En réponse aux attentats du 11 septembre 2001, George W. Bush a dénoncé l'existence d'un "axe du mal" réunissant une liste "d'états voyous": Afghanistan, Irak, Iran, Corée du Nord. Il révélait ainsi la liste des futures frappes de la machine de guerre américaine.
Beaucoup de manifestants descendus dans la rue le 15 février, sont écoeurées par le cynisme des dirigeants américains: il est clair qu'il ont déjà décidé de bombarder massivement et d'envahir l'Irak, quels que soient le résultat des rapports des inspecteurs de l'ONU. Si l'on jette cependant un coup d'oeil sur l'histoire des Etats-Unis, on s'aperçoit vite que le cynisme de la bourgeoisie américaine et de ses hommes politiques pour s'emparer de nouveaux territoires ou de matières premières, et accroître ainsi leur domination, a été toujours la règle et non l'exception.
Un dossier de Guy Van Sinoy
Le capitalisme américain s'est développé sur un territoire immense qui n'a pas connu le mode de production féodal. La bourgeoisie naissante s'aperçut très vite des avantages de cette situation où les vieilles classes dominantes féodales ne pouvaient constituer, comme en Europe, d'obstacle au développement du capitalisme.
Cette bourgeoisie (le premier président, George Washington, était aussi le plus gros propriétaire terrien) comprit donc l'importance de s'emparer du pouvoir (la guerre d'Indépendance contre les Anglais) et de s'y maintenir en divisant la masse des exploités et des opprimés: les millions d'esclaves noirs déportés depuis l'Afrique, les immigrants européens fuyant la famine et obligés de s'engager comme serviteurs travaillant gratuitement pendant des années pour rembourser le prix de leur tra-versée, les populations indiennes spoliées de leurs terres et exterminées.
Il y eut de nombreuses révoltes de la part des opprimés: révoltes d'esclaves, parfois alliés avec des serviteurs blancs, rebellions de tribus indiennes refusant d'abandonner la terre de leurs ancêtres. La classe dominante s'est maintenue au pouvoir d'une part en réprimant férocement les révoltes, d'autre part en divisant les opprimés. En prenant à l'un pour donner à l'autre. Ainsi, on faisait miroiter aux pauvres enrôlés dans l'armée de conquête de nouveaux territoires, la pro-messe de leur donner une terre (volée aux Indiens) à l'issue de leur enrôlement.
> Le génocide des Indiens
Avant de devenir président des Etats-Unis, Andrew Jackson, s'était rendu célèbre par la guerre contre les indiens Séminoles pour les expulser de Floride. Huit cents indiens Creeks avaient soutenu la guerre contre les Séminoles en échange d'une promesse de pouvoir rester en Alabama. Promesse bien entendu jamais tenue!
Une fois élu président, Jackson planifia et organisa la confiscation de millions d'hectares de terres appartenant aux Creeks et aux Cherokees ainsi que leur déportation forcée vers l'Ouest. Leur déportation forcée était accompagnée de la promesse qu'une fois installés sur de nouvelles terres, ils pourraient y rester "tant que le soleil brillera et que l'herbe poussera". Promesses évidemment jamais tenues!
Il faut dire qu'en agissant ainsi la bourgeoisie américaine n'avait fait qu'imiter le cynisme des Anglais qui en 1763, pendant la conquête des Appalaches, offrirent aux Indiens avec qui ils négociaient des couvertures infectées par la variole. L'épidémie foudroya rapidement ce peuple, victime de la première guerre bactériologique de l'histoire.
> L'annexion du nord du Mexique
Le Mexique avait conquis son indépendance en 1821 à la suite d'une guerre révolutionnaire contre l'Espagne. Il englobait notamment le Texas, le Nouveau-Mexique, l'Utah, l'Arizona, le Nevada, la Californie et une partie du Colorado. Ces vastes territoires éveillèrent l'appétit des dirigeants américains.
En 1836 ils suscitèrent un soulèvement du Texas qui se déclara "provisoirement indépendant". En 1845 le Congrès américain intégra le Texas comme état à part entière. Le 30 juin de la même année, ordre fut donné à la cavalerie américaine de se déployer le long du Rio Grande. C'était une véritable provocation car il était admis que la frontière entre le Texas et le Mexique se trouvait 200 kilomètres plus au nord. Il ne manquait plus qu'un incident pour déclencher la guerre tant souhaitée par les dirigeants américains. Un soldat américain fut retrouvé mort, le crâne défoncé. Devant le Congrès américain, le président de l'époque, James Polk, n'hésita pas à déclarer: "Après des menaces réitérées, le Mexique a franchi la frontière des Etats-Unis, envahi notre territoire et versé le sang américain sur le sol américain. La guerre a déjà commencé, malgré tous nos efforts pour l'éviter. Nous devons, par devoir et par patriotisme, faire valoir vigoureusement nos droits, notre honneur et les intérêts du pays" (1).
> La guerre du Vietnam
En août 1964, le président américain Lyndon Johnson invoqua un prétendu "incident" dans le golfe du Tonkin, au large des côtes du Nord-Vietnam pour déclencher la guerre du Vietnam. Selon Johnson, des torpilleurs nord-vietnamiens avaient attaqué le destroyer américain Maddox dans les eaux internationales.
Des années plus tard, il fut établi que cet épisode du Golfe du Tonkin était un coup monté par la CIA. Le destroyer Maddox effectuait une mission d'espionnage non pas dans les eaux internationales, mais dans les eaux nord-vietnamiennes, et aucune torpille ne fut tirée contre ce bateau. Une fois de plus, l'impérialisme américain se lançait dans une guerre effroyable en prétendant être "victime" d'une agression. Le tonnage de bombes américaines lancées sur le Vietnam dépassa celui lancé sur l'Europe pendant la Deuxième Guerre mondiale!
| On comprend donc qu'aujourd'hui George W. Bush n'a eu qu'à s'inspirer du cynisme de certains de ses prédécesseurs pour se lancer dans sa "croisade contre l'axe du mal". |
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(1) Une Histoire populaire des Etats-Unis, Howard Zinn, Ed. Agone, Marseille, (Diffusé en Belgique par Aden: 02/534.46.62.)