Foulard: l'interdire à l'école?

L'interdiction du foulard islamique par l'athénée Bruxelles II à Laeken a relancé la polémique sur le port du voile à l'école. La direction a reçu le soutien du ministre Hazette (MR) qui défend l'idée d'une interdiction générale du foulard à l'école au nom de la laïcité.

De leur côté, les élèves musulmanes ont reçu le soutien du PCP, un parti musulman conservateur qui défend des idées rétrogrades comme, par exemple, la suppression de la mixité à l'école.

Les protestations des lycéennes de Bruxelles II contre cette décision arbitraire démontrent le potentiel de combativité et d'auto-organisation qui existe dans la jeunesse d'origine immigrée. Les jeunes issus de l'immigration ont surmonté les inhibitions de leurs aînés. La population d'origine immigrée constitue la fraction la plus exploitée et la plus opprimée de la classe des travailleurs. La lutte pour l'égalité des droits entre Belges et immigrés, liée à un programme anticapitaliste clair, est vitale pour unir la classe des travailleurs et élever son niveau de conscience. On ne peut donc que déplorer la passivité des syndicats enseignants dans cette affaire. La direction syndicale a-t-elle craint de prendre ses affiliés à rebrousse-poil ou approuvait-elle la décision des enseignants de Bruxelles II? Quoi qu'il en soit, le mutisme des syndicats a ouvert la voie au PCP. L'intervention du PCP a contribué à renforcer les idées réactionnaires au sein du mouvement des lycéennes musulmanes. En témoigne le calicot qu'elles ont déployé devant la porte de l'école: "Quelle démocratie! Les homosexuels peuvent se marier et le foulard est toujours interdit!". On peut dire que le PCP a soutenu leur mouvement comme la corde soutient le pendu. Sa manifestation dans le centre-ville, avec ses slogans religieux, confinait à la caricature. Elle a définitivement isolé le mouvement du reste de la population.

Défendre un point de vue de classe

Lorsqu'on interroge ces filles sur les raisons pour lesquelles elles portent le voile, elles évoquent pêle-mêle une obligation de pudeur, le refus des stéréotypes de beauté, l'avilissement de la femme dans la publicité. Le voile symbolise donc pour nombre d'entre elles la séparation entre un monde extérieur supposé menaçant et le havre de paix que serait la famille. Si nous soutenons le droit des élèves musulmanes de porter le foulard à l'école, nous voulons en même temps engager la discussion avec elles pour clarifier les idées. Une fille voilée sera sans doute moins facilement draguée dans la rue, ce qui peut donner une impression de protection. Mais toutes les enquêtes sur les agressions sexuelles contre les femmes démontrent que la grande majorité de ces agressions sont commises au sein de la famille. Les stéréotypes de beauté et les lois rétrogrades en vigueur dans nombre de pays musulmans ne sont que les deux faces opposées de la même idéologie sexiste qui opprime les femmes et les homosexuels ici comme là-bas. Celle-ci trouve son fondement dans l'exploitation capitaliste qui fait endosser par les familles des travailleurs - et donc en dernière instance par les femmes - les tâches qui devraient être remplies par la société telles que l'éducation des enfants, la santé, la préparation des repas, etc.

La neutralité de l'école n'est qu'un leurre dans une société divisée en classes sociales aux intérêts antagonistes. Dans la société capitaliste, l'école est le vecteur des idées de la classe dominante - la bourgeoisie. Interdire la libre expression des idées à l'école revient donc à laisser les enfants des travailleurs désarmés face aux idées de la bourgeoisie; cela ne prémunira pas non plus l'école contre l'apparition de comportements rétrogrades - comme le refus de suivre certains cours - car elle ne vit pas en vase clos.

Nous sommes donc contre l'interdiction du foulard à l'école. Cela ne fait que radicaliser les positions en présence et empêche de clarifier les idées qui sont derrière le voile. Seule une société socialiste, où la division en classes n'existera plus et où les femmes seront libérées des tâches ménagères, permettra d'assurer à la fois une réelle neutralité de l'école et l'égalité des sexes.


Thierry Pierret