Liège:
La région doit garder son coeur d’acier

L’annonce faite le 24 janvier par la direction d’Arcelor de fermer définitivement la ligne à chaud de Cockerill Liège en 2005 est un drame social pour des milliers de familles de la région. Elle signifie la suppression de près de 2.500 emplois directs dans les installations concernées et dans les services communs du chaud et du froid.

Par Guy Van Sinoy

A ces emplois directs s’ajoutent plus de 5.000 emplois chez les sous-traitants. Et c’est sans compter les milliers d’emplois qui seront perdus dans le commerce et dans l’horeca. Au bas mot, 10.000 familles seront touchées par la fermeture dans une région qui atteint déjà un taux de chômage de 22%.

De plus, si la ligne du chaud ferme, qui garantit la pérennité de la ligne du froid? La direction d’Arcelor? Elle vient de manger sa parole en refusant la rénovation des hauts fourneaux! Si Cockerill ferme, c’est toute la région qui s’éteindra car c’est le travail productif qui crée la richesse, qui permet au secteur tertiaire d’exister. Les finances publiques communales et les services à la population, déjà durement saignés par la crise, seront laminés.

Ainsi, toutes les restructurations subies depuis plus de 20 ans, les plans Delta et compagnie n’auront servi à rien. Avec la fermeture de Cockerill, c’est toute la richesse créée par le labeur de plusieurs générations d’ouvriers qui partira en fumée. C’est à nouveau la loi capitaliste: une fois les profits encaissés, les patrons mettent la clé sous le paillasson. Mais la résignation serait un suicide. Si les capitalistes ont de leur côté le pouvoir et l’argent, les travailleurs ont de leur côté le nombre, la solidarité et la détermination. L’histoire des luttes ouvrières a montré qu’il est possible de faire reculer les patrons, de remporter des victoires provisoires. Provisoires, car sous le capitalisme, les patrons s’empressent de regagner peu à peu ce qu’ils ont dû céder sous la pression de la solidarité ouvrière. C’est pourquoi seule une société socialiste dé-mocratique, gérée en fonction des besoins et non en fonction des profits, est la seule capable de garantir un avenir à tous.

Dans l’immédiat, il s’agit d’organiser la lutte pour empêcher la fermeture. En 1997 les ouvriers des Forges de Clabecq ont montré, en organisant la marche multicolore de 70.000 personnes, qu’il était possible de mobiliser des dizaines de milliers de travailleurs et leur famille pour le maintien de l’outil. Par leur détermination ils ont imposé la réouverture des Forges, même s’ils ont été lâchés en cours de route par les dirigeants syndicaux.

Travailleurs liégeois, ne comptez pas sur les "forces vives" de votre région pour vous sauver. Votre sort est entre vos mains! Seule la lutte de masse peut représenter le salut. Il faut des assemblées générales pour discuter d’un plan d’action qui mobilise progressivement tous les travailleurs de Cockerill (le chaud et le froid), puis ceux de la métallurgie et puis tous ceux de la région pour aller crescendo vers une grève générale régionale. Il faut organiser immédiatement des piquets pour empêcher la sortie des produits finis. Plus une brame, plus un coil ne doit sortir des entrepôts! Face aux déclarations d’Arcelor, la seule revendication capable de maintenir une sidérurgie intégrée à Liège est la nationalisation sans indemnité ni rachat, et sous contrôle ouvrier, de Cockerill. Pas un seul euro d’indemnités pour Arcelor!