Unité ouvrière contre l'oppression, la discrimation et la guerre
La liste Resist permet-elle une telle unité?

Le 18 mai les électeurs de Flandre et de Bruxelles qui cherchent une liste alternative tomberont inévitablement sur la liste Resist. Cette liste propose de résister à la guerre, à la discrimination et à l'oppression. Elle se limite cependant à regrouper le PTB stalinien et la Ligue arabe européenne (AEL), nationaliste.

Le MAS/LSP n'a jamais été approché. Il n'est pas clair qu'il est encore possible de discuter du projet et du programme. Ce qui diffère de l'appel lancé par le MAS/LSP pour une Alliance de Gauche lors des dernières élections communales. Toutes les composantes de la gauche avaient été contactées et le discussion était ouverte tant sur le nom de la liste que sur le programme. On peut douter que la liste Resist adopte une attitude semblable.

Le plus important est l'orientation de la liste et sa méthode. Le point clé de Resist est la discrimination que subit la communauté immigrée. Son programme: l'auto-organisation et la discrimination positive. Dyab Abou Jahjah déclare: "Après des années de discrimination négative, il faut maintenant une période de discrimination positive."

Depuis le "dimanche noir" (le dimanche 24/11/1991, jour de la percée électorale du Vlaams Blok), beaucoup d'encre a coulé sur la façon de lutter contre le racisme. Résultat: rien! Les organisations syndicales, confrontées au nombre important d'électeurs du Vlaams Blok dans leurs rangs, ont limité leur lutte contre le racisme à une campagne moralisante. Les assauts contre le niveau de vie des travailleurs (Belges et Immigrés) et l'extension de la précarité constituent un véritable bouillon de culture pour le développement du racisme. La situation sur le plan social a bien entendu empiré depuis 1991.

Les diverses associations immigrées subsidiées par les pouvoirs publics, et parfois étroitement liées aux pouvoirs locaux, n'offrent pas de réponses aux besoins de la population immigrée. Comment obtenir un vrai emploi, un logement décent, un enseignement de qualité? Cela reste un grand point d'interrogation.

La Ligue arabe européenne (AEL) a un tout autre langage: assez de séminaires pour convaincre les patrons d'embaucher des immigrés, il faut des quotas obligatoires d'immigrés dans les entreprises. Une solution concrète pour un problème concret. Mais dès que le chômage s'étend rapidement, les quotas ne sont pas une solution qui réponde aux aspirations des travailleurs, tant Belges qu'Immigrés. Pourquoi ne pas avancer la revendication de réduction généralisée du temps de travail avec maintien du salaire et embauche compensatoire comme premier pas vers plus d'emploi?

En matière d'enseignement, les enfants issus de l'immigration ont souvent un parcours scolaire difficile et par-là ont moins de possibilités de décrocher plus tard un bon emploi. La liste Resist ne revendique pas plus de moyens pour l'enseignement, mais revendique clairement une "réforme en profondeur de l'enseignement dans tous les réseaux, prenant en compte la réalité multiculturelle. Comment les écoles confrontées aux fusions, aux enveloppes financières, sans marges de manoeuvres, peuvent-elles s'adapter à une telle réalité? C'est impossible, diront beaucoup d'enseignants. La situation pitoyable de l'enseignement est une réalité pour tous les enfants des milieux ouvriers. Droit à un enseignement gratuit de qualité pour tous! Enseignement gratuit des langues! Voilà le programme de Blokbuster! C'est un programme qui permet de lutter ensemble, Immigrés et Belges, pour un meilleur enseignement destiné à tous les enfants. Une telle revendication contracte fortement avec la revendication de discrimination positive qui ne permet pas de lutter ensemble et provoque la division.

De même en ce qui concerne la lutte contre la guerre. Le 15 février, des millions de manifestants sont descendus dans la rue contre la guerre. C'est un thème important qui le deviendra de plus en plus au cours des prochaines semaines. Une guerre pour la domination, pour le prestige et pour les intérêts économiques est à l'ordre du jour, pas seulement pour l'impérialisme américain. La guerre n'a pas encore véritablement commencé, mais Stop USA - un autre front de l'AEL et du PTB - a divisé le mouvement anti-guerre avant que la première manifestation n'ait eu lieu, avant qu'une discussion sur la plateforme ne se soit déroulée, avant que les militants antiguerre n'aient pu suivre ce qui se passait. Nous pensons qu'il est erroné de diviser le mouvement antiguerre. Il faut lutter au sein d'un mouvement anti-guerre large pour un programme radical. Le MAS/LSP lutte pour un programme socialiste au sein du mouvement antiguerre large, un programme qui permette de s'adresser à de larges couches de travailleurs, belges et immigrés. Nous ne retrouvons pas une telle approche dans la plate-forme de Stop USA, ni dans celle de Resist.

C'est une liste radicale pour les radicaux qui ne font aucune tentative pour lutter pour l'unité des travailleurs contre le capitalisme. La lutte de classes est absente de leur analyse.

Els Deschoemacker