Aujourd’hui, tout ouvrier, employé ou agent des services publics a de quoi ouvrir son journal avec appréhension. Les restructurations, les licenciements et les fermetures pleuvent. Rien d’étonnant que les chiffres du chômage aient crû de 20% en 2002, et même de 25% pour les jeunes.
Par Anja Deschoemacker
Au cours des neuf premiers mois de l’année 8.910 jobs ont été perdus lors de licenciements collectifs. Un record: le nombre le plus élevé depuis 7 ans. Il y a en plus les fermetures de Philips (Hasselt), Hoverspeed et de nombreuses entreprises plus petites. Sans compter les restructurations dans presque toutes les multinationales. En 2002 les investissements des entreprises ont baissé de 14,9%: la plus forte baisse depuis 1993. Et on ne voit pas la fin du tunnel. Un an après la faillite de la Sabena, seuls 67% des ex-sabéniens ont trouvé un emploi en Flandre, 48% en Wallonie et 24% à Bruxelles! Et dans les services publics les plans de réduction du personnel se multiplient.
Heureusement les travailleurs réagissent. A Malines, Anvers, Gand, les travailleurs communaux sont descendus dans la rue. La grève du 5 novembre de la STIB a été suivie à 100%. Les agents de la Protection civile ont mené une lutte acharnée. A Hasselt, une manifestation a réunis tous les travailleurs de la région, en solidarité avec ceux de Philips.
A Cockerill (Liège), une catastrophe sociale s’annonce et les organisations syndicales ont prévu une grève pour le 6 janvier, face à la rumeur de suppression de 2.000 emplois. Le gouvernement a pu éviter à la dernière minute une grève des cheminots.
La manifestation à Hasselt exprimait à la fois l’inquiétude croissante et une volonté de lutte,... mais en même temps un certain sentiment d’impuissance. En l’absence d’une volonté de lutte des directions syndicales, la résignation s’installe. Plus la riposte des travailleurs sera faible, plus les patrons seront agressifs. Une fois de plus les directions syndicales ont montré le mauvais exemple en négociant, sans informer la base et surtout sans la mobiliser, un accord interprofessionnel qui est un carcan pour les conventions de secteurs et d’entreprise. Sous prétexte que "ça va mal" (et que la guerre s’annonce) les dirigeants syndicaux ont accepté une norme de 5,4% de hausse de la masse salariale pour deux ans, index compris!
Mais où sont passé les profits des années 90? Certainement pas dans les poches des travailleurs! Quand la conjoncture économique était meilleure, le fossé entre riches et pauvres s’est creusé. Maintenant que ça va mal... il continue à se creuser.
Jusqu’à présent les directions syndicales sont parvenues à bloquer l’unification des luttes. Malgré le sentiment d’impuissance, la pression pour passer à l’action va cependant croître au fur à mesure que les restructurations faucheront les emplois et que les conditions de travail continueront à se dégrader chez ceux qui ont encore un emploi. Si la gauche syndicale reste faible et ne parvient pas à se déployer, la pression pour lutter ne s’exprimera que par des actions symboliques ne débouchant sur rien. L’organisation d’une gauche syndicale est une tâche urgente. D’autant plus que la direction syndicale est l’offensive contre la gauche syndicale.
Un certain nombre d’initiatives s’ébauchent: le Mouvement pour la Démocratie Syndicale, la campagne Syndicalistes contre la Guerre du MRS. Participez à ces initiatives!