intérêts au détriment des intérêts de la population et l’environnement. Même si on se rend compte que des mesures s’imposent, alors la concurrence ou une récession économique imposera de ne pas tenir compte de ces mesures. Une des armes favorites des partis verts est d’imposer de nouvelles taxes: sur l’émission du CO², sur la consommation d’énergie,... Mais ces taxes touchent d’abord les familles à faible revenu, car elles dépensent proportionnellement une grande partie de leur revenu au chauffage et à l’énergie. Il s’avère aussi en pratique que beaucoup d’entreprises échappent à ces taxes, qui, en fin de compte frappent surtout les plus pauvres.
Il n’y a pas de règle environnementale plus injuste sur le plan social que les écotaxes. Elles font endosser au consommateur la responsabilité des méthodes de production et de distribution capitalistes. De plus, ceux qui ont les poches pleines peuvent continuer à polluer. Enfin, il s’avère que les Etats-Unis devraient hausser les impôts de 100% pour atteindre les objectifs de Kyoto. Cela toucherait les profits des entreprises américaines d’une telle façon qu’il serait difficile d’imposer ces mesures. Résoudre les problèmes environnementaux au sein du capitalisme est une mission impossible.
Le programme et la stratégie des partis verts ont donc des limites très étroites. Prenons par exemple la revendication de la croissance zéro. Un capitalisme sans croissance signifie des licenciements massifs, le chômage et la misère. Entre-temps, les Verts s’engagent à "partager davantage les richesses avec les pays pauvres". Ils entendent par là que la population des pays capitalistes développés touchée par la crise pourra encore moins consommer. Nous sommes opposés à ce "partage de la misère". La question se pose avant tout de savoir si les gouvernements sont capables de contrôler l’économie mondiale. Les règles du capitalisme sont fondées sur la concurrence internationale et la recherche du profit maximal: les gouvernements ne peuvent influer sur les événements de façon restreinte.
Voilà pourquoi beaucoup d’écologistes plaident pour une économie à petite échelle, "Small is beautiful!". Et même s’ils parvenaient à faire tourner la roue de l’Histoire à l’envers et revenir à la petite production, dans la société capitaliste le processus de croissance et de concentration pourrait de toute façon redémarrer. Ainsi, les propositions et la logique des écologistes ne résistent pas à une analyse sérieuse. La vraie question est alors de savoir si les marxistes disposent d’une alternative.
Le socialisme: condition pour le développement durable
Les marxistes qui sont partisans de construire une société socialiste où les travailleurs et la population décideront démocratiquement de ce que l’on produit et comment on le produit n’ont évidemment rien à voir avec les dictatures staliniennes de l’ancien Bloc de l’Est ou de la Chine d’aujourd’hui. La planification démocratique crée la possibilité d’orienter l’économie vers la satisfaction rationnelle des besoins de l’humanité. La course obsessionnelle capitaliste à la croissance et au profit maximum cesseront d’exister quand les moyens de production seront en propriété collective.
Pour la première fois depuis la naissance de la société de classe, une croissance économique peut être planifiée en tenant compte des capacités de la planète et des ressources en matières premières. Ce développement harmonieux entre l’homme et la nature est indispensable pour éradiquer la pauvreté et maintenir la paix mondiale.
Mais comment éviter que cette croissance ne pèse encore plus sur l’environnement? D’une part il y aura des économies d’énergie grâce à la production de biens durables et donc plus économiques, d’autre part il faudra avoir recours à des sources d’énergie renouvelables. L’information scientifique et la recherche en matière d’énergie alternative, telle que la fission nucléaire, sera à la disposition de chaque chercheur. Des gaspillages inutiles d’énergie comme la publicité et le développement parallèle de marchandises telles différentes marques de poudres à lessiver quasi identiques ou de médicaments par des entreprises concurrentes, disparaîtra. L’industrie de l’armement sera abolie.
Grâce au plein emploi, les besoins humains réels seront davantage mis en avant et le gaspillage des campagnes publicitaires n’existera plus. Le plus prometteur encore sera la libération des forces créatives du monde du travail, aujourd’hui totalement aliénées ou opprimées par des conditions de travail subordonnées au profit. Chaque période révolutionnaire de l’histoire qui a vu une classe se libérer du joug d’une autre classe s’est aussi manifestée par une révolution sur le plan de la créativité et del’inventivité dans les arts, la culture et la science.
Il est impossible d’estimer quel progrès la fin de la société de classe offrira à l’humanité. Nous savons en revanche que le contrôle de la bourgeoisie sur la science et sur la technique nous pousse vers la barbarie. Seule une société socialiste pourra créer les conditions d’une science neutre au service de l’humanité et de l'environnement.